samedi 25 février 2017

Apprentis sorciers, pompiers pyromanes, etc.

Il m'arrive d'expliquer à des amis ou des connaissances me rappelant notre « devoir » d'aider les « réfugiés » qu'il manque à leur appréhension de ce grave problème une pièce importante : ce sont les mêmes qui, du haut de l'État ou de l'UE, nous demandent de le faire, qui ont participé à créer le problème, en éliminant Khadafi, en déstabilisant la Syrie. Ce sont les responsables qui nous culpabilisent, pour reprendre d'une certaine façon la célèbre formule de G. Dufoix. (Ce qui d'ailleurs rappelle la haute contribution à la vie politique française, sur la durée, de M. Laurent Fabius. Passons.) Nous sommes supposés payer les pots qu'ils nous cassent sur la tête, le tout dans la contrition (ce qui reste de vertus chrétiennes ne devant d'ailleurs être utilisé par nous que de façon masochiste. Charité bien ordonnée commence dorénavant (et s'arrête) par les autres.) - Bref, voici la citation du jour, dans laquelle j'ai retrouvé un raisonnement analogue au mien. Je l'ai lue ici, il s'agit d'un texte de G. Tedeschi, traduit de l'italien :

"Le phénomène migratoire est expliqué, ou plutôt laissé à deviner, avec trois causes principales : les conflits, la pauvreté, le besoin de main-d'œuvre. Il est évident que ces trois causes existent, mais par quoi elles s'expliquent, et si elles peuvent être résolues, est rarement discuté. Prenons la première, les conflits. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, ils étaient "éteints" pratiquement dans l'oeuf ; par la suite, on dirait qu'ils ont été tolérés (ou même causés, pensons à la Libye), tandis que les ventes d'armes à plusieurs pays augmentaient et on pense que ces armes peuvent avoir servi à Daesch. Les conflits qui ont généré les migrations pouvaient-ils être étouffés, oui ou non? Prenons la deuxième cause, la croissance de la pauvreté. Le problème ne semble pas si vrai, si l'on regarde les flux migratoires. Ceux provenant de pays en difficultés économiques réelles représentent entre 5 et 10%. Mais il est important de noter que cette pauvreté est également due à nos manquements au cours des dix dernières années. Qu'on voie les conclusions du fameux G8 pour l' Afrique, où nous nous sommes engagés à soutenir les investissements et les exportations des pays pauvres; qu'avons-nous fait ? Pratiquement rien. Enfin, le besoin de main-d'œuvre ; le déficit (gap) de population dû à l'effondrement démographique rend-il les migrations nécessaires ? Mais qui, ou quoi, a provoqué ce déficit qu'aujourd'hui on prétend gérer ? Qui a imposé la baisse du taux de natalité en Occident et prévoit maintenant de le compenser par l'immigration ? À une époque de crise économique, avec un taux de chômage dans notre pays comme l'actuel ? Avec un coût de l'accueil si onéreux pour notre budget ? J'ai parlé de la nécessité de clarifier les causes réelles du problème, qui sinon ne sera pas résolu et même s'aggravera. Les doutes à propos du fait qu'on veut ignorer ces causes réelles résident aussi dans la confusion qui règne en Europe. Se peut-il qu'on n'ait jamais réfléchi au fait que les migrants sont principalement des jeunes en bonne santé ? Les moins jeunes ne craindraient-ils pas les conflits et la faim ?"

Et ajoutons pour faire bonne mesure que lorsque D. Trump se désole que "La France ne soit plus la France" ou que "Paris ne soit plus Paris", il nous donne un conseil d'ami, quand l'administration Obama poussait nos dirigeants à déstabiliser la Syrie, en se moquant bien des conséquences pour nous. (Concernant Trump, en général : il faudra le juger sur la durée, tout simplement. Comme tout le monde, quoi.)

vendredi 24 février 2017

"La Renaissance, c’est la décadence."

Matisse, rien moins. Ajoutons :

"Pour exprimer l’admiration qu’il éprouvait envers les philosophes antiques, un Bernard de Chartres, au XIIe siècle, s’était écrié : « Nous sommes des nains montés sur des épaules de géants. » Il n’en concluait pas moins qu’ainsi porté par les Anciens, il pouvait « voir plus loin qu’eux. »

Mais c’est la manière même de voir qui change à l’époque de la Renaissance. Repoussant jusqu’à l’idée de « voir plus loin » que les Anciens, on se refuse à les considérer autrement que comme les modèles de toute beauté passée, présente et à venir. Phénomène d’ailleurs curieux dans l’histoire de l’humanité : il a lieu au moment où l’on découvre d’immenses terres inconnues, d’autres océans, un nouveau continent. Or, à la même époque, en France surtout, bien loin de se tourner vers ces horizons nouveaux, on se retourne vers ce qu’il y a de plus antique dans l’ancien monde."

R. Pernoud. Peut-être y a-t-il d'ailleurs un rapport complexe de cause à effet, je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que, malgré tout ce que l'on me racontait quand j'étais gamin (a long time ago, in a galaxy far, far away...) sur les atrocités supposées du Moyen Age, je ne comprenais pas cette volonté de la Renaissance d'imiter ce qui avait déjà été fait. Je ne voyais pas l'intérêt. La Renaissance était plus réactionnaire que le Moyen Age, somme toute.

jeudi 23 février 2017

La tragédie, puis la farce... tragique ?

"Le ton des réponses de Ben Gourion à Eisenhower m'enchante : on ne traiterait pas ainsi un nègre. Les USA sont une démocratie qui essaie de ne pas être juive : mais une démocratie l'est forcément. Eisenhower devra céder. C'est bien le conflit juifs (pardon, israélites) contre pétrole que je vous annonce depuis plus d'un an."

Paul Morand, 1957. Depuis, Israël, l'Arabie Saoudite et les « USA » se sont rapprochés. Le ton de « Ben Gourion », lui, n'a pas beaucoup changé - « nègre » ou pas « nègre ».

"Que la démocratie soit moribonde, que la jeunesse n'en veuille plus, c'est l'évidence ; ce qu'on ignorait, c'est qu'elle mourrait de sa propre ubuesque caricature ; les nègres sont le négatif de la démocratie ; sur 100 États à l'ONU, l'Occident, avec ses pauvres 15 voix, va être gentiment dépossédé, en pleine légalité, par la seule vertu de la majorité. Car, si la majorité est reine, quelque part en France, elle le sera partout dans le monde."

Le même, 1960. Cioran le disait à peu près : le pire legs de l'Occident au monde, c'est la démocratie. J'ajouterai : on est puni par où on a péché. Qui tue l'Esprit par la démocratie périra par la démocratie...

mercredi 22 février 2017

"L’art français, je ne l’ai jamais vu..."

Vous vous doutiez peut-être, amis lecteurs, que j'allais utiliser cette phrase à la fois énigmatique et consternante comme citation du jour. Mais avant d'insulter son auteur, j'aimerais d'abord la comprendre ! - Des références s'entrechoquent, de Duras / Resnais sur la forme ("Tu n'as rien vu à Hiroshima" - E. Macron n'aurait rien vu à Versailles, au Louvre, au musée d'Orsay, etc.), aux réflexions réactionnaires de Joseph de Maistre, sur la forme : "Il n'y a point d'homme dans le monde. J'ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan ; mais quant à l'homme je déclare ne l'avoir rencontré de ma vie ; s'il existe c'est bien à mon insu." De même que l'illustre franc-maçon catholique savoyard se méfiait de l'idée d'une nature humaine, en tout cas exprimait ainsi que l'on ne peut dissocier chez un homme ce qu'il a d'humain de ce qu'il a de localisé dans l'espace et le temps, on se croirait chez Aristote, de même, mais en sens inverse, E. Macron estimerait que l'on ne peut isoler la molécule "France" dans l'art qui a été produit en France depuis des siècles. (Mais a-t-il « vu » l'art allemand, l'art japonais, etc. ? A-t-il « vu » qu'entre le théâtre Nô et Molière, il y a des différences ?)

Tout cela est peut-être chercher midi à quatorze heures, mais aussi, quelle confusion dans cette phrase ! Et si les réminiscences culturelles qu'elle me semble évoquer ne sont pas aberrantes, quel drôle d'instinct que celui qui pousse un homme pourtant supposé cultivé, avec une formation de philosophe qui plus est, à employer une tournure obscure dans laquelle les références que l'on peut trouver sont inversées, Duras comme une espèce de surmoi moqueur à l'endroit de Macron lui-même d'une part, Maistre piqué plus ou moins adroitement à Marine Le Pen (et à Michéa) d'autre part...

