vendredi 18 août 2017

Même pas envie de dire du mal de l'Islam ou du Grand Remplacement ce matin.

D'Anne Hidalgo déjà plus... C'est la mobilité moderne, les Espagnols nous envoient une écoeurante humaniste tout juste bonne à se masturber avec la tour Eiffel, comme maire de Paris, nous leur renvoyons une racaille musulmane marseillaise qui vient leur dégommer des touristes dont ils prennent l'argent mais dont par ailleurs ils se plaignent. Et ainsi de suite.

Mais je m'étais promis de ne pas être polémique aujourd'hui. Je laisse donc la parole à Jean Madiran. Si l'importance mise sur la vie chrétienne dans ce qui suit vous chatouille, concentrez-vous sur l'état d'esprit global du texte.

"Saint Thomas d'Aquin l'avait déjà dit à sa manière quand il remarquait que la loi civile et l'organisation de la cité qu'elle détermine ont une influence morale décisive sur la plupart des citoyens. Mais à l'heure actuelle, la petite élite capable d'entraîner les autres en leur construisant un cadre de vie où la vertu soit relativement facilitée au lieu d'être mise pratiquement hors la loi, cette petite élite doit d'abord faire la preuve qu'elle existe. Tout le monde parle de changer le régime politique et social, mais chacun attend que ce soient les autres qui le changent effectivement, parce que chacun sent bien à quelle exigence pratique il se heurte : pour la mise en oeuvre du christianisme dans l'organisation temporelle, il faut des hommes qui aient commencé par le mettre en oeuvre en eux. Et ces hommes seront les Chevaliers du XXIe siècle.

Pour montrer que le christianisme intégral peut encore être vécu aujourd'hui par un homme moderne, il faut des hommes qui commencent par le vivre. La possibilité du mouvement se prouve en marchant ; la possibilité d'une vie chrétienne malgré l'effroyable désordre du monde présent se prouve par la réalité de certaines vies chrétiennes. On suivra non point les chefs qui proposeront le but, mais ceux qui auront déjà commencé à le réaliser en eux-mêmes. Et c'est peut-être pour ça que dans notre société croulante l'on ne suit durablement personne."

C'est écrit en 1949, et Madiran bien sûr parle de Chevaliers du XXe siècle, mais la société française a depuis pris une autre direction, "dont nous goûtons aujourd'hui les fruits amers" (Foucault, dans un autre contexte, je cite de mémoire. Je voyais il y a quelques semaines une évangéliste protestante noire haranguant le quai du métro de la Gare du Nord avec micro et ampli, s'il vous plaît, sur l'importance de Jésus-Christ, et ne pouvais me retenir de penser que c'était là la conséquence de Mai 68. Que ce ne fût pas l'intention de départ n'y change rien). - Comme disait Jean-Pierre Voyer, seul ce qui a un sens est réel. Si l'Europe n'a plus de sens, elle n'a plus de réalité. Argumenter sur la qualité de ce qui la détruit ou la remplace n'est pas futile en soi mais ne risque pas de suffire : il est même tout à fait logique qu'elle soit de plus en plus à la merci de racailles « islamisées » (malgré les guillemets, ce n'est pas loin d'être un pléonasme) et d'Africains opportunistes et prédateurs. Si ce n'est pas un compliment, c'est qu'elle n'en mérite pas. Quoi de plus pathétique qu'un esclave salarié, quoi de plus remplaçable qu'un touriste ?

jeudi 17 août 2017

La parole à un énarque, tout arrive.

"Un islamiste fait 200 morts en France ? Pas d'amalgame ! Un suprémaciste fait un mort à 5000 km d'ici ? Il y a 11 millions de nazis en France." (Jean Messiha).

C'est le processus que je décrivais au sujet de l'attentat d'Orlando, qui avait de plus l'avantage comique d'être perpétré par un islamiste : on culpabilise et instrumentalise dans le monde entier des gens qui ne sont pour rien dans ce qui a été commis. Là, pas de nuance, pas de mise en contexte, on amalgame à fond, on essore, on fait tout bouillir, etc.

Il paraît qu'Alain Soral vit dans la hantise qu'un gars d'E&R se montre coupable d'un acte de violence. Il a raison : c'est lui qui se retrouverait en tôle dans l'année.

mercredi 16 août 2017

"La drogue est de gauche, l'alcool est de droite",

disait P. Cormary dans le temps. Ce à quoi il lui fut répondu que les militants CGT levaient le coude à qui mieux mieux. Ce à quoi un soralien répondrait que tout cela prouve qu'ils sont « droite des valeurs »...

Bref : je repensais à ce petit débat en tombant sur cette phrase de Muray (j'ai bientôt fini le livre, rassurez-vous...) :

"…ou comme tout militantisme fait advenir hallucinatoirement à la place du monde présent ce fantôme des fantômes qu'est l'« avenir »…"

phrase qui fait tout de même nettement ressortir la nature fantasmatique de l'avenir, dans la bouche de ceux qui en parlent. Le Paradis sur terre, quoi. Et pendant que je suis sur cette terre, tant qu'à faire. Ce doit être un droit de l'homme.

Puisqu'on parle de fantasmes, et que cela m'a fait songer à la prophétie d'Aragon : "La femme est l'avenir de l'homme", j'en profite pour noter, toujours d'après Muray, que la silhouette de la femme fragile, vierge, innocente, souvent morte jeune et revenant sous forme de fantôme bienveillant (romantiques allemands, Nerval, préraphaélites...), apparaît au XIXe au même moment que les mouvements d'« égalités des droits » surgissent. Les plus rêveurs et les plus fragiles des écrivains poétisent immédiatement, pour reprendre l'expression de Flaubert, la femme, afin de ne plus affronter les femmes. Lesquelles, comme en ce moment, sentent le champ libre et l'investissent, non sans continuer à râler sur la « domination masculine », vous connaissez le sketch. L'intéressant est sa généalogie.   

mardi 15 août 2017

Suite du précédent. La masturbation donne une petite bite. Le socialisme un petit cerveau.


Plein d'enthousiasme pour la prose de Flaubert et les conclusions que je me permettais d'en tirer, j'ai hier soir complètement oublié que j'avais d'abord prévu de citer un deuxième passage. Extrait d'une lettre adressée à sa maîtresse Louise Colet, qui semble avoir été, si l'on suit P. Muray, un beau brin de chieuse arriviste, quelque part entre S. Royal et C. Angot, une certaine éducation début XIXe en plus, tout de même. Je rappelle que l'époque se passionnait pour le spiritisme, et quand on dit l'époque, on entend les milieux à la mode, les prescripteurs d'opinion, les bobos ou hipsters de ce temps :

"Avoue que c'est fort, les tables tournantes. Ô lumières ! Ô progrès ! Ô humanité ! Et on se moque du Moyen Âge, de l'Antiquité, du diacre Pâris, de Marie Alacoque, et de la Pythonisse ! Quelle éternelle horloge de bêtises que le cours des âges ! (…, coupure de P. Muray.) C'est une chose curieuse comme l'humanité, à mesure qu'elle se fait autolâtre, devient stupide. Les inepties qui excitent maintenant son enthousiasme compensent par leur quantité, le peu d'inepties, mais plus sérieuses, devant lesquelles elle se prosternait jadis. Ô socialistes, c'est là votre ulcère ; l'idéal vous manque. Et cette matière même, que vous poursuivez (comme Onfray, note de AMG), vous échappe des mains comme une onde. L'adoration de l'humanité pour elle-même et par elle-même (ce qui conduit à la doctrine de l'utile dans l'art, aux théories de salut public et de raison d'État, à toutes les injustices et tous les rétrécissements, à l'immolation du droit, au nivellement du Beau), ce culte du ventre, dis-je, engendre du vent (passez-moi le calembour). Et il n'y a sorte de sottises que ne fasse et qui ne charme cette époque si sage."

Ce qui m'intéresse le plus ici, c'est un fragment de la parenthèse : l'adoration de l'humanité par elle-même conduit aux théories de salut public et de raison d'État. On a déjà sacrifié des individus à la collectivité bien avant les socialistes et les révolutionnaires, mais l'idée de Flaubert (et de Muray) est celle-ci : si l'on pense que l'humanité peut être sauvée par elle-même, cela légitime toutes sortes de sacrifices, d'autant que ceux qui se mettent au travers de ce salut (eh oui, terme religieux) peuvent être vus - et l'ont été - comme des traitres à la cause, et donc à la cause de l'humanité, et donc des traîtres à l'humanité, qui par conséquent s'en excluent eux-mêmes, etc. Hélas, avec l'esprit missionnaire du transhumanisme, cela semble toujours actuel.

(L'hypothèse inverse est nettement plus réconfortante : l'humanité, avec ses qualités et ses défauts, est irrécupérable, elle ne fera jamais mieux que ce qu'elle a déjà fait. Ce qu'on peut (et doit) améliorer, ce sont de petites choses au regard de l'histoire, mais qui, mises bout à bout, et si chacun y met du sien en pensant d'abord à se corriger soi-même, amélioreront, difficile de ne pas utiliser l'expression, le vivre-ensemble. Le péché originel, c'est grave cool. Pour un peu, ce serait de gauche.)

lundi 14 août 2017

La masturbation rend sourd. Le socialisme rend aveugle.


Il s'agit ici de la masturbation de l'« humanité » par elle-même : on se branle sur une certaine idée de l'espèce humaine, de ses droits, de son avenir, etc., et on finit avachi comme un vieux branleur, sourd et aveugle à tout ce qui est autour de soi. Flaubert :  

"La torpeur moderne vient du respect illimité que l'homme a pour lui-même. Quand je dis respect, non, culte fétichisme. Le rêve du socialisme, n'est-ce pas de pouvoir faire asseoir l'humanité, monstrueuse d'obésité, dans une niche toute peinte en jaune, comme les gares de chemin de fer, et qu'elle soit là à se dandiner sur ses couilles, ivre, béate, les yeux clos, digérant son déjeuner, attendant son dîner, et faisant sous elle ?"

Une niche comme une gare de chemin de fer, n'est-ce pas la famille dans son petit appartement de merde, avec internet et télé pour voyager sans bouger ? De toutes façons, avec le tourisme de masse et ses effets d'uniformisation, on peut aussi (on peut encore faire autrement…) bouger sans voyager. On rappellera par ailleurs que si les Français ont toujours eu un rapport affectif au vin, l'alcoolisme de masse, lui, est contemporain de l'enracinement de la IIIe République.

Et puis : à partir du moment où on ne pense qu'à bouffer (au sens : du pain, des jeux, et du cul - du cul - du cul, comme disaient les Guignols de l'Info dans le temps), comment s'étonner que les barbares viennent prendre leur part ? Comment leur reprocher leur avidité et leur matérialisme ? Au nom de quoi ? Ils imitent leurs maîtres, ça ne change pas, mais en profitent pour leur niquer la gueule et leur baiser leurs femmes, ça peut se comprendre. Qui a vécu par la bouffe périra en faisant sous soi…

dimanche 13 août 2017

De la servitude masculine volontaire.

Je ne m'en souvenais plus, mais on trouve dans Le 19e siècle à travers les âges l'un des plus beaux textes de P. Muray, une analyse brillante et émouvante de l'oeuvre de Flaubert. J'en extrais la citation du jour - c'est Flaubert qui écrit, cela vient de sa correspondance, Muray ne donne aucune référence :

"La femme me semble une chose impossible. Et plus je l'étudie, et moins je la comprends. Je m'en suis toujours écarté le plus que j'ai pu. C'est un abîme qui attire et qui me fait peur ! Je crois, du reste, qu'une des causes de la faiblesse morale du 19e siècle vient de sa poétisation exagérée. Aussi le dogme de l'Immaculée Conception me semble un coup de génie politique de la part de l'Église. Elle a formulé et annulé à son profit toutes les opérations féminines du temps. Il n'est pas un écrivain qui n'ait exalté la mère, l'épouse ou l'amante. La génération, endolorie, larmoie sur les genoux des femmes comme un enfant malade. On n'a pas idée de la lâcheté des hommes envers elles."

Et à l'époque, les hommes n'avaient même pas l'excuse des lois anti-discrimination de plus en plus inquisitrices et liberticides : ils se sont mis à genoux volontairement devant les femmes - en des proportions certes moindres que de nos jours. J'imagine d'ailleurs la Marche des fiertés décrite par Flaubert... Il se reprendrait un procès, comme pour Madame Bovary, mais on rigolerait. Quoi qu'il en soit, cette tirade et les réflexions qu'elle suscitent le confirment encore : quand on a le pouvoir et qu'on le perd, on y est forcément pour quelque chose.


samedi 12 août 2017

Michel Onfray bat le record mondial de conneries au paragraphe.

Éléments toujours, cet homme bien sûr de lui y explique en quoi son matérialisme inspiré de Lucrèce met à bas l'ignoble christianisme. Ça dure une colonne entière de bêtises, contresens, généralisations abusives et intempestives, je cite dans son intégralité le passage le plus dense en absurdités :

"Quatrième leçon : l'hédonisme. Le souverain bien n'est pas dans l'imitation de la passion du Christ et le désir de la mort, ce qui génère masochisme et névrose, goût de la souffrance et plaisir pris au cadavre, mais dans le plaisir pris à vivre sa vie. Parmi les plaisirs : la frugalité, autrement dit une vie simple débarrassée de la consommation ou de l'accumulation, du luxe ou du superfétatoire. Mais aussi l'amitié à laquelle je donne une place importante. Elle est le sentiment électif et aristocratique païen qui permet de combattre la fiction chrétienne d'un amour du prochain universel pour réaliser son salut."

Deux intellectuels assis vont moins loin qu'un con qui marche, mais un intellectuel con qui bat la campagne, ça va loin. Dois-je répondre, sachant que l'intéressé insiste  - sans complètement convaincre… - sur le fait qu'il se moque bien de ce qu'on dit de lui ? Très brièvement :

 - il n'y a pas de « désir de la mort »  dans le christianisme. Il est précisé depuis longtemps à ceux qui aimeraient rejoindre le Christ trop tôt que ce n'est pas comme ça que ça marche ;

 - on imite le Christ globalement, pas sa passion en particulier. Sur ce point, j'ai dû me renseigner auprès d'un spécialiste - sachant que justement, je n'en suis pas un, et que cela aggrave le cas de M. Onfray : même quelqu'un qui n'y connaît pas grand-chose voit qu'il délire. Bref : l'imitation peut effectivement aller jusqu'au sacrifice,  et on l'a vu au fil de l'histoire de nombreux saints et martyrs, mais le sacrifice n'est pas une fin en soi. Lier un fantasmé « désir de la mort » avec une « imitation de la passion» présentée comme un devoir, cela relève du braquage intellectuel ;

 - « plaisir pris au cadavre »  : l'expression d'une part est maladroite et peu claire, d'autre part ne s'applique absolument pas au christianisme - laissez les morts enterrer les morts, bordel ! Ajoutons rapidement que lorsqu'on relit Muray comme je le fais en ce moment et qu'on est de ce fait abreuvé quotidiennement de citations antichrétiennes et nécrophiles d'auteurs souvent socialistes du XIXe, on éclate de rire en lisant une telle bêtise ;

 - je passe directement à la dernière formule : « amour du prochain universel pour réaliser son salut » , ça ne veut rien dire et c'est faux, belle conjugaison de deux défauts peu aisés à concilier. On doit commencer par aimer son prochain comme soi-même, personne n'a dit que c'était facile, c'est au contraire déjà une forme d'ascèse ;

 - un mot sur la deuxième partie du paragraphe. Imaginons que c'est par simple maladresse que M. Onfray semble reprocher au christianisme une négation de la frugalité, un rôle dans la société de consommation ou un mépris de l'amitié (laquelle il est vrai n'est pas spécialement valorisée par la théologie chrétienne), et signalons qu'il y a d'importantes distinctions à faire entre « la consommation », « l'accumulation », « le luxe » et « le superfétatoire ». Il y avait, et c'est heureux, du luxe avant que la société ne devienne de consommation, il est même possible qu'à terme celle-ci tue celui-là (ou ne le vide de sens) - et il n'y a aucune honte à aimer le luxe, tant qu'on sait ne pas en dépendre plus que de raison. Si l'on enlève « le superfétatoire », il ne reste que le nécessaire… comme pour les animaux. Un grand progrès !

Je m'arrête là, sauf demande du public, le reste de l'interview contient d'autres perles.  

(Pourquoi Alain de Benoist, qui interroge notre sommité athée, est-il si indulgent, voire flagorneur ? Sympathie personnelle, anticléricalisme fraternel ? Il est vrai que de même que l'intelligence d'Alain Finkielkraut semble se figer lorsqu'il est question d'Israël, celle du père fondateur d'Éléments se fait moins rigoureuse dès que le mot « païen » point le bout de son défunt nez. On peut en dire autant d'Alain Soral quand il évoque l'Islam ou de Marc-Édouard Nabe avec les Arabes de France. - Chacun sa faiblesse !)  

vendredi 11 août 2017

Thomas Hennetier paraphrase le dernier livre de Régis Debray.