On finit par se dire que les socialistes français ont une forme de pathologie. Le Président de la République, alors qu'il s'était fait discret depuis quelques mois - on pensait qu'il avait un peu honte de lui - réussit à déclencher des émeutes dès sa réapparition, en choisissant la victime la plus apte pour ce faire ; son ancien Premier Ministre a cru qu'il suffisait de caresser le cul du CRIF avec sa main tremblotante pour plaire aux gens de gauche ; son ancien Ministre des Finances dit n'importe quoi et tout et son contraire en une seule phrase, qui plus est probablement contre-productive par rapport à ses objectifs de candidat ; sa terrifiante et haineuse ex-Ministre de la Justice frayait avec un horrible antisémite homophobe ; je me retiens pour ne pas parler des dégradantes pathologies morales et mentales de Mme Belkacem ; l'inénarrable fondation dite « progressiste » Terra Nova veut donner la Pentecôte et le lundi de Pâques aux Juifs et musulmans, sans sembler se poser la question de son éventuelle (et totale !) illégitimité à ce sujet, etc. - La Fontaine encore : ils ne mouraient pas tous (hélas ?), mais tous étaient frappés.

mardi 21 février 2017

"Notre époque est la première depuis saint Augustin...

...à ne pas avoir accès aux Sermons de saint Augustin. Leur dernière publication remonte à cent cinquante années. C'était au XIXe siècle. Le XXe siècle français ne les publia donc pas."

Maxence Caron. Lacune réparée par lui-même et les éditions Robert Laffont, puisque c'est ainsi que s'ouvre son introduction à la première édition française desdits Sermons au XXIe siècle, dans la collection "Bouquins" (2014).

Et puisque je vous parle de temps à autre de saint Thomas d'Aquin, voici ce qu'écrit le même M. Caron :

"La valorisation systématique du thomisme est un épisode récent dans l'histoire de la pensée chrétienne et fut l'initiative du pape Léon XIII à la fin du XIXe siècle. (...) Il y a un siècle, saint Thomas n'avait pas le rôle majeur qu'on lui assigne aujourd'hui, et le Dictionnaire de théologie catholique note ainsi, en 1902 : « Thomas d'Aquin était un correctif nécessaire au docteur d'Hippone : il est moins grand, moins original, et surtout moins vivant. Mais le calme didactique de son intellectualisme permet (..., coupure de M. Caron) de donner aux termes plus de précision, de préparer en un mot le dictionnaire grâce auquel on pourra lire le docteur africain. » (...) Quelle que soit alors sur l'un comme sur l'autre des deux universels géants la force des stéréotypes, ils rappellent d'abord l'insurpassable place historique occupée par Augustin, sa place également dans l'oeuvre de saint Thomas qu'on lui oppose aussi stérilement que niaisement, et en faisant penser à ce simple fait d'unité : si saint Augustin est grand et si saint Thomas parachève cette grandeur, celui-ci ne peut être moins grand d'apporter à l'augustinisme un souffle qui en façonne la joie."

« Augustinisme » et « joie », donc. Le XVIIIe siècle anglofrançais (franglais) n'y comprend plus rien.

lundi 20 février 2017

"Soral et Valls, ils sont pareils...

...ils misent tout sur les Juifs, et, pour les rebeus, disent la même chose : pas d'amalgame !"

Un ami, il y a quelques jours. Faut-il en déduire que le « Président » va subir le même sort que l'ex-Premier Ministre ? Pas nécessairement, mais il est plus facile à un intellectuel qu'à un politique de retomber sur ses pattes. Et il faut tout de même admettre que si Alain Soral a plein de choses à dire, plus ou moins intéressantes, sur l'élection à venir, l'élection à venir, elle, se fout complètement d'Alain Soral, puisqu'il n'y a pas un seul candidat sur la ligne souverainiste-antisioniste-"pas d'amalgame", pas un.

dimanche 19 février 2017

"Je fais une objection très humble, une objection de grammairien…"

C'est en ces termes que Jean Madiran s'adresse à certains de ses interlocuteurs, au détour d'une page importante de Ils ne savent pas ce qu'ils disent. - Le temps me manque ce soir pour détailler la chose, mais je la relève derechef, tant cela me rappelle, en premier lieu, mes lectures de Wittgenstein, et, en deuxième lieu, ce thème creusé par V. Descombes - dans la lignée de Elisabeth Anscombe - ou R. Pouivet (auteur d'un livre que j'ai lu il y a longtemps et dont j'ai déjà cité à plusieurs reprises le titre : Après Wittgenstein, Saint Thomas) - ce thème, disais-je, d'une redécouverte par la philosophie analytique de certains des enseignements et des méthodes de la scolastique, notamment si ce n'est principalement, thomiste.

J'y reviendrai ! - Sachant qu'il ne me déplaît pas non plus d'insister sur la continuité sous cet aspect de ce blog par rapport à ses jeunes années, les femmes y fussent-elles désormais moins visibles et moins dévêtues.

samedi 18 février 2017

"On nous empoisonne pour le plaisir des hommes..."

Phrase trouvée dans cet intéressant article, qui rejoint une des questions que je me pose depuis quelque temps : qu'il y a-t-il de si féministe dans la pilule, et surtout dans l'avortement ? Après tout, les hommes, qui peuvent éjaculer sans se soucier de la suite, laquelle peut être le passage de leur compagne sur une table d'opération et le jet d'un foetus dans une poubelle (quand on ne trafique pas avec ses organes...), sont les premiers à profiter de ces si merveilleux acquis. - Quant à l'idée du droit de disposer de son corps, je ne me permettrais pas de la jeter à la poubelle avec les foetus en question, mais je rappellerai l'histoire des « freedom cigarettes », ou comment Hollywood avait instrumentalisé ses actrices pour qu'elles fument comme des hommes, et dépensent donc leur argent comme des hommes, et aient des cancers comme des hommes, etc., le tout au nom de la liberté, bien sûr.

vendredi 17 février 2017

"La mondialisation, ce sont des salaires américains pour les dirigeants et des salaires chinois pour les ouvriers."

En réalité, ce n'est pas cette phrase que je voulais citer aujourd'hui, mais elle fait partie d'un passage de La cause du peuple que j'avais depuis longtemps l'intention de retranscrire et qui manifestement n'a pas intéressé que moi, puisque je l'ai trouvé reproduit par d'autres ici-même. Je vous encourage donc à aller lire cette petite variation sur le thème : en matière de frontières, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. - Et vue la dégradation presque quotidienne du métro parisien en ce moment, on peut se dire que les protections de toutes sortes n'ont pas fini de surgir et d'entamer la pourtant sacro-sainte liberté de circulation… D'ailleurs, dans la Ville Lumière, l'alternative actuelle est la suivante : le métro et ses tuberculeux, le vélo et la pollution subie, la voiture et la pollution créée dans les embouteillages subis.

Bref, je vous laisse lire Patrick Buisson, et j'en profiter pour ajouter une petite morale à la phrase de M. Schweitzer par laquelle j'ai commencé. Il faut bien comprendre qu'elle signifie aussi que, désormais, les patrons du monde entier, à partir d'un certain niveau, considèrent comme normal d'être rémunérés comme des patrons américains. C'est une des réussites de la mondialisation : il y a des rémunérations que certains patrons pouvaient considérer comme correctes ou raisonnables à une époque, surtout par comparaison avec celles de leurs employés ou des pauvres de leurs pays, mais ce n'est plus le cas, puisque le seul critère qui compte désormais à leurs yeux est le salaire de leurs collègues patrons du monde entier, le salaire américain.

Bon week-end quand même !

jeudi 16 février 2017

Si c'était vrai en 1955, que dire aujourd'hui...

"Une grande médiocrité intellectuelle s'étend aujourd'hui sur la France, comme un cauchemar, ou comme un châtiment, et elle atteint surtout les « intellectuels » (...) ; ils n'en meurent pas tous (au contraire, ils prospèrent et se gonflent de contentement), mais tous, ou presque, en sont frappés. La phase actuelle de notre décadence nationale n'est pas seulement politique, militaire, coloniale : elle est morale et mentale."

Jean Madiran (et Jean de La Fontaine).

mercredi 15 février 2017

Refugees welcome. - Le Communisme, "Islam" du XXe siècle, l'Islam, "Communisme" du XXIe siècle...