C'est dans Éléments :

"Quel chef d'État européen pourrait affirmer aujourd'hui, comme le général de Gaulle le faisait encore en 1965, que l'Europe est « la mère de la civilisation moderne », et l'Amérique « sa fille » ? En considérant comme Régis Debray qu'une civilisation est offensive, conquiert et convertit, alors qu'une culture est défensive, résiste et survit, force est de constater qu'il ne subsiste plus en effet aujourd'hui qu'une civilisation américaine, avec des variantes culturelles européennes.

Une inversion s'est produite au XXe siècle : alors qu'en 1919 Paul Valéry, s'il pressent la sénescence européenne, voit encore l'Amérique comme une projection de l'Europe ou une adolescente en voie d'émancipation, Samuel Huntington, en 1996 (Le choc des civilisations), réunit les deux continents sous un même leadership américain, et sous la même bannière civilisationnelle, l'Occident. Celui-ci joue parfaitement son rôle de mythe, qui est de « changer une histoire en nature et la contingence en évidence. » La périphérie est devenue le centre : « (…) Cela s'appelle une défaite »."

(La coupure sur la dernière phrase est de moi). La distinction civilisation / culture comme la brève synthèse de l'inversion des rôles au XXe siècle me semblent pertinentes. On rappellera que les Américains investissement énormément de temps, d'énergie - et parfois de talent - dans leur domination culturelle (j'emploie ce mot sans vouloir créer de confusion avec la distinction précédente), ce qui n'est pas franchement le cas de la France. On ajoutera que depuis quelques années la culture anglaise parvient à être régulièrement présente dans les productions audio-visuelles américaines et/ou occidentales : il se produit là comme un rapprochement des deux visages anglo-saxons de l'« Occident », rappelant le fameux avertissement de Churchill à de Gaulle - quand elle doit choisir entre l'Europe et le grand large (les États-Unis), l'Angleterre choisit toujours le grand large. En ces temps de Brexit et de subversion migratoire (Brexit notamment provoqué par des forces politiques économiquement libérales, ne l'oublions pas), ce rapprochement n'a rien d'innocent : l'Angleterre sait par quelles voies elle a le plus de chances de survivre et de s'exprimer. On ne peut que souhaiter que se produise maintenant un rapprochement entre pays latins, et que l'invasion dont ils sont victimes leur permette de redécouvrir leur cousinage ancien comme leurs solidarités de fait. Mais comme cela va devoir se faire contre leurs gouvernants propres - lesquels ont tout de même été élus, mal élus peut-être (comme Freud disait que les Allemands avaient été « mal baptisés »), mais élus, et donc un peu voulus par une partie des populations -, ce n'est pas gagné. 

jeudi 10 août 2017

"Voilà ce qui me scandalise."

"Les optimistes sont redoutables ; ils entreprennent des guerres qui ne finissent pas ou s'achèvent par des victoires désastreuses ; ils prônent de gigantesques oeuvres de bienfaisance qui ruinent tout le monde ; ils ont un langage fier. Les pessimistes ne peuvent jamais dire ce qu'ils pensent : ils feraient moins de mal, mais ils sont tristes ; c'est leur seul défaut. Je recommande un pessimisme gaillard, plein d'allant. Le principal est de voir au bon moment ce qui est possible et ce qui ne l'est pas."

"La politique intéresse toujours les écrivains. Pourquoi écrire un volume sur des matières si volatiles ? L'histoire fera bouillir ces choses dans sa marmite de sorcière, et ce qui en ressortira n'aura point de ressemblance avec l'objet de nos soucis. Nos opinions signifient que nous sommes faits ainsi ; voilà tout.

Quant à l'opinion littéraire, elle dépend de vingt personnes à Paris.

En général, les critiques n'ont pas le goût plus mauvais que le premier venu ; ils sont gênés par leurs préjugés politiques. On m'a montré la lettre d'un critique qui ose dire (…) qu'il ne parle jamais de X., parce que X. a écrit un ouvrage politique (lequel ouvrage est fort connu) qui lui a déplu.

Ainsi un homme qui a des lettres, puisqu'il est critique, attache de l'importance à sa propre opinion politique et à celle des autres ; voilà ce qui me scandalise. On a vu jadis les Français du Nord et les Français du Sud s'entr'égorger pendant quatre siècles autour d'Albi et Toulouse et l'on n'a pas décidé encore lesquels servaient la bonne cause. Je regarde mes propres opinions et celles des autres comme des enfantillages ; c'est à quoi m'ont conduit mes études. Présentement les opinions politiques du Français sont les opinions d'une femme nerveuse ; les idées d'une femme nerveuse, je sais d'où elles viennent. Je n'aime pas ça."

Jacques Chardonne.

mercredi 9 août 2017

"A la racine de toutes choses et de lui-même Dieu a mis la paternité."

Paul Claudel. Plus simple tu meurs. Dieu n'est pas une femme, une femme n'est pas un père, Dieu n'est pas LGBT. Allah, en revanche...

Passons. Un peu de Nimier pour que vous ne croyez pas que je suis devenu paresseux :

"On vit avec une imagination et une femme. Ce n'est pas toujours facile de les faire coexister, même si l'on est pourri de bon sens comme vous et moi. Ajoutez l'honneur (qui est une forme particulière de l'imagination, douloureuse en tout cas lorsqu'on ressent fortement l'humiliation) et tout se complique encore."

L'honneur que d'ailleurs des gens "pourris de bon sens comme vous et moi" redécouvrent par ses côtés holistes, comme j'écrivais dans le temps - lisez collectifs, pour faire vite : à défaut d'avoir aussi souvent honte à titre personnel que nous le devrions, nous retrouvons ce sentiment par la honte collective, quand nous voyons comment les autres nous considèrent en tant que collectivité, et parce que nous savons qu'ils n'ont pas tort.

mardi 8 août 2017

Chacun voit midi à la porte de l'autre.

"La pensée dominante du moment est un « cégétolepenisme » mâtiné de conspirationnisme et de déclinisme", lis-je dans Éléments sous la plume de Marc-Édouard Nabe. Non, je déconne, il s'agit d'une déclaration de Sébastien Le Fol, interviewé en compagnie de Daoud Boughezala et Alexandre Devecchio, dans Éléments, donc.

Sébastien Le Fol travaille au Point - il n'y a pas de sot métier -, ce qu'il dit n'est bien sûr pas faux, mais ce qui m'amuse est la permanence de cette figure de rhétorique consistant à gonfler l'importance ou l'influence de la doctrine que l'on entend combattre. Cette pensée supposée « dominante » s'est largement fait démolir au deuxième tour de l'élection présidentielle. Comme le dit un peu plus tôt dans le même article D. Boughezala, avec cette élection, "Emmanuel Macron prépare en toute quiétude la réforme du travail et l'extension du domaine de la reproduction artificielle. (...) Le dieu Progrès ne s'est jamais aussi bien porté à l'Élysée."

Certes on ne mettra pas sur le même plan les niveaux respectifs des débats intellectuels dans les revues et le vote des Français au deuxième tour d'une élection où l'on choisit souvent faute de mieux,  la ficelle utilisée par S. Le Fol n'en reste pas moins un peu grossière. Cela fait bientôt deux siècles que les libéraux en France se présentent comme minoritaires et persécutés, mais de Guizot à Macron en passant par Poincaré, Jean Monnet, Giscard d'Estaing ou Sarkozy, ils sont quand même souvent là pour nous faire chier. - Ce qui perturbe le débat ceci dit, c'est que l'importance historique de l'État en France fait que c'est souvent l'État qui nous force à être libéraux - cette formule paradoxale montre quel est le problème, d'un point de vue général comme du point de vue d'un libéral sincère et bien intentionné : en France, le libéralisme vient d'en haut, alors qu'en bonne logique il devrait venir en bonne partie d'en bas. Je ne dis d'ailleurs pas que la France soit le seul pays dans ce cas, mais cela s'y voit plus nettement qu'ailleurs.

lundi 7 août 2017

Chesterton nous explique que le transhumanisme est de gauche. Comme Jacques Attali et Bernard Shaw. Et ce n'est pas rassurant.

"Après avoir, pendant des années, malmené un grand nombre de gens parce qu'ils n'étaient pas progressistes, M. Shaw a découvert, avec son bon sens caractéristique, qu'il est très douteux qu'un être à deux jambes puisse réellement être progressiste. En étant arrivés à douter que l'humanité et le progrès soient compatibles, la plupart des gens faciles à satisfaire auraient choisi d'abandonner le progrès et de rester avec l'humanité. N'étant pas facilement satisfait, M. Shaw a décidé d'abandonner l'humanité, avec toutes ses limitations, et de prendre le parti du progrès pour le progrès en soi."

En Marche !

dimanche 6 août 2017

Tour de Babel.

"Depuis mai 68, il y a eu une affirmation continue de la liberté individuelle contre le poids des institutions. Cela aboutit aujourd'hui à ce que Bourdieu appelait un «effet d'hystérésis», un décalage entre une disposition, individuelle ou collective, et un contexte social qui a changé : on continue à faire comme s'il fallait se battre pour davantage de liberté individuelle alors que celle-ci a été largement obtenue, et que ce sont plutôt ses effets pervers qui posent aujourd'hui problème."

Nathalie Heinich, ici. - Ce qui signifie, et votre serviteur, évoluant parfois dans des milieux sociaux dont il ne partage guère les valeurs, peut en témoigner, que sur certaines questions les positions de certains Français ne sont pas audibles pour d'autres Français. Ce n'est même pas qu'on n'est pas d'accord, ou qu'on ne peut pas s'encadrer (ces deux propositions sont vraies néanmoins), c'est qu'on ne parle pas de la même chose, que certains veulent aller plus loin dans une direction pour convaincre les autres, alors que ceux-ci jugent qu'on est déjà allé bien trop loin dans cette direction. Et il n'y a pour l'heure guère de raison que ça s'arrange, au contraire, la logique veut que ces décalages s'amplifient encore...

samedi 5 août 2017

"Alors que le matérialisme sévit..."

Voici une conversation entre les deux principaux personnages du roman de Huysmans, Là-bas, conversation dans laquelle se trouve exprimée la thèse principale du 19e siècle à travers les âges de Muray : occultisme et socialisme vont de pair, thèse qui permet d'aborder E. Macron sous un jour plus pertinent me semble-t-il que sous le seul angle de l'« ultra-libéralisme » ou du « jouet d'Attali ». Pour le dire clairement : notre président est mystique-socialiste avant d'être libéral-libertaire. J'essaie de vous faire partager cette conviction au fil des citations...  sachant que, notamment chez Soral, ceux qui critiquent le libéralisme de M. Macron sont parfois loin d'être exempts de tentations occultistes et millénaristes. - Mais je laisse la parole à Huysmans : 

"Quelle bizarre époque, reprit Durtal en le reconduisant. C'est juste au moment où le positivisme bat son plein, que le mysticisme s'éveille et que les folies de l'occulte commencent.

 - Mais il en a toujours été ainsi ; les queues de siècle se ressemblent. Toutes vacillent et toutes sont troublées. Alors que le matérialisme sévit, la magie se lève. Ce phénomène reparaît tous les cent ans. Pour ne pas remonter plus haut, vois le déclin du dernier siècle. A côté des rationalistes et des athées, tu trouves Saint-Germain, Cagliostro, Saint-Martin, Gabalis, Cazotte, les Sociétés des Rose-Croix, les cercles infernaux comme maintenant ! - Sur ce, adieu, bonne soirée et bonne chance."

Oui, bonne journée et bonne chance !

vendredi 4 août 2017

Brèves de riches.

"C'est quand on commence à payer des pensions alimentaires qu'on se rend compte à quel point un mois passe vite."

Jean Yanne. Bon, chez certains, le loyer, les factures EDF, etc., donnent le même sentiment. Une autre :

"On ne connaît pas vraiment une femme tant qu'on n'a pas été confronté à elle devant un juge."

Woody Allen. L'envie du pénal, en quelque sorte, pour évoquer encore une fois P. Muray.

jeudi 3 août 2017

Vivement les ordonnances !

"La forme des pyramides d'Égypte montre qu'à l'époque les ouvriers avaient déjà tendance à en faire le moins possible."

W. Cuppy.

mercredi 2 août 2017

"Tout ce qu'on raconte sur Hollywood est exact, même les mensonges."

Orson Welles. Une autre pour la route (service minimal en ce moment, je coupe de ma vie habituelle pendant trois jours) :

"A Hollywood, si vous n'allez pas voir un psychiatre, tout le monde croit que vous êtes fou." 

Bob Hope. A demain !

mardi 1 août 2017

Aux ambitieux d'aujourd'hui...

"Le meilleur moyen de changer le cours de l'histoire, c'est de devenir historien."

Paul Dickinson.

lundi 31 juillet 2017

Charité bien ordonnée...

Continuons avec les leçons de l'Oncle Charles :

"…la mesure dans laquelle les Soviets font intervenir l'emploi de certaines forces hétérogènes et contradictoires, derrière leur rideau de fer. A l'intérieur, les Soviets utilisent avant tout les instincts nationaux, les traditions nationales russes, slaves, panslaves, parce que ces forces nationales CONSTRUISENT. A l'extérieur, ils emploient presque uniquement les passions démocratiques parce qu'elles DÉTRUISENT. (…) Si le nationalisme construit, si la démocratie détruit, que l'exemple serve de fil conducteur à la politique française. Ne démocratisons que nos rivaux, nos concurrents, nos ennemis. Comprenons qu'il faut nous nationaliser, nous. Songeons à établir le bon état, la bonne santé de la nation avant de mettre en peine de la lier et de l'associer au reste du monde, par des toiles d'araignée qui ne tiendraient pas ou par des réseaux d'airain qui nous accableraient. La préoccupation de notre force et de notre résistance intérieure doit tout primer. (…)

Avant de me placer au bout du monde, je pense à nous. Je fais de l'ordre, l'union, de la justice, du progrès matériel et spirituel, mais surtout de l'armement et du réarmement chez nous. Je balaye devant ma porte. (…) Tandis que les Unions, Sociétés des Nations ou Bureau des Nations plus ou moins unies, S. D. N., O. N. U., ne font que multiplier les litiges, les plaids, les arrêts, les appels, accumulant ainsi les sujets de conflits toujours renaissants, moi, gouvernement national, nationaliste profès, je pense, vois, prévois, j'agis et manoeuvre, je m'arme, je m'allie, mais m'arrange toujours en toute chose, de façon À NE CHERCHER QUERELLE À PERSONNE, MAIS À NE DONNER À PERSONNE L'IDÉE D'UNE FAIBLESSE QUI PUISSE LE TENTER. En un mot, ne point attaquer, mais ne point m'exposer à être assailli de qui que ce soit…"

Bien évidemment, nos gouvernants font le contraire, allant se « placer au bout du monde » , agresser verbalement ou physiquement les uns et les autres, tout en donnant de bien visibles « idées de faiblesse » , s'asseyant (en pantalon moule-bite) sur le réarmement, etc. On a beau être d'heureuse nature, la logique - ou le manque de logique - des choses ne peut que susciter l'inquiétude. 

dimanche 30 juillet 2017

Mondialisation, piège à cons...

Maurras, sur l'Europe et les futures unions européennes, en 1948 :

"Il ne s'agira plus d'une simple alliance utile ou nécessaire, bien ou mal ficelée, contre un ennemi déterminé. Ce sera la démission d'un certain nombre de souverainetés européennes, et leur subordination, non pas, comme on le raconte, dans une impossible souveraineté commune, mais dans la volonté et le profit d'une Puissance plus forte, devenue seule reine et maîtresse. Il en sera de l'Europe comme il a été de l'Allemagne d'hier. Le parlement de Francfort a d'abord essayé de réaliser en 1848 une fédération d'égaux. Il a échoué ; l'égalité était impossible entre les membres du corps germanique. Mais Bismarck pouvait réussir, comme il a réussi, en groupant autour du noyau prussien dominateur quelques satellites très inégaux. Il devra sortir de La Haye quelque Bismarck anglais ou américain (…), un Bismarck sous lequel la France sera comme Bade ou la Bavière devant la Prusse britannique. (…) Notons que les Américains ont déjà très bon appétit : chez eux certains amateurs veulent jouer sur la planète le même rôle que les Anglais en Europe, ils avouent leur ambition de former un État Terrien unique dont ils seraient les rois."

- Possibilité à laquelle Maurras ne croit d'ailleurs pas. - Quoi qu'il en soit, on voit de quoi était encore coupable le vieux sourd dans sa prison en 1948 - plus prophète que dépassé, comme on cherchait alors à le croire ou à le faire croire. 

samedi 29 juillet 2017

Une brève pour bien démarrer le week-end.

"La philosophie a cela d'utile qu'elle sert à nous consoler de son inutilité."