"Mais l'élan de cet « Islam » nouveau risquerait d'être brisé s'il ne trouvait au-dedans de la citadelle les transfuges qui doivent ouvrir les portes. D'où l'importance attachée dès l'abord aux « intellectuels » par les bolcheviks, intellectuels eux-mêmes, et qui avaient renversé un régime parce qu'ils avaient su trouver (du moins ils le pensaient) « la théorie juste ». Tout se passe comme si les bolcheviks n'avaient jamais douté qu'à la destruction de la bourgeoisie la bourgeoisie dût prêter son concours, que la « mauvaise conscience » bourgeoise dût seconder puissammment cette « conscience socialiste » que l'Intelligentsia apportait aux ouvriers « de l'extérieur »."

Jules Monnerot. Toute ressemblance, etc.

mardi 14 février 2017

"Ici, les mots trompent..." Les Lumières, ou le règne de l'irréalisme, suite.

"Ici les mots trompent : par le mot « naturel », les philosophes du XVIIIe siècle et leurs continuateurs désignent des revendications « abstraites » fondées sur le refus d'accepter les différences sociales entre les hommes (c'est-à-dire pratiquement une certaine hiérarchie sociale, un certain ordre). Par « positif » on entend au contraire le droit ou la religion avec son contenu historique, situé dans l'espace et dans le temps. De sorte que (par exemple) la religion « naturelle » entendue au sens du XVIIIe siècle est, avant tout, une religion qui n'existe pas, et la religion positive, c'est le catholicisme pour les catholiques, et les diverses confessions chrétiennes pour ceux qui y ont été nourris. Cette « nature » a pour particularité de ne pas exister et et d'être posée pour répondre à une exigence de la « raison ». Contrairement au sens courant de ce mot, serait alors naturel ce qui n'est pas, mais serait conforme à certaines exigences existant dans l'« Homme ». Burke prend agressivement parti pour le « positif » contre le « naturel. » Ces partisans de la « nature » lui apparaissent comme des destructeurs, des hommes qui détruisent ce qui est au nom de ce qui n'est pas. Ces anglomanes (les intellectuels français ne l'étaient d'ailleurs pas tous, tant s'en fallait) en fait s'opposent sans le savoir à l'esprit de cette constitution anglaise dont ils se réclament, puisqu'ils n'ont pas compris que ce n'était pas une constitution, mais une coutume ; mais il est vrai qu'en voulant s'approprier la « coutume » des autres, on en fait une constitution. Il ne faut pas tant s'étonner, dès lors, que les mesures changent de sens, et que ce qui était liberté en-deçà de la Manche devienne tyrannie au-delà, puisque c'est alors une idée de la liberté qu'il faut imposer du dehors à une communauté historique qui ne l'a pas tirée d'elle-même. Pour résister à leurs ennemis du dehors et du dedans, ceux qui étaient tellement dévoués à la liberté qu'ils prétendaient l'imposer à tout le monde, ébauchent - c'est la Terreur - le premier projet d'un étatisme totalitaire. (Note de AMG : les totalitarismes français et russe furent donc le fruit d'une sorte d'immigration conceptuelle. Pour l'Allemagne, c'est moins vrai. Mais il y a la question de la rivalité mimétique avec le peuple élu juif : les nazis ont emprunté à leurs Juifs, réels ou fantasmés, certains de leurs critères moraux et religieux.) Cette liberté qui n'est pas organiquement sortie de l'histoire est ombrageuse, inquiète d'elle-même, toujours en proie aux soupçons, et elle tue pour se rassurer, pour que les hommes de demain (puisque aujourd'hui, il y a tant de « méchants » et de « fripons ») soient libres."

Jules Monnerot, en grande forme. On ne trouve pas un livre de lui dans les bibliothèques municipales parisiennes, qui sont pourtant, prises dans leur ensemble, très bien fournies.

lundi 13 février 2017

Les Lumières, ou le règne de l'irréalisme.

"Je suis sûr qu'en suivant une bonne méthode, on pourrait porter une grande partie de la Morale à un degré d'évidence et de certitude, qu'un homme attentif et judicieux n'y pourrait trouver non plus sujet de douter que dans les propositions de mathématique qui lui ont été démontrées."

John Locke. Il en était sûr. No comment !

dimanche 12 février 2017

"Est civilisé celui qui veut être civilisé..."

C'est une des bonnes idées de la dernière intervention inactuelle de Julien Rochedy. Le civilisé connaît tout autant le prix de la civilisation que les efforts permanents qu'il faut faire pour la protéger aussi bien contre la barbarie que contre la décadence : c'est une bonne synthèse.

J'ai aussi apprécié sa petite quenelle à Onfray, qui décrète que la civilisation judéo-chrétienne (d'accord avec J. Rochedy, soralien sur ce coup : quel que soit l'apport individuel brillant de certains Juifs à cette civilisation, elle est helléno-chrétienne, pas judéo-chrétienne) est morte, et qui se moque des gens qui ont toujours des enfants. Quelle lâcheté devant une soi-disant fatalité ! J'ai un ami comme ça, un type adorable par ailleurs, qui se plaint tous les jours que Dieu fait que ce qu'on lui a appris dans les années 50 - une éducation à l'ancienne - s'est avéré faux, qui râle néanmoins tous ces mêmes jours que tout fout le camp ; qui estime, selon ses propres termes, que "la race blanche est foutue" (et les Américains, alors ?) et qui gueule contre sa fille parce qu'elle lui donne des petits-enfants. Il ne veut pas stériliser ou avorter toutes les femmes blanches, non plus ?

Plus généralement, ce genre de comportement relève de ce que j'ai appelé dans le temps le "syndrome de Constant" (texte d'origine sur ce concept ici, attention, j'avais fait long) : confondre une évolution, pour significative qu'elle puisse être, avec une fatalité. Cela peut être tout simplement du défaitisme, éventuellement maquillé de dandysme ou de décadentisme, et là-dessus effectivement M. Onfray - je n'ai jamais pu l'encadrer, rien à faire, même quand il dit du bien de gens que j'aime bien ou du mal de gens que je déteste -, qui en plus doit commencer à avoir un compte en banque lui permettant de se barrer du radeau de la civilisation « judéo-chrétienne » assez vite si ce radeau coule, là-dessus M. Onfray méritait bien une volée de bois vert.

Ceci étant, il me semble que J. Rochedy :

d'une part, hésite un peu entre deux façons de penser, son nietzschéisme et un certaine approche chrétienne des choses - ce qui d'ailleurs peut se rencontrer, mais non sans éventuelles confusions, autour de ce qu'il appelle son « vitalisme » : respect de la vie et de ce que les chrétiens appellent, abusivement peut-être, la « loi naturelle », ou exaltation nietzschéenne de « la vie » et donc, de l'expansion, de la force ?

d'autre part, et d'une façon peut-être plus immédiatement gênante par rapport à son propos, tombe, quelle que soit l'acuité de ses remarques, dans le bon vieux piège de la droite lorsqu'elle se définit par opposition à la gauche. Certes il semble avoir toujours été de droite, et donc doit subir depuis toujours le terrorisme intellectuel de gauche. En ce qui me concerne, par contraste, ayant été de gauche pendant longtemps, je n'ai pas le même besoin de me définir par rapport à cette philosophie ; de plus, je ne suis pas sorti de la gauche par la droite, mais, en toute rigueur, par le haut, c'est-à-dire par surplomb. Il m'a certes fallu des années pour comprendre ce que Jean Madiran avait développé dans les années 50, à savoir que la droite est in fine une création de la gauche, et qu'il faut donc être contre la gauche sans être de droite. Beaucoup des remarques de Julien Rochedy, notamment sur la civilisation justement, vont dans ce sens, mais il me semble qu'il gagnerait à avoir ce genre de distinctions à l'esprit. Sinon, à l'arrivée, on retombe sur Fillon et on est, ainsi que cela apparaît clairement ces derniers temps, une cible facile. - En revanche, on voyait bien, dès avant qu'il soit élu, que Donald Trump, quels que soient ses qualités et ses défauts, n'était pas une cible facile pour les attaques traditionnelles de gauche.

samedi 11 février 2017

Vae victis ? La vérité vous libérera.