J.-L.-A. Commerson.

vendredi 28 juillet 2017

Revisitons les grands classiques.

Est-ce parce que j'ai cité Baudelaire hier ? Sa fameuse formule : "La femme est naturelle, c'est-à-dire abominable", m'est revenue à l'esprit ce jour. Croisant deux jeunes femmes, j'ai dû constater que la plus mignonne des deux était aussi la moins attirante. Réfléchissant à ce qui me semblait une anomalie, j'en suis arrivé, Charles aidant, à cette idée que c'était parce que la plus belle apparaissait comme trop naturelle, en italiques comme chez Baudelaire, manifestement trop là pour se reproduire. Son amie semblait avoir mieux compris que, pour séduire les hommes (et donc, in fine, se faire engrosser tôt ou tard), il vaut mieux ne pas envoyer aussi directement ce genre de signaux.

Je ne prétends pas ici découvrir la lune, tant s'en faut, les notions de naturel - et, par contraste, d'artificiel - peuvent par ailleurs être subjectives (il importe de surcroît que l'artifice paraisse naturel...), mais j'ai été frappé par cette rencontre d'une impression visuelle surprenante et d'un aphorisme célèbre.

Sur ce, comme je m'essaie ce soir à la purée de pommes de terres de Robuchon et que les moments importants de la préparation approchent...

jeudi 27 juillet 2017

"Monsieur,

je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fût un grand artiste, il n'était pas insensible à un compliment sincère, quand ce compliment était comme un cri de reconnaissance, et enfin que ce cri pouvait avoir une valeur d'un genre singulier quand il venait d'un Français, c'est-à-dire d'un homme peu fait pour l'enthousiasme et né dans un pays où l'on ne s'entend guère plus à la poésie et à la peinture qu'à la musique. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que j'aie jamais éprouvée. Je suis d'un âge où l'on ne s'amuse plus guère à écrire aux hommes célèbres, et j'aurais hésité longtemps encore à vous témoigner par lettre mon admiration, si tous les jours mes yeux ne tombaient sur des articles indignes, ridicules, où on fait tous les efforts possibles pour diffamer votre génie. Vous n'êtes pas le premier homme, Monsieur, à l'occasion duquel j'ai eu à souffrir et à rougir de mon pays. Enfin l'indignation m'a poussé à vous témoigner ma reconnaissance ; je me suis dit : je veux être distingué de tous ces imbéciles."

Début d'une lettre de Baudelaire à Wagner, 17 février 1860. Je la cite pour le plaisir, sans intention polémique précise. Rappelons que le texte Richard Wagner à Paris, du même Baudelaire, est un de ses chefs-d'oeuvre. Et citons le post-scriptum :

"Je n'ajoute pas mon adresse, parce que vous croiriez peut-être que j'ai quelque chose à vous demander."

mercredi 26 juillet 2017

Pas de tartine ce jour, une sentence lapidaire.

"Tel pauvre se croit méprisé des riches parce qu'à leur place il mépriserait les pauvres."

Abel Bonnard, L'argent. A méditer par certains révolutionnaires et antisémites (par exemple).

mardi 25 juillet 2017

"La gestion par l'État moderne de ces génocidées en puissance que sont toujours les masses…"

Pas de place pour la plaisanterie aujourd'hui, je reprends le fil des variations murayennes sur Macron et le social-occulto-« libéralisme » hélas si français. Vous vous souvenez peut-être de la brève citation du 14 juillet : "Ce qui commença par le père s'achève par la masse."

Il s'agit évidemment de la théorie freudienne du meurtre du père au début de la civilisation. L'important n'est pas le statut de vérité de cette hypothèse, mais de lier cette façon de penser avec l'essor des masses, de la démographie, du « vouloir-guérir », toutes choses dont nous (enfin, nous, P. Muray, surtout) avons parlé ces dernières semaines. Voici donc la suite du raisonnement :

"Le grand troupeau de la fin et la fin comme troupeau… Voilà le malaise dans la civilisation. Comment se constitue une masse ? Par identification des uns aux autres, répond Freud. Remplacement progressif de l'idéal du moi au profit d'une identification de chaque moi à un même objet ; le tout bien entendu autour du fameux meurtre du père suivi de l'établissement d'une démocratie élémentaire sur la base sacrée du mort vers lequel convergent l'identification et la soumission de la communauté. Il y a une culpabilité obscure bien cachée, il y a un meurtre qui fait la foule, et l'on comprend que celle-ci n'ait aucune envie de se pencher de trop près sur ce qui l'a rendue possible… J'ai toujours trouvé très éclairant que quelqu'un comme Heidegger, cherchant à démontrer que le sens originaire du mot logos n'est pas discours ou parole, mais rassemblement ou collection ou mise ensemble, soit obligé de s'appuyer sur une citation où le rassemblement, la mise en tas et en masse, concernent justement des cadavres. C'est le célèbre passage du Chant XXIX de l'Odyssée où Agamemnon rencontre aux enfers les prétendants tués : « Et je ne sais guère de quelle autre manière on pourrait rassembler (lézaïto), en les cherchant dans toutes la cité, des hommes aussi nobles. » Comme si on ne pouvait recueillir comme masse que ce qui est mort ou se trouve en rapport étroit, direct, avec la mort…

Alors seulement peut-on comprendre la cause secondaire sexuelle : poussée érotique interne visant à unir les hommes, écrit Freud. L'acte manqué par excellence étant le ratage sexuel, l'acte suprêmement réussi sera la réalisation de la fusion dans l'anonymat général. Comme une sorte de prix de consolation que se donnerait l'espèce de temps en temps… Puisqu'on n'arrive décidément pas à faire fusion à deux, il faut bien au moins qu'on y réussisse imaginairement, fantomatiquement, c'est-à-dire à mille, dix mille ou cent mille. (…) Son nom est légion par incapacité à être union. (…) Les États, le pouvoir comme on disait naguère, ne s'occupent que de ce phénomène. Ils n'existent que dans leur rapport au nombre des habitants et c'est pourquoi les revendications ou protestations du nombre sont si inutiles, émanant du nombre qui demande à être informé sur le pouvoir au lieu de chercher à l'être sur le nombre qu'il est. Les États ont à croire et faire croire en surface que tout se passe comme prévu, depuis la nuit des temps, ils s'époumonent donc à réordonner, peser, gérer, comptabiliser, recenser, sonder, encourager ou régler la multiplication. Et de temps en temps à pratiquer des coupes sombres par telle ou telle guerre. Sous ce rapport, leur vocation de base est évidemment génocidaire, c'est la seule liberté d'action, la seule souveraineté qu'ils aient jamais eue puisqu'ils n'ont de sens qu'à exercer leur action sur le nombre."

Je pourrais laisser P. Muray continuer, clarifions plutôt. L'expression « ratage sexuel » suggérerait à un esprit malveillant que l'auteur de Festivus, Festivus était un mauvais baiseur aigri. C'est possible, aucune idée, mais ce n'est pas la question, qui est encore une fois que le sexe n'est pas mystique, n'est pas fusionnel. Il suffit je pense de comparer l'état de sa compagne durant le plaisir avec ce qu'elle peut être le lendemain matin en cas de contrariété, pour comprendre ce que cela signifie. On jouit seul, point-barre, même si ce n'est pas avec n'importe qui (le désir choisir, le désir discrimine, grande incohérence que de vouloir donner de l'importance (trop) au sexe tout en prônant un discours « tolérant », arasant, égalitaire, etc.).

Par ailleurs, l'idée de Muray est que la spécificité du XIXe siècle (ce pourquoi le titre de son livre évoque ce siècle à travers les âges…) vient de qu'il explicite, comme une nouveauté et une promesse bientôt réalisée, les thèmes inconscients de la religion grégaire de l'humanité, de la volonté de l'humanité d'être espèce finalement, d'être unie, harmonieuse, etc., tout ce que contre quoi selon lui le christianisme a lutté, estimant ces espérances aussi artificieuses que dangereuses, pour ce qui dans l'homme et dans l'humanité dépasse justement l'espèce.

Si enfin on relie ces thèmes aux progrès de la médecine et à l'essor démographique au début du XIXe, toutes les conditions sont réunies pour que les individus, qui souhaitent de plus en plus faire masse, et pensent éventuellement, dans certains domaines, que cela favorise leur action ("Tous ensemble, tous ensemble !"), ce qui n'est pas nécessairement faux à tout coup, passent à côté de la contrepartie : l'État  aura d'autant plus besoin et d'autant moins scrupule à les traiter comme des ressources humaines, comme des masses statistiques, comme des données chiffrées interchangeables, etc., que c'est, depuis le XIXe donc, selon P. Muray, exactement ce que les gens demandent.