"...entre le Ve et le VIIe siècle, ce mouvement lent, massif et général qui conduisit l'ensemble des peuples germaniques résidant dans les anciennes provinces occidentales de l'Empire romain à se convertir au catholicisme nicéen. Le phénomène parut alors mystérieux, car il était paradoxal. Des rois barbares, vainqueurs de la puissance romaine, acceptaient de se soumettre à la religion de leurs vaincus."

Bruno Dumézil. Les Romains avaient su aussi s'inspirer des vaincus grecs. Peut-être les Américains devraient-ils s'inspirer du passé français, je ne sais pas.

vendredi 10 février 2017

"Veritas liberabit vos."

En français : la Vérité vous libérera. Ne croyez pas d'ailleurs que parce que je cite des locutions latines je maîtrise le latin - si c'est le cas un jour, ce ne l'est pas actuellement. De même, encore une fois, mes références actuelles au christianisme sont d'abord logiques et rationnelles - ce qui est paradoxal notamment pour la première citation à suivre et son évocation du surnaturel… Enfin, un commentaire rapide sur l'auteur de ce que vous allez lire, Jean Madiran. Parmi les nombreuses raisons qui me poussent à m'intéresser à ses écrits, il y a celle-ci : comme lorsqu'on lit Chesterton (que d'ailleurs Madiran admirait), on y découvre ou vérifie que certaines des thèses qui nous sont présentées comme nouvelles d'une part sont anciennes, d'autre part étaient déjà combattues, et parfois combattues comme très anciennes, par les meilleurs des intellectuels chrétiens, en 1900 pour le buveur de bière anglais, dans les années 50 (et pendant encore 50 ans, mais le livre dont je tire ce qui suit est de 1955) pour le buveur de vin français. On peut sourire de la façon qu'ont ces deux penseurs de dénicher le Diable en action derrière leurs adversaires - on peut aussi rester modeste et curieux à ce sujet. Je la ferme, bonne lecture :

"Si l'Évangile est vrai, les revendications et les révoltes ouvrières socialement les plus légitimes n'ont pas grand chose à voir avec le Royaume de Dieu. La charité du Christ partage avec chacun les souffrances qu'il endure et point le combat contre l'injustice qu'il supporte : ce n'est qu'une nuance, fine et délicate, mais c'est la frontière entre l'amour naturel et l'amour surnaturel. L'envoyé du Christ n'est pas celui qui parle à chaque homme des injustices qu'il subit, mais des injustices qu'il commet. Car le Christ n'est pas venu pour les justes, il n'est pas venu pour ceux qui se croient les justes, il n'est pas venu pour ceux à qui l'on a persuadé qu'ils sont les justes : et dans la mesure où la « classe ouvrière » serait victime et nullement coupable, dans la mesure où vous l'en laissez persuader, dans la mesure où vous aidez à l'en persuader, il est normal que le Christ en soit absent.

Le Christ est venu pour la rédemption des peuples : si vous persuadez un peuple qu'il est innocent, si vous croyez et lui faites croire qu'il n'a besoin ni de pénitence ni de rachat, vous lui tenez le langage du Malin, et vous fermez son âme. Le prêtre est d'abord celui apporte le message de saint Jean-Baptiste, ou ce n'est rien du tout (si l'Évangile est vrai)."


Au sujet de l'idée selon laquelle les pauvres s'éloigneraient du christianisme et de l'Église parce que ceux-ci ne prendraient pas assez au sérieux leurs préoccupations matérielles et sociales :

"Alléguer l'Évangile pour justifier de telles positions est singulièrement audacieux. C'est aussi ne rien connaître de l'histoire sociale et religieuse de la France : dire ou suggérer que l'injustice et la misère empêchent la foi est une bien mauvaise excuse à la déchristianisation ouvrière. C'est un fait que la déchristianisation de notre pays a commencé par les intellectuels, les aristocrates et les riches, d'où elle a gagné ensuite les classes pauvres. C'est un autre fait que le système scolaire imposé par l'État y est pour quelque chose…"


Les chrétiens de gauche, démocrates-chrétiens, prêtres-ouvriers, les intellectuels qui les soutiennent… :

"Le plus tragique est qu'ils défendent les « exigences » d'un « concret » qui n'existe pas ; ou plutôt qui n'existe que dans le schéma irréel, artificiel, mais mortellement efficace, imposé aux esprits par le pilonnage mécanique de la propagande communiste. Ces malheureux sont étrangement prisonniers, et leur passion même leur ferme les voies de la libération. Veritas liberabit vos : la dialectique qu'ils sont apprise au contact des « penseurs » soviétiques et qu'ils croient entièrement nouvelle, leur souffle la très vieille réplique : « Qu'est-ce que la Vérité ? » et leur suggère qu'elle « se fait » avec la marche des choses et le mouvement de l'histoire. Ils sont emportés pieds et poings liés, et de plus en plus inconscients, au rythme d'une fantasmagorie qui n'est ni l'abstrait ni le concret, mais le plus récent masque ou le dernier visage du Mensonge immuable."


Voilà qui donne un sacré coup de vieux à la french theory et autres gender studies, utilisons la langue de l'ennemi pour nommer ses diableries... - Et en guise de conclusion à ce plaidoyer anti-matérialiste, signalons que c'est un 10 février, comme aujourd'hui, que Louis XIII, qui, lui, croyait à la Vérité, « consacra » la France à la Vierge Marie, généreuse idée.

jeudi 9 février 2017

Une phrase très con.

"Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier." Martin Luther King - je n'ai malheureusement pas le temps d'aller chercher le texte original, je suis tombé sur cette phrase en me connectant ce matin à mon compte Twitter. Ce n'est donc pas nécessairement dirigé contre MLK, mais bref : ce genre de sentences est soit une tautologie (plus il y a d'injustice, moins il y a de justice), soit une pression intenable protestanto-existentialiste : si je ne lutte pas contre cette injustice, je suis en quelque sorte responsable de toutes les autres injustices à venir. - Voilà bien le genre de conneries dont il faut nous libérer.

mercredi 8 février 2017

"Synthétiquement exprimé..."

"Ce que le Christ a enseigné à tous les Apôtres, autrement dit les « Mystères du Royaume », ou encore ce dont parlent les paraboles, c'est, synthétiquement exprimé, la règle de foi, le canon de vérité, que le Symbole baptismal résume dans ses douze propositions, mais qui comprend l'ensemble de la doctrine chrétienne : mystère trinitaire, incarnation, rédemption, sacrements, structure de l'Église et principes de sa liturgie, etc. Que cette doctrine (…) ne se trouve pas telle quelle et explicitement formulée dans les Évangiles, ni même dans l'ensemble du Nouveau Testament, c'est ce que chacun peut constater par lui-même ; elle a donc nécessairement été transmise oralement. Enfin, qu'elle énonce ce dont parlent les paraboles, c'est que l'on ne peut qu'admettre quand on constate que seule cette doctrine éclaire les Écritures et leur donne leur sens ; ce qui vaut non seulement pour le Nouveau Testament, mais aussi pour l'Ancien, car, dans les Écritures, tout regarde le Christ en qui réside l'intégralité des vérités de la foi.

La doctrine apostolique est donc d'origine christique. Elle ne résulte pas d'une élaboration tardive, effectuée à partir du donné scripturaire, comme le prétendent beaucoup de critiques modernistes, thèse qui, au demeurant, nous paraît inintelligible : on ne voit pas en effet comment il eût été possible de déduire du texte des Écritures le corpus doctrinal chrétien ; il y a, des unes à l'autre, un hiatus, une solution de continuité, humainement infranchissable. Et d'ailleurs les mêmes critiques, ou du moins leurs ancêtres rationalistes (Voltaire et ses épigones) ne se sont pas fait faute d'ironiser sur la fragilité du fondement que l'Écriture offrait aux dogmes, ignorant sans doute que c'est la vérité de la doctrine de foi qui détermine le sens des Écritures, et non l'inverse : la foi (la doctrine de foi) vient ex auditu (de l'audition = de la tradition orale), et non ex visu (de la vision = de la lecture). A la lumière du mystère trinitaire, les enseignements de l'Écriture sur le Père, le Fils, l'Esprit, s'éclairent et prennent sens ; sans cet éclairage, les mêmes enseignements peuvent autoriser les constructions théologiques les plus divergentes, comme le prouvent l'histoire des hérésies dont chacune peut se réclamer d'un verset de l'Évangile. La raison suffit d'ailleurs à nous montrer qu'il ne saurait en être autrement : le sens d'aucun texte n'est déterminable sur la seule base de sa signification intrinsèque, et pour savoir ce qu'il dit, il faut d'abord savoir de quoi il parle (ici un appel de note, je retranscris ensuite). Le principe « scripture sola interpres ispsius » est philosophiquement faux : l'Écriture n'est ni la seule, ni la première interprète d'elle-même."

Jean Borella. Ces dernières phrases sont notons-le une pierre discrète dans le jardin de l'Islam. Mais n'abordons pas une fois de plus ce sujet. Voici la note :

"(…) La catéchèse actuelle oublie trop souvent cette vérité philosophique. Nous ne disons certes pas que l'Écriture n'est pas source de foi. De cette foi, elle est le premier signifiant. De même qu'un signe est un signifiant qui vise un référent au moyen d'un sens, ainsi l'Écriture est le signifiant sacré et immuable dans sa concrétude textuelle qui vise le référent théo-christique qu'énonce la doctrine de foi (la dogmatique ecclésiastique) au moyen du sens que produit sa lecture, laquelle est conjointement exégétique et théologique. Et de même que la connaissance d'un signe présuppose celle de sa signification, de même la connaissance de foi ne peut partir que de la doctrine de vérité, abstraitement énoncée et objectivement conçue. Est-ce à dire alors que l'Écriture ne sert plus qu'à vérifier a posteriori la conformité de la doctrine abstraitement énoncée à la présentation culturellement datée qu'en offre l'Écriture ? Ce serait dérisoire. La connaissance doctrinale, de nature mentale, va à l'Écriture comme à sa source vivifiante, parce que cette Écriture est le témoignage le plus direct et le plus concret que nous ayons de la parole même de Dieu : Dieu est réellement présent dans l'Écriture, non dans sa substance (ce qui est réservé à l'Eucharistie), mais dans sa forme (puisque l'Écriture est une réalité formelle et non une substance comme le pain et le vin) ; quant à l'énoncé dogmatique, Dieu n'y est présent qu'intentionnellement, et non « en réalité ». Il résulte de ces précisions, notons-le en passant, que le christianisme, contrairement à une opinion trop répandue, n'est pas une religion du Livre, mais une religion de la Parole faite chair."

- Cette dernière formule, par-delà son intérêt propre, étant aussi une critique de l'Islam et des discours sur les religions du Livre. Il n'y a qu'une religion du Livre, l'Islam, seuls les modernistes et certains musulmans veulent y assimiler judaïsme et christianisme (même protestant).

mardi 7 février 2017

"Ce matin, après être monté à cheval au bord du Rhin...

..., je fus faire des courses à Evian. Je m'arrêtai au pied de ces rochers de Meillerie où la littérature faillit en voir de belles, puisqu'un même coup de vent brusque, tombé à pic des rochers, manqua ficher à l'eau, d'un seul souffle, une barque à voile qui contenait Shelley et Byron (avouez que c'eût été réussi). A mes pieds, des gens pêchaient ; un petit gamin français en vacances, chaque fois qu'il prenait un poisson, lui écrasait la tête avec une pierre, en disant : « Comme ça, tu n'embêteras plus le monde ! » Ça ressemble tout à fait aux jugements sommaires de la Résistance, cette mère fellagha."

Paul Morand. - Qui d'autre, d'ailleurs ?

lundi 6 février 2017

Au fait, c'est quoi, le socialisme ?

"C'est quoi, le socialisme ? On détruit les vieilles forces, on n'en donne pas de nouvelles." (Dostoïevski)

dimanche 5 février 2017

Ce ne devrait pas être trop demander.

"Je ne demande à ma patrie ni pensions, ni honneurs, ni distinctions ; je me trouve amplement récompensé par l’air que j’y respire ; je voudrais seulement qu’on ne l’y corrompît point." (Montesquieu)

samedi 4 février 2017

"Les Anglais font très bien ce qui ne demande pas de talent."

Ainsi s'exprimait, plein d'inexpérience médiatique, le sympathique entraîneur des 3/4 français, Jeff Dubois. Il a raison sur le fond, un peu tort sur le détail - car un arbitre plus expérimenté aurait sanctionné les Anglais en mêlée bien plus souvent, et je suis objectif. Mais il est difficile de ne pas lui répondre que Doussain n'a pas trouvé la touche. Et derrière Doussain, il y a des générations de bons joueurs qui ne nous ont pas permis de gagner des matches que nous aurions pu/dû gagner. Et quelles que soient leurs bonnes ou mauvaises raisons, les Anglais, eux, sont sortis de l'UE. Pas nous.

vendredi 3 février 2017

La modernité contre le libre-arbitre.

"Agir par nécessité, n'est-ce pas la morale d'une société d'athées ?" (Balzac - qui n'avait rien d'un doux rêveur ou d'un utopiste. D'ailleurs, plus le monde moderne est dur dans les faits, plus son secteur promotionnel, le gauchisme, verse dans le sentimentalisme et la mièvrerie. Le gauchisme, c'est l'opium des démocrates.)

jeudi 2 février 2017

François Mauriac avait un frère...

...l'abbé Jean Mauriac, lequel avait noté cette généralité : "On parle d'autant mieux d'un sujet qu'on le connaît moins bien, car alors l'on n'est pas gêné par d'importunes connaissances."

Pensait-il à son propre frère je l'ignore, mais cette généralité peut s'appliquer notamment aux artistes et intellectuels qui semblent savoir tout de Donald Trump, du réchauffement de la planète ou du rapport entre l'UE et les guerres ou absences de guerre en Europe (etc.) : on ne les sent effectivement pas gênés par "d'importunes connaissances."

mercredi 1 février 2017

La démocratie tue tout, même le tournoi des 5 nations (qui sont 6 depuis 15 ans, mais on s'en fout).

"La barbarie du XXe siècle est d'abord une barbarie politique. Et la barbarie est partout parce qu'en régime démocratique et avec des moeurs démocratiques la politique est partout." (J. Madiran)

Et on nous change les règles du Tournoi... L'excellent Pierre-Michel Bonnot dit ce qu'il faut en dire dans l'Équipe du jour. "Pourquoi vouloir réparer ce qui n'est pas cassé ?", demande-t-il. Parce que le capitalisme est une force révolutionnaire permanente, comme l'avait vu Marx, et comme le soutenait le doctrinaire capitaliste génocidaire, en puissance sinon en acte, L. Trotsky. J'avais des intuitions de ce genre il y a déjà 10 ans (je chercherai le lien) : c'est l'inégalité de base qui permet des relations à peu près égalitaires, l'égalité produit au contraire à la fois le bordel et la domination des enculés et des enculistes.

Bon, je regarderai encore au moins ce tournoi. Comme le dit en substance M. Bonnot, tant qu'on bat l'Anglais, le reste...

mardi 31 janvier 2017

Messe pour Thierry Lévy.

"Quand un homme ressent les désirs de l'amour, c'est bien cet homme qui désire ; mais en un autre sens, c'est sa faculté de désirer. En quel sens ? Est-ce l'homme qui commence à désirer, et la faculté de désirer suit-elle ? Mais comment l'homme peut-il désirer, si sa faculté de désirer n'est pas en mouvement ? C'est donc elle qui commence ; mais comment commencera-t-elle, si le corps n'a point reçu, au préalable, telle ou telle disposition ?"

Plotin. - Mon cher Abel Bonnard écrit des choses comparables : nos désirs sont en nous, mais sont-ils de nous ? Je vous retrouverai ça à l'occasion. On pourrait en conclure : le désir est peut-être innocent, mais sa satisfaction relève du libre arbitre, elle n'est plus innocente. La promotion réfléchie et hautaine des désirs des autres, sans discrimination, comme le faisait Me T. Lévy, ne nous semble pas quant à elle relever, le moins du monde, de l'innocence.

lundi 30 janvier 2017

De l'intelligence de Franck Ribéry en tant qu'elle est considérée comme un problème philosophique non négligeable.

Voilà une manière un peu mensongère, au sens où le sont en règle générale les publicités, une manière un peu surjouée si l'on préfère, d'introduire la citation du jour. Mais il est de fait que l'intelligence de M. Ribéry est pour moi un sujet de curiosité sincère. Je vous donne d'abord la citation du jour, que l'on doit à l'ancien brillant 3e ligne du XV de France, Olivier Magne, dans l'Équipe de ce jour :

"Le rugby, c'est fait pour tout le monde, sauf les imbéciles."