A génocide, génocide et demi : si le premier génocide des temps modernes est tombé sur le peuple le plus singulier qui se trouvait alors en Europe (avec les gitans, qui y ont aussi eu droit), celui qui refusait de se laisser réduire par l'universalisme, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, celui qui en tout cas, assimilation ou pas, persévérait dans son être, ce que l'on appelle la mondialisation, et qui est la continuation au niveau mondial de ce devenir-masse, se manifeste finalement par une suite de petits génocides, si l'on ose l'expression : des attaques contre les cultures nationales (incarnées par des démocrates ou des dictateurs, qu'importe) à l'expansion de l'euthanasie et de l'avortement (on revient à la thématique du « vouloir-guérir »), en passant bien sûr, on retrouve là M. Macron et l'actualité la plus immédiate, à ce qu'il est maintenant convenu d'appeler, et ce n'est pas une mince victoire de l'auteur de la formule (Renaud Camus, rendons à César), le grand remplacement.

Peut-on en tirer une conclusion ? Les thèses de Muray confirment ce que tout le monde peut observer ces dernières années, ce qui est aussi la thèse de D. Cohn-Bendit, retrouvant d'un point de vue laudatif une intuition critique de S. Weil (la christique, pas la génocidée-génocidaire) : en démocratie, ce sont les minorités organisées qui gouvernent. Parce qu'elles font moins masse, justement, parce qu'elles restent plus dans l'ordre du qualitatif - ce qui ne veut pas dire que leurs revendications soient plus justes, rien à voir. Il s'agirait donc d'organiser le lobbying efficace de la majorité silencieuse… sans pour autant se croire plus intelligent qu'elle sur le fond.

lundi 24 juillet 2017

Divertissement...

"Vous savez sûrement que les Tasmaniens, qui ignoraient tout de l'adultère, sont aujourd'hui une race disparue."

"Le norvégien est une langue assez simple qui consiste à parler allemand sous l'eau."

"On devrait quand même dire aux Allemands que le trait d'union existe."

"Je parle l'espéranto comme un type du pays."

"Le mariage est le prix que les hommes paient pour le sexe, et le sexe est le prix que les femmes paient pour le mariage."

"Le pire, c'est de se marier par amour et de découvrir que son mari n'a pas d'argent.'

"Le malheur est la véritable égalité."

Rendons, respectivement, à César : W. Sommerset Maugham, J. Larson, W. Cole, S. Milligan, Anonyme, Zsa-Zsa Gabor (huit maris, dont G. Sanders), A. Scholl.

dimanche 23 juillet 2017

"C'est un garçon !"

Je reviens à la fois sur le petit texte d'hier et sur l'article déjà évoqué sur le sexisme des petits garçons. Ce qui est à la fois désespérant et effrayant - sans compter que cela ne facilite pas la discussion - avec les indifférentialistes de toutes obédiences, c'est qu'ils ont le projet plus ou moins conscient, ou se retrouvent, du fait de l'inanité de leurs théories, devant la nécessité de nier tout rapport, quel qu'il soit, entre le langage et... quoi d'ailleurs ? J'appellerais ça spontanément la réalité, mais comme pour ces gens tout est plus ou moins construction... Il est d'ailleurs logique de s'attaquer au deux termes en même temps - ce qui ne signifie aucunement, dans mon esprit, que l'accès à la réalité soit toujours aisé, ou que le langage donne accès directement au réel.

Quoi qu'il en soit, avec la théorie du genre et l'indifférentialisme pris sur son versant « sexuel », on se trouve au plus près, à la fois de l'absurdité et de l'infamie de ce genre de concepts, puisqu'il s'agit de dénier toute véracité à la phrase la plus basique qui soit, qui est aussi celle qui prouve définitivement qu'il y a un bien un rapport entre le langage et le réel : devant un bébé, qui n'a aucun autre caractère sexuel que, précisément, son sexe, on a un indice et un seul pour dire si c'est une fille ou si c'est un garçon - et tout le monde comprend alors de quoi on parle.

D'où le coup de force de parler de genre au lieu de sexe. J'ai 45 ans, ce qui signifie que j'ai été contemporain de cette évolution vers le flou et l'indifférenciation, j'ai vu comment on glissait de l'identité sexuelle (X est pédé, Y est gouine) aux variations, toujours plus vagues et illogiques relativement à la part de choix individuels et d'éventuels déterminismes biologiques, sur le genre comme, à la fois, cache-sexe et substitut au sexe.

C'est en effet un sentiment assez glauque que j'ai ressenti à la lecture des déclarations des différents parents, hommes et femmes. - Mais je reviens d'abord sur un point : l'instrumentalisation éhontée de la science. A une époque on était pédé à cause de ses gènes, on est maintenant gay (un des termes les plus dégueulasses qui soient, par ailleurs) parce qu'on le veut - sauf si quelqu'un vous le reproche, les gènes redeviennent alors utiles. De même, il n'y a pas de races, mais les Noirs valent mieux que les Blancs. Passons.

Donc : devant cette volonté pas toujours stupide dans ses réalisations mais utopique dans son objectif d'éliminer les différences entre garçons et filles, telle qu'on la voyait en action dans l'article de l'Obs, on se dit que les parents qui pensent ainsi sont un peu comme des amis qui baisent, puisqu'eux-mêmes sont censés, sauf regrettable héritage d'un passé funeste dont ils n'arrivent pas à se débarrasser, être identiques l'un à l'autre, avec juste une possibilité bienvenue de s'emboiter facilement l'un dans l'autre. D'une part voilà une vision tristement homosexuelle du couple comme de la famille - on parlait beaucoup à une époque de tabagisme passif, voilà l'homosexualisme passif -, d'autre part, et là on rejoint ce qui se passe avec la théorie du genre, on finit par se dire que pour ces gens-là le sexe est déconnecté de tout le reste. Je ne pense pas que ce soit le cas dans la pratique, mais c'est bien parce que la nature est plus intelligente et plus simple que ces braves individus.

D'une façon générale, tous ces discours, j'emploie à dessein un terme foucaldien, sont paradoxalement à la fois obscènes et puritains. A avoir donné trop d'autonomie à la sexualité dans un premier temps, on se retrouve bien embêté pour la raccorder au reste ensuite, d'où une tartufferie à multiples facettes. Là où l'expérience, incurablement chestertonienne, apprend que le cul fait partie de la vie. Plus simple tu meurs. Comme papa dans maman. Et déjà, dans la pratique, ce peut être moins simple...


samedi 22 juillet 2017

Il y a quelques années...

discutant avec, disons, une collègue de travail, je parvenais à me formuler ceci en lui parlant :

"La question intéressante, c'est de savoir pourquoi la seule espèce qui a vraiment un langage est aussi la seule qui fait l'amour dans un autre but que la reproduction, et parfois en espérant que faire l'amour ne serve pas à la reproduction. Voilà LE problème que j'aimerais résoudre."

La précision qui commence par "et parfois..." permettant à elle seule d'éliminer toutes les histoires d' « embryons de langage » (les scientifiques actuels préfèrent ce genre d'embryons virtuels aux vrais) ou de « pratiques sexuelles » chez les animaux. Les animaux n'ont pas de réel langage, et ne se demandent pas comment ils vont nourrir le gamin qu'ils sont peut-être en train de faire.

Quelques années après, il me faut bien reconnaître, dans la limite de mes connaissances, que seul le récit biblique fournit une explication à cette question. Ou tout au moins que seule la Bible semble prendre à bras le corps ce sujet avec le même enthousiasme que moi ce jour-là.

J'avais d'ailleurs ajouté, bravache : "Si je trouve la réponse, je peux mourir tranquille." Mourir tranquille, mon cul... J'aimais bien cette fille. Puisque je suis dans la rétrospective, je dois avouer, au sujet de la plupart des filles que j'ai "bien aimées" ces dernières années, qu'à partir d'un certain moment j'ai compris que jouer avec l'idée de coucher avec elles me rapprochait de ma femme. Ce qui a un rapport manifeste au début du texte. Et bonne nuit. 

 

vendredi 21 juillet 2017

Le manque de temps, mon vieil ordinateur qui mouline, et des pédés d'Anglais bourrés qui hurlent autour de moi...

ne me laissent pas le loisir de vous raconter tout ce que j'espérais vous raconter ce soir, je me contente donc de vous conseiller la lecture de cet affligeant article, signalé par Julien Rochedy. On y apprend "Comment élever son fils pour qu'il ne devienne pas sexiste". Il semblerait donc qu'une petit fille ne puisse pas devenir sexiste, je suis un peu étonné par cette discrimination, mais vais vite à l'expression qui m'a le plus frappé :

"Dans son livre, Robin Morgan raconte qu'elle imaginait pour son fils des alternatives aux « fêtes patriarcales » . « La fête des sorcières » , par exemple."