Ce qui est un écho plus ou moins conscient à la sentence célèbre, dont je ne me souviens plus si elle a un auteur connu : "Au rugby, le muscle le plus important, c'est celui situé entre les deux oreilles."

Hélas trois fois hélas, j'ai parfois le sentiment ces derniers temps que c'est maintenant plus vrai au football qu'au rugby, sport qui reposait sur un équilibre subtil de tant de composantes de la vie sociale et qui me semble avoir perdu à privilégier ce qui en lui était spectacle, au détriment de l'équilibre émotionnel, et de la portée émotionnelle, de l'ensemble. - Dans le même temps je me réconcilie avec le football, sa tension entre les schémas tactiques, l'endurance physique, le talent des joueurs (toutes choses égales d'ailleurs sur le monde du football, ou du sport en général. Mais bon : il y a par exemple eu ce week-end quelque chose de très manifestement heureux chez un sportif aussi professionnel que R. Federer). Et du coup, le problème philosophique de l'intelligence de F. Ribéry me revient à l'esprit : comment quelqu'un d'aussi con - là encore, très manifestement - peut-il être aussi brillant balle au pied ? Quelle est cette forme d'intelligence qui semble se situer exclusivement dans une relation entre l'oeil de F. Ribéry et les mouvements de ses pieds, et qui parfois même est obscurcie par la petitesse morale - le rapport entre celle-ci et l'intelligence d'un individu étant un problème philosophique connu, mais peu différent de celui que j'aborde - de l'intéressé, quand il ne veut pas faire une passe à un coéquipier qu'il ne peut pas blairer ? Peut-on écrire que F. Ribéry est plus intelligent qu'Alain Finkielkraut ? Peut-être. Que Jean-Paul Sartre ? Ça peut se soutenir. Que Marcel Proust ? - Là, ça coince, évidemment. Mais est-il si facile d'expliquer pourquoi ?

dimanche 29 janvier 2017

Welcome to the human race ?

J'ai écrit ce brouillon après avoir vu le film Passion de Brian de Palma. Je n'ai jamais réussi à vraiment le finir, il y est fait allusion à un projet de texte sur John Carpenter... qui n'a jamais quitté le stade du projet. Je peux donc en quelque sorte me citer moi-même sans enfreindre les règles de mon quotidien de blogueur de cette année 2017. Il faut simplement resituer le contexte.

Fin décembre 2013, je poste chez le Dr Orlof un commentaire sur la notion de transcendance dans le film de Scorsese, Le loup de Wall Street. Voici ce commentaire :

"Il n'y a pas de rédemption parce que nous sommes ici dans un univers sans transcendance aucune : c'est le pur règne de l'immanence : fric pour le fric, sexe sans visée qui lui soit intégrée. Il y a bien, effectivement, quelques restes de valeurs de solidarité amicale (ou de solidarité de classes, ou de complicité entre malfrats ?) - encore peut-on penser que c'est l'ami de Di Caprio qui donne le billet au FBI, pensant que tout est foutu (c'est juste une hypothèse). C'est à la fois la cohérence et la limite émotionnelle du film. Seuls deux moments rompent quelque peu, mais pas radicalement, avec cette immanence. La scène du métro, contrepoint du "réel" par rapport à l'univers factice dans lequel évolue le personnage principal ; la fin de l'enterrement de sa vie de garçon, quand il déambule, suivi par une caméra en plongée qui pourrait être un point de vue divin, au milieu des corps fatigués de la partouze. Dans les deux cas, c'est assez mineur : une note de social, une échappée vers une sorte de métaphysique burlesque de la touze. Scorcese ne pouvait peut-être pas faire mieux.

"Non récupérable" pouvait être un compliment dans certains contextes : le personnage de Di Caprio ne l'est pas non plus, mais d'une façon négative. On se dit que Scorsese a raison de le suivre ainsi, mais qu'on n'est pas bien avancé non plus. On comprend et on peut en partie adhérer à l'intelligence du projet, tout en ne pouvant s'empêcher d'y voir un certain échec du cinéma, art humain s'il en fut, à donner tout de même - et sans moralisme, cela va sans dire, sauf pour le crétin de Rue89 qui a recensé le film - un point de vue humain sur cette sorte de désir moderne pour l'inhumanité."

Quelques mois plus tard, la vision (tardive) de Passion et la relecture d'un bon texte de L. Maubreuil sur ce film (je ne retrouve pas le lien...), me ramènent à cette réflexion sur le statut vacillant de la transcendance chez les vieux cinéastes italo-catho-américains. Je commence donc le texte que vous allez lire. Je le mets de côté pour le peaufiner, tombe quelque temps plus tard sur une recension par le Dr Orlof d'un film de David Cronenberg, cinéaste pour lequel j'ai nettement moins d'empathie que Scorsese et surtout De Palma, mais qui semble, si j'en crois le Docteur, orienter alors ses recherches dans le même sens qu'eux. Ici, mes souvenirs sont flous : j'imagine que j'ai voulu voir le Cronenberg, ne l'ai pas fait, ai oublié mon projet, etc. Quoi qu'il en soit, voici cette ébauche, que je ne corrige pas :

"Passion c'est le Loup de Wall street de De Palma : pub au lieu de finance, femmes lesbiennes et manipulatrices (et Dieu que ce film est misogyne, d'une certaine manière) au lieu de mâles machos et simplets, et dans les deux cas très peu d'au-delà. Érotisme généralisé chez Brian (dans la première partie du film, la meilleure), bestialité chez Martin : l'un annule l'érotisme (parce qu'il sait ce qui va suivre, contrairement au spectateur, plutôt stimulé au contraire) par une sorte de dilution systématique - en cela bon reflet de ce monde aux sollicitations érotiques, ou se voulant telles, permanentes (mais qui jouit ?) - ; l'autre reste au niveau où il a toujours été, animal, comme l'est la sexualité masculine quand elle ne dialogue pas, si j'ose dire, avec la sexualité féminine. Pour en rester à ce niveau de la sexualité, on pourrait dire que De Palma est plus conscient ici que Scorcese de ce que le monde actuel implique, puisqu'il y a une déperdition, une dilution je le répète, dans et de l'univers érotique de Passion par rapport à d'autres oeuvres de De Palma, qu'elles soient ou non teintées de saphisme (ce qui est régulièrement le cas, tout de même), alors que la libido des traders actuels et celle des mafieux passés n'a rien de bien différent pour Scorsese. En revanche, et bien que je ne sois pas un grand scorsesien, la perte de la transcendance serait plus significative dans l'oeuvre de Martin, dans Le loup… par rapport à ce qui précède, que chez Brian, qui s'est toujours occupé du cinéma avant de penser à la transcendance (noté par moi-même le lendemain : c'est abusif). Ces symétries qui valent ce qu'elles valent aboutissant à la même sensation chez le spectateur, lequel pense que ces deux vieux routiers, enregistrent, dans tous les sens du terme, le même échec du cinéma à avoir un point de vue autre que celui du capitalisme hyperlibéral actuel. Le capitalisme dévore tout, ça n'a pas changé sur le principe depuis Marx, mais il y a de moins en moins de choses à dévorer : nos deux ritals, qui savent ce qu'art veut dire, peuvent encore montrer a contrario la logique destructrice du capitalisme, ils ne peuvent plus semble-t-il, ou semblent-ils le croire, le faire via une oeuvre d'art. La meilleure scène de Passion, qui ne se situe pas dans la meilleure partie du film mais à la couture des deux, est celle du split-screen entre le meurtre et le ballet (L'après-midi d'un faune, oeuvre d'avant-garde scandaleuse du début XXe devenue consensuelle pour les classes aisées, ou comment l'art devient culture), comme l'analyse très bien le Dr. Maubreuil : De Palma nous fait comprendre par la réactualisation de ce procédé qu'il a si bien utilisé dans le passé, qu'il n'a plus rien à dire, de la même manière que le ballet n'ajoute rien au meurtre, et réciproquement, c'est presque un split-screen pour rien, une sorte de comble du maniérisme. Et ce qui suit, qui se suit, justement, avec un léger ennui, en recyclant les techniques qui ont pu nous étourdir dans d'autres films du maître, ce qui suit n'a pas grand intérêt, on se fout totalement de qui est coupable, qui va mourir, qui va savoir quoi, etc. Voilà qui est douloureux : De Palma sait que même les belles lesbiennes, dans le monde actuel, n'ont plus d'intérêt, surtout si elles sont peu morales, ce qui est le minimum syndical pour une belle lesbienne. - Pour Scorsese, je l'ai exprimé ailleurs, c'est à peu près la même chose.

Et finalement, cela renvoie à ce texte que je n'ai jamais écrit, où je me demandais si l'adieu au cinéma que j'ai aimé ne se trouvait pas dans les dernières scènes de L.A. 2013, avec l'extrémisme de Snake Plissken / John Carpenter, et ce "Welcome to the human race" final, qui date déjà d'il y a presque vingt ans. Ce n'est pas que le film soit parfait, il boîte un peu, est un tantinet didactique. Mais Le loup de Wall street et Passion sonnent encore comme des commentaires, ou des addenda, parce qu'il n'est pas (encore) / plus possible de faire autre chose et que Scorsese et De Palma le savent, au voeu de Carpenter/Plissken.

Et bien sûr, en art rien d'impossible, un type va arriver, est arrivé et je ne le connais pas, qui réduit à néant tout ce que j'ai écrit, qui prouve que le cinéma peut être le lieu d'une transcendance plus forte que le réel actuel sans fuir ce réel. Merci de me signaler si ce type existe - mais j'attends les preuves, et elles doivent être solides…"

Fin un peu pompeuse, comme il m'arrive de temps à autre et que j'aurais corrigée si j'avais remis ce texte sur l'ouvrage. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'attendre le Messie, le sauveur, le nouveau prodige ou quoi que ce soit du genre, mais de se demander si le cinéma peut redevenir un art significatif, et ceci de façon positive - pas en servant la soupe du post-modernisme, du fascisme commercial ou du transhumanisme. Ce n'est pas gagné. Je me faisais la réflexion il y a quelque temps qu'il serait à l'heure actuelle tout à fait impossible en France de montrer des Arabes musulmans tels que ceux que mon travail m'oblige à côtoyer tous les jours, lesquels semblent sortis d'un film colonial des années 30 : mielleux, hypocrites, menteurs et un peu cons (moins qu'ils ne le paraissent, mais plus qu'ils ne le croient). Outre qu'il faut trouver les acteurs, ce qui n'est déjà pas gagné, le financement, le visa du CNC, tout ça... n'en parlons pas. Et ceci pour décrire une simple vérité quotidienne, pas pour de grands discours ou des généralités. - Du coup, il est bien possible que la littérature reprenne le relais et le flambeau - Heil Karl Kraus ! - et profite de son statut de plus en plus marginal pour y gagner en liberté de parole. Mais là je parle au lieu de me citer... - et donc je la ferme.

Voilà, à bientôt !

samedi 28 janvier 2017

C'est beau comme du Claudel intelligent.

Aujourd'hui, c'est la Saint Thomas d'Aquin, donc :

"Le vrai… existe primitivement et fondamentalement. dans l'intelligence. La vérité d'une chose consistant dans la possession de la forme propre à sa nature, il faut que l'intelligence, dans l'acte même de la connaissance, ne soit dans le vrai qu'autant qu'elle possède l'image ou la ressemblance de la chose connue qui est sa forme. C'est pourquoi la vérité se définit la conformité de l'intelligence et de l'objet, de telle sorte que connaître cette conformité c'est connaître la vérité. Les sens ne la connaissent d'aucune manière. Car quoi qu'il y ait dans l'oeil l'image de l'objet visible, la vue ne saisit pas le rapport qu'il y a entre ce qu'elle ressent et l'objet qui la frappe." (Trad. Drioux)

vendredi 27 janvier 2017

Logique, toujours logique.

"Le moins qu'on puisse demander aux athées est de ne pas faire de leur athéisme un article de foi."

"Voulez-vous juger un homme ? Donnez-lui un commandement."

"Donner la liberté aux Français, c'est autoriser la Vénus de Milo à se mettre les doigts dans le nez. Avec la liberté, il faut fournir le moyen de s'en servir."

Aurélien Scholl. Si j'ai déjà cité une ou plusieurs de ces phrases dans le passé... eh bien tant pis, la répétition est l'âme de l'enseignement.

jeudi 26 janvier 2017

Le rêve islamo-soralo-gauchiste.

"Si on parle de paix, on n'attire pas l'attention sur les préparatifs de guerre que l'on fait soi-même. De même, on ne peut dire qu'alternativement « le peuple français ne fera pas la guerre au peuple allemand », comme en 1940, et « chacun son boche », comme M. Jacques Duclos en août 1944. Les communistes français doivent aujourd'hui être chauvins contre les Américains, mais contre les Russes, aucune forme de dignité nationale ne leur est permise. Les communistes français doivent applaudir - et faire applaudir - à l'expulsion de toute culture française hors des pays actuellement satellites [colonisés, note de AMG], mais en même temps dénoncer, la voix tremblante d'indignation, les « atteintes portées à la culture française » par l'expansion du Reader's digest."

Jules Monnerot (1951), qui a écrit des centaines de pages sur le thème « Le Communisme, Islam du XXe siècle ». L'intérêt maintenant bien sûr est de lire ses livres en réfléchissant au thème inverse, « L'Islam, Communisme du XXIe siècle », toutes choses égales d'ailleurs.

mercredi 25 janvier 2017

Le rêve américain.

Même si un numéro d'Éléments vous fournit un certain contingent de citations, je ne vais pas me limiter à une par jour, sinon ce sera interprété comme de la paresse. A l'heure où j'écris, j'en suis dans ma lecture à la moitié de l'interview de L. Maubreuil. En attendant d'avoir fini tout ça j'en reste pour aujourd'hui à Marcel Gauchet :

"Le problème de Fillon est… difficile. Il est de faire admettre que l'intérêt national, qu'il veut remettre au premier plan, dans un esprit conservateur, exige une purge libérale drastique, dont le principe, pour la majorité des Français, va contre ce qu'ils ont coutume de concevoir comme la bonne manière d'affirmer l'intérêt supérieur de la nation."

"Une chose, par exemple, puisque nous parlions des États-Unis, est d'admettre de grandes inégalités à l'intérieur d'une communauté nationale par ailleurs posée et sentie dans son unité de communauté de destin, où tout le monde est supposé pouvoir réussir, autre chose est d'accepter la dissociation de cette communauté entre les Beautiful people à même de tirer parti de l'ouverture globale, et les ploucs locaux, les « lamentables » de Madame Clinton, qui n'ont qu'à se résigner à leur triste sort, sans espoir de faire mieux que de survivre."

Ce qui signifie entre les lignes que Madame Clinton est plus de droite, avec tous les guillemets que l'on veut, que Monsieur Trump. Madame Bruni-Sarkozy est aussi plus de droite que M. Jean-Marie Le Pen.

- Au sujet des censures dues au politiquement correct :

"Le pouvoir d'intimidation des discours dénonciateurs recule incontestablement. (…) En même temps, ce dispositif a acquis un tel enracinement institutionnel que son extinction n'est pas pour demain. Et le plus grave à mes yeux est qu'il a enfermé les esprits réfractaires dans une dénonciation des dénonciateurs qui est nécessaire et salutaire, mais qui n'est pas très substantielle à la longue. Pour qu'il y ait des débats de fond, il faut des propositions de fond. Et on ne peut pas dire qu'elles se bousculent au portillon."

J'arrête là pour aujourd'hui, il y a aura une nouvelle fournée, comme dit Jean-Marie, une prochaine fois. J'en profite néanmoins pour signaler que la thèse de M. Gauchet selon laquelle le développement des intégrismes religieux est un signe paradoxal et fiévreux de l'entrée des religions dans la modernité me laisse toujours dubitatif, un peu (la comparaison est réfutable d'un point de vue logique, c'est pour me faire comprendre) comme ces convaincus du réchauffement climatique qui vous expliquent à chaque vague de froid que justement, c'est bien là un signe du réchauffement. Ajoutons qu'il me semble difficile de parler d'intégrisme à propos des catholiques qui n'acceptent pas tout de Vatican II ou de l'attitude hérétique des évêques français, mais passons.

Et donnons la parole à Alain de Benoist pour finir, qui commence ainsi sa recension d'un livre de C. Bouton, Le temps de l'urgence : "Il en va de l'urgence comme de l'exception ; quand l'une et l'autre deviennent la règle, les choses perdent leur sens." - Christophe Bouton écrit ainsi : "Plus le temps est économisé, plus il vient à manquer." C'est le fameux proverbe africain, "L'homme blanc a toujours une montre, mais il n'a jamais le temps", le mais étant bien sûr figure de style, proverbe qui m'avait inspiré, citons-nous nous-mêmes sans vergogne, quelques réflexions du même ordre.