Quand on est comme moi plongé jusqu'au cou dans l'occulto-socialisme du livre de Muray, et d'une de ses thèses principales, à savoir que dès l'on quitte le système catholique de Dieu le Père, on voit ressurgir de vieux cultes païens, féminins, et fondés sur la multiplicité, non seulement on n'est pas étonné de cette idée féministe, mais on rigole presque à la lecture du « par exemple ». Et qu'une féministe encourage la laideur (les sorcières sont moches, dois-je le rappeler), ce n'est hélas pas surprenant non plus.

jeudi 20 juillet 2017

Plus synthétique tu meurs.

"Dans l'histoire des croyances, la politique est un bref chaos, la vérité, c'est la religion." P. Muray. Ce qu'avait compris de son côté et par d'autres voies mon éternel maître Jean-Pierre Voyer. Même l'immigration, c'est une histoire de guerres de religion : que les immigrationnistes et les lepénistes (au sens du père...) n'en soient pas vraiment conscients complique la situation - on ne voit pas assez que ce sont des visions du monde qui s'affrontent, que les arguments factuels à eux seuls ne suffiront jamais -, sans en changer la nature.

Sur ce, paella Picard. Pour que la vie soit parfois exaltante, il faut accepter qu'elle ne le soit pas toujours.

mercredi 19 juillet 2017

A force de lécher le cul des sionistes, M. Macron devient pétainiste.

Je n'y avais pas pensé, mais ce M. Renouvin (j'ai suivi un lien sur le blog de Jacques je-bois-trop Sapir, rendons à César) me semble ici toucher juste :

"Le discours commis par Emmanuel Macron le 17 juillet risque de troubler la mémoire nationale sous prétexte de lui permettre une « reconstruction ». Il est étrange que cette reconstruction suppose que les Français d’aujourd’hui reconnaissent que Vichy, c’est la France comme le martelait la propagande pétainiste. Tel est le premier piège, dénoncé sur ce blog par René Fiévet : pour que la France soit coupable, il faut que Vichy soit la France ! Dès lors, la dénonciation des mythes et des mensonges qui auraient été répandus après la guerre par les gaullistes se confond avec « l’imposture du résistancialisme » fustigée par les nostalgiques de la Collaboration."

Les extrêmes se rejoignent, dit un lieu commun centriste. Je profite de l'occasion pour signaler qu'il était effectivement opportun de la part de notre bien-aimé Président d'inviter son « cher Bibi » pour parler d'arrestations, de déportations et d'assassinats d'enfants, on n'écoute jamais assez les spécialistes. - Pétain, à côté de Netanyahou, c'est de la petite bière.

mardi 18 juillet 2017

Entre deux considérations sur le marché aux esclaves salariés,

esclaves salariés bien payés, mais esclaves salariés tout de même, que sont les footballeurs, entre deux articles sur ce thème, l'Équipe a ménagé un espace au journaliste spécialisé dans le vélo Philippe Brunel, lequel tenait à rendre hommage à l'une des supposées grandes plumes de la profession, Pierre Chany. J'écris « supposée » non par suspicion, mais parce que je dois avouer que malgré une phrase de début prometteuse sur la "veine littéraire" de P. Chany "puisa[n]t sa force dans les racines latines du dialecte auvergnat", j'ai été hélas un peu déçu par les citations choisies par P. Brunel.

Fort heureusement, l'article se finit par une citation d'Anquetil. Je n'ai pas l'âge d'avoir connu la rivalité Anquetil/Poulidor, j'ai passé celui de reprocher à Poulidor d'être encore vivant alors que son rival est mort depuis longtemps, je ne crois pas avoir d'inconscient de mépris de classe qui me tourneboulerait le diagnostic, je ne vais certainement pas reprocher à Poulidor d'avoir gagné de l'argent... il reste que j'ai toujours pensé qu'à l'époque j'aurais préféré Anquetil, par respect de l'intelligence tout simplement : l'intelligence en général, celle du sportif en action en particulier. De même que, si Ulrich est certainement un gars plus sympathique qu'Armstrong, celui-ci était un coureur nettement plus intelligent - à niveau plus ou moins égal de pharmacopée, c'est l'un de nos derniers critères de choix. Bref ! Anquetil donc disait :

"Pour comprendre comment j'ai couru, je lis Chany".

Et j'abonde dans le sens de P. Brunel, voilà un bien bel hommage. - Un peu de déclinisme pour finir ? On n'imagine guère Paul Pogba dire cela de Vincent Duluc. Et pourtant... l'humilité est aussi une preuve d'intelligence. 

lundi 17 juillet 2017

Un peu d'humanité dans ce monde de brutes diabolico-printanières.

"Six heures venaient de sonner. Dix-huit heures, en dialecte d'horloge parlante. Apéro, en langage civilisé."

"On ne pose pas de questions, chez les anarchistes."

" - Qu'est-ce que vous pensez des juifs, m'sieur Burma ?
En voilà bien d'une autre ! Je réponds :
 - Que dalle. J'aime ma tranquillité. Alors, les juifs... Si vous êtes pour, vous tombez sur quelqu'un qui est contre ; si vous êtes contre, vous tombez sur quelqu'un qui est pour ; si vous êtes neutre, ça ne paraît pas catholique. Ça n'en finit pas."

"Vieillir était moche. Le plus moche des trucs moches. Je descendis au tabac du coin me remonter le moral au détriment de mon foie."

Léo Malet, bien sûr.

dimanche 16 juillet 2017

"(La femme qui veut toujours faire l'homme, signe de grande dépravation.)" Charles Baudelaire ne pensait pas printemps.

"En réalité, le satanisme a gagné. Satan s'est fait ingénu. Le mal se connaissant était moins affreux et plus près de la guérison que le mal s'ignorant. G. Sand inférieure à de Sade."

A propos des Liaisons dangereuses :

"La fouterie et la gloire de la fouterie étaient-elles plus immorales que cette manière moderne d'adorer et de mêler le saint au profane ?"

"C'était toujours le mensonge, mais on n'adorait pas son semblable. On le trompait, mais on se trompait moins soi-même."

Il n'y a rien de mystique dans le sexe. De métaphysique, oui, je l'ai beaucoup répété à une époque, tout en précisant que ce n'était pas là le degré le plus élevé de la métaphysique, il s'en faut - même si cela suffit à ne pas réduire la sexualité à une question d'hygiène : mine de rien, ce n'est pas rien.

samedi 15 juillet 2017

Devenir-nombre...

Poursuivons notre série de citations de P. Muray, qui, la relecture de son 19e siècle à travers les âges se poursuivant en parallèle, me permet de bâtir petit à petit une démonstration, si ce n'est sur la nature du macronisme, lequel ne fait que débuter, du moins sur certains de ses aspects les plus frappants, certains de ses aspects les plus connus parce que les moins nouveaux - du moins si l'on a les bonnes clés, et j'ai justement le sentiment que Muray nous en donne.

Les quelques phrases que voici suivent immédiatement le texte sur le bon Docteur-Assassin-Vaccinateur-Égalitariste (il y eut Philippe-Égalité, mais Guillotin-Égalité, c'est plus adapté, et d'ailleurs Philippe Régicide Égalité fut guillotiné, même avec son surnom franc-maçon sa tête de frère de monarque dépassait) Guillotin :

"Il faut lier le triomphe du vouloir-guérir comme vision du monde aux progrès de la médecine. Face à la galopade démographique dont je parlerai un peu plus loin, l'événement peut-être le plus important de l'ère. Le plus gros, donc caché par tous les écrans possibles : 190 millions d'Européens en 1800, 400 millions en 1900. Au fond, il ne s'est passé que ça, et tout ce qui s'est quand même passé vient de là. (…) Vouloir-guérir. Vouloir s'accroître. Devenir-nombre. Croire déceler sa fin dans le nombre. Toutes les sociétés avant nous ont dû trembler d'en arriver là où nous sommes, dans le multiple déchaîné par lui-même et pour lui-même. D'où leurs rites, interdits, cérémonies, sacrifices, espaces sacrés, cartographies compliquées pas du tout absurdes ou aliénées ou mystifiées comme on a cru pouvoir l'affirmer. Averties au contraire intimement. Multipliant les barrières et les obstacles et les faux obstacles. Pour éviter, pour retarder les désastres consécutifs au remembrement général. A l'indifférenciation déferlante…"

Comme d'une part P. Muray (qui est un peu trop sous influence "sollersienne" dans son style à cette époque, vous l'aurez noté) n'est pas toujours pleinement clair (mes coupures y étant à l'occasion pour quelque chose), comme d'autre part son optique et la mienne ne se confondent pas strictement, j'ajoute la clarification suivante. Il y a le nombre et la nature du nombre. Le fait que la population européenne ait brusquement doublé en un siècle, ce n'est qu'un chiffre. Mais cela a frappé, de façon plus ou moins consciente, les générations concernées, et a généré des modes de pensée - nous sommes au début de l'ère des masses. Il y a les chiffres, et les façons dont ces chiffres sont ressentis, soit du point de vue des gouvernants, soit de celui des gens qui constituent maintenant des masses - le « soit » ne signifiant pas ici que les gouvernants et les masses soient forcément en désaccord. Le nombre n'est pas tout, mais il y a des effets de seuil liés au nombre. - Enfin, en sous-texte, il y a la question du malthusianisme - celui-ci est bien sûr une réponse aux croissances numériques de population. Qu'il soit la seule ou la meilleure, c'est loin d'être prouvé.