A demain !

mardi 24 janvier 2017

"La lutte des classes n'est pas morte. Elle est seulement en train de prendre un nouveau visage".

Non, ce n'est pas la citation du jour, même si cela m'amuse de lire de tels accents marxistes sous la plume d'Alain de Benoist. Lequel il est vrai a paraît-il failli diriger le PCF à une époque... Je ne ferai en tout cas pas l'injure à Adb de chercher à le prendre en flagrant délit d'économisme ou de matérialisme. D'autant que trois pages plus loin dans le nouveau numéro d'Éléments on trouve une bonne mise au point de Marcel Gauchet :

"Le retour d'une croissance plus soutenue, un recul significatif du chômage auraient sûrement pour effet de détendre l'atmosphère. Ils apaiseraient quelque peu le sentiment du déclassement français qui accompagne le marasme économique et la désindustrialisation. Mais ils ne règleraient rien sur le fond s'agissant de ce qui nourrit le malheur français. La frustration par rapport à l'Europe, la dépossession démocratique, le défi identitaire représenté par la mondialisation, le problème migratoire, et j'en passe, resteraient rigoureusement ce qu'ils sont."

Bien dit ! - Nous y reviendrons. Je vous laisse, je dois aller trouver une idée de dîner chez Picard.

lundi 23 janvier 2017

Le bon vieux temps où l'on faisait la guerre et des enfants.

"Il y a entre les hommes et les femmes une différence plus importante que le fait de savoir qui donne et qui reçoit en matière de nourriture ou de sexe. C'est celle-ci, cette réalité, à laquelle on n'échappe pas, que chaque homme, chaque femme est sorti d'une femme."

"Il est nécessaire de le dire : chacun pour commencer, a été absolument dépendant d'une femme, puis il l'a été relativement."

D. Winnicott, se demandant en sous-main ce que le féminisme, on dirait aujourd'hui radical, fait gagner et perdre aux femmes. Le brave homme n'ignorait pas que les hommes avaient aussi leurs contradictions :

"Les hommes ont aussi leurs problèmes. Ce qui est terrible dans la guerre, c'est que si souvent les hommes qui en sont revenus doivent reconnaître qu'ils ont trouvé leur maturité, y compris leur maturité sexuelle, au moment où ils prenaient le risque de mourir. Alors, quand il n'y a pas de guerre, les hommes se retrouvent en plan ; ils détestent pourtant se faire tuer."

Make war, not kids. C'était un peu la devise de feu Hillary Clinton. Je dis feu, c'est manière. Mais je ne comprends pas le rapport entre féminisme et vulgarisation, quel mot, de l'avortement.

dimanche 22 janvier 2017

Le nationalisme manque de...

"J'ai publié un volume sur la Grèce qui n'a pas été compris. On a semblé croire que je mettais au-dessus d'Athènes les petites villes lorraines et surtout le chef lieu de canton (Charmes-sur-Moselle) où j'habite en été. Quelle niaiserie... Mais enfin c'est moi qui ai tort de ne pas m'être fait comprendre... A dire vrai, j'ai découvert mes sentiments sans les bien les entendre moi-même... Il faudrait apporter ici l'adoration de l'ancien génie grec... - Je tournais dans le même cercle, j'allais me trouver à l'étroit... Je sens depuis des mois que je glisse du nationalisme au catholicisme. C'est que le nationalisme manque d'infini." (M. Barrès)

C'est bien le problème, et c'est une précision qu'il faut toujours apporter : le nationalisme n'est pas fermé de l'extérieur, comme on le croit ou feint de le croire trop souvent, mais il est limité de l'intérieur, quand il n'est pas issu ou traversé d'une transcendance. "Je glisse du nationalisme au catholicisme" : ce n'est pas à proprement parler mon cas, puisque je « glisse » vers les deux en même temps. Mais cela continue de me frapper : si je deviens catholique un jour (c'est un peu une façon de parler, puisque je suis baptisé), cela sera venu de mon intellect, puisque c'est intellectuellement que je me rapproche du catholicisme (un peu comme Chesterton, d'ailleurs). Mon côté patriote actuel est plus sentimental - ce qui ne veut pas dire irrationnel. Je pourrais devenir croyant par intelligence.

samedi 21 janvier 2017

Qu'en peu de mots ces choses-là sont dites.

"Ce quelque chose de moderne qui s'appelle une femme..." (Mme de Staël)

vendredi 20 janvier 2017

"Un espéranto qui a réussi..."

"L'effacement du latin laisse de surcroît le champ libre à une compétition absurde et perdue d'avance entre le français lui-même, ce « latin des modernes », comme on disait naguère, et les autres langues dites de communication - langues, qui, d'ailleurs, si l'on pense à l'anglais, ne tirent paradoxalement pas profit de l'avantage qu'elles prennent puisqu'elles perdent en qualité ce qu'elles gagnent en quantité." (Cécilia Suzzoni et Hubert Aupetit)

Ce qu'appuie Claude Simon, LE Claude Simon, Nobel-Pléiade et tout et tout :

"Outre leur langue maternelle, les collégiens apprenaient jadis une seule langue, le latin ; moins une langue morte que le stimulus artistique incomparable d'une langue filtrée par une littérature. Ils apprennent aujourd'hui l'anglais, et ils l'apprennent comme un espéranto qui a réussi, c'est-à-dire comme le chemin le plus court et le plus commode de la communication triviale : comme un ouvre-boite, un passe-partout universel. Grand écart qui ne peut pas être sans conséquence : il fait penser à la porte inventée autrefois par Duchamp, qui n'ouvrait une pièce qu'en fermant l'autre."

jeudi 19 janvier 2017

Je sais, Sarkozy, ça fait déjà ringard, voire pitoyable.

Mais j'ai des citations à fournir quotidiennement, et comme je n'en ai pas sur les vies sexuelles de Donald Trump (je ne suis ni au KGB, ni à la CIA), Theresa May (rien à foutre), Marion Maréchal (dommage !), en voici une sur le Président de Patrick Buisson. - Comme l'on demandait à l'un de ses rivaux pourquoi Carla Bruni restait avec son loser de mari alors qu'il n'était même plus président, ce chevaleresque, en tout cas d'un point de vue machiste, concurrent, répliqua :

"Parce qu'il l'encule, et qu'elle aime ça !"

Un jour, un historien lira ce blog et y trouvera une explication de je ne sais quoi dans la politique française. L'anus de Carla, le nez de Cléopâtre, pour un historien pascalien, c'est kif-kif bourricot.

(D. de V., pour la citation. Je ne peux apporter aucune preuve, évidemment, sinon je ne ferais pas ce blog. Mais vous pouvez me croire !)

mercredi 18 janvier 2017

"La claque, on est 66 millions à vouloir te la donner !"

Eh oui, Manuel Valls, c'est ça rencontrer les Français, on se fait gifler et insulter. Ce sera pire d'ailleurs une fois le Grand Remplacement effectif. Il faut vraiment être un enculé pour faire de la politique. On se retrouve avec une main épileptique comme un gode, il n'y a pas de hasard. A part ça, Roman Polanski présiderait la prochaine cérémonie des Césars. Crevez tous.

(Source de la citation : ici. Patrick Cohen ou : la démocratie, c'est à la fois ferme ta gueule et cause toujours. Un vrai journaliste, quoi.)

mardi 17 janvier 2017

"Ce n’est pas grâce à l’islam mais malgré l’islam que nombre de musulmans ne sont pas dans le registre de la haine."

Voilà, c'était la citation du jour (Bernard Antony, l'homme qui perd tous ses procès... Je me moque, mais dans un État tel que le nôtre, c'est aussi un compliment). Je vous donne la suite - on se fout complètement (B. Antony aussi, ou du moins, j'imagine, presque complètement) du candidat à l'élection évoqué, l'important est le raisonnement :

"Mais Fillon aura-t-il le courage (..., coupure charitable de ma part), de dire que l’on peut et doit aimer les musulmans tout en refusant la théocratie totalitaire islamique dont il faut les aider à se libérer ?"

De même que l'on peut ne rien avoir contre les immigrés (avec des variations selon leur comportement...) et être contre l'immigration massive. Ou faire une distinction entre la dignité humaine de ses amis homosexuels et la promotion de l'homosexualité. Mais vous savez tout ça.