Au plaisir !

vendredi 14 juillet 2017

Une citation brève mais peut-être un peu obscure, j'éclaircirai ça quand j'aurai un peu plus de temps.

"Ce qui commença par le père s'achève par la masse." Freud. - Pas mal trouvé pour un 14 juillet sous peu régicide/parricide, d'ailleurs. A bientôt !

jeudi 13 juillet 2017

Dans la série "Macron n'est pas libéral", ou "Macron est plus fondamentalement socialiste que libéral"...

"C'est une erreur grave et funeste de vouloir que le pouvoir civil pénètre à sa guise jusque dans le sanctuaire de la famille. Assurément, s'il arrive qu'une famille se trouve dans une situation matérielle critique et que, privée de ressources, elle ne puisse d'aucune manière en sortir par elle-même, il est juste que, dans de telles extrémités, le pouvoir public vienne à son secours, car chaque famille est un membre de la société. De même, si un foyer domestique est quelque part le théâtre de graves violations des droits mutuels, il faut que le pouvoir public y rétablisse le droit de chacun. Ce n'est point là empiéter sur les droits des citoyens, mais leur assurer une défense et une protection réclamés par la justice. Là toutefois doivent s'arrêter ceux qui détiennent les pouvoirs publics : la nature leur interdit de dépasser ces limites. L'autorité paternelle ne saurait être abolie ni absorbée par l'État, car elle a sa source là où la vie humaine prend la sienne. « Les fils sont quelque chose de leur père. » Ils sont en quelque sorte une extension de sa personne. Pour parler exactement, ce n'est pas immédiatement par eux-mêmes qu'ils s'agrègent et s'incorporent à la société civile, mais par l'intermédiaire de la société familiale dans laquelle ils sont nés. De ce que « les fils sont naturellement quelque chose de leur père, ils doivent rester sous la tutelle des parents jusqu'à ce qu'ils aient acquis l'usage du libre arbitre [Saint Thomas] ». Ainsi, en substituant à la providence paternelle la providence de l'État, les socialistes vont contre la justice naturelle et brisent les liens de la famille."  

Léon XIII. J'ai toujours quelques scrupules d'ordre philosophique avec la notion chrétienne / catholique de loi naturelle, reste de mes lectures de livres d'ethnologie il y a quelques années, mais il faut avouer que la convergence, la congruence, la conséquence de certains principes et de certaines déclarations - "la nature est l'ennemie de l'Homme", aurait déclaré Jacques Attali, grand promoteur de l'euthanasie, "en tant que socialiste", selon ses propres termes - donne à penser que les anti-catholiques ont, eux, une idée claire de ce qu'ils attaquent : ce qui leur semble à eux-mêmes, horresco referens semble-t-il, naturel. - Et quoi qu'il en soit de mes réserves théoriques, il est bien évident qu'il y a des choses plus ou moins naturelles. On peut éventuellement considérer la sodomie comme naturelle, pas la pilule du lendemain, l'avortement ou le transsexualisme. Même Jacques Attali, on se dit que c'est limite.

mercredi 12 juillet 2017

Programme socialiste : guillotinons la bite des Africains, cela résoudra les questions économiques, terroristes, climatiques.

Voici, remis dans son contexte, malgré quelques sérieuses coupures, le texte de P. Muray relatif au Docteur Guillotin. J'espère que certains points deviendront plus compréhensibles, ou que l'importance de certains points - le médecin à la fois hygiéniste et assassin - apparaîtra plus clairement.

"Cette Harmonie est fondamentale dans l'économie de l'organisation dixneuviémiste. Rien ne prouve, n'est-ce pas, qu'il y aurait à la base une béance, un manque, un trou. Pourquoi pas plutôt une Harmonie oubliée ? A tous les niveaux - poétique, politique, philosophique, idéologique - de la sublimation sexuelle, le 19e est mobilisé par le militantisme de l'Harmonie. Ce qui explique d'ailleurs en partie la répulsion générale, plus tard, pour l'intervention de Freud remettant le genre humain dans son ornière de castration. Réactualisant brusquement sous d'autres noms la dissonance qui constitue le sujet alors que celui-ci vient justement de se persuader qu'il était tombé d'une Harmonie indicible… (…)

Un spectre tremble derrière le socialisme, c'est celui de la maladie. Le socialisme n'est pas une maladie, mais l'illusion qu'il y aurait une maladie que l'on pourrait guérir. (…)

Sans les progrès de la médecine, il n'y aurait peut-être pas eu de socialisme. Celui-ci épouse idéologiquement les étapes de l'entreprise de sauvetage médical des hommes. Tout cela prend naissance au 19e en même temps que les yeux s'ouvrent sur une nouvelle catégorie à prendre en compte : la démographie. La multiplication de la population. Dont toutes les théories du pouvoir vont désormais s'occuper. Pour s'assurer d'un droit de vie et de mort sur la prolifération. Essayer de l'encourager, de la programmer. Trop nombreux ? Pas assez ? Combien ? Épidémies, hygiène, habitat, deviennent des sous-ensembles du nouvel ensemble majeur que personne ne pourra plus négliger désormais : la science démographique. L'ennuyeux, c'est qu'à se préoccuper si étroitement de la santé, on frôle d'inquiétantes tentations : c'est ainsi que naît médicalement la théorie de la dégénérescence, des sangs pourris, des sangs viciés, des souches épuisées qui ne se reproduisent plus. Des fins de races hémophiles héréditairement cariées. Les classes pourries…

Au fond du précipice, le racisme biologique attend son heure. Pourquoi les meilleures intentions finissent-elles si mal, si souvent ? Pourquoi le Bien ne se révèle-t-il finalement que comme un prétexte ? C'était déjà l'histoire d'un de ces modestes héros que la France néglige trop d'honorer : Joseph-Ignace Guillotin, le papa de la guillotine. Entré dans les ordres, chez les jésuites. Défroqué. Devenu médecin. Désigné par Louis XVI pour réfuter la théorie du magnétisme animal de Mesmer. Puis député de Paris en 1789. C'est à ce titre qu'il propose la décapitation par cette machine qui portera son nom. Afin que tous les condamnés à mort jouissent d'une rigoureuse égalité dans l'application des peines. En même temps, il rêve que la vaccination devienne obligatoire pour tout le monde : voilà son côté vouloir-guérir. Le vaccin et le rasoir : fonts baptismaux de l'égalité. C'est-à-dire de l'anticipation, par la loi, de l'Harmonie à reconquérir…"

Le paragraphe suivant, que j'ai déjà dû citer en tout ou partie il y a des années, et que je vous retranscrirai sans doute prochainement, a trait à la surpopulation et/ou à la notion de surpopulation. Ajoutons simplement, pour l'instant, que le malthusianisme naît à la même époque, et que notre président Macron, là encore avant tout socialiste (c'est peut-être ça la pensée dominante en France, plus que le libéralisme libertaire, le libéralisme socialiste, ou social-libéralisme), vient de nous pondre une petite déclaration d'esprit tout malthusien sur la démographie africaine. Ce qui ne signifie bien sûr pas que celle-ci ne soit pas un problème à prendre en compte : il s'agit plutôt de réfléchir à ce qui est variable d'ajustement, à ce qui est négociable, plus ou moins négociable, et à ce qui ne l'est pas.

mardi 11 juillet 2017

Malgré ?

Je lis : "Le nombre des avortements reste à un niveau très élevé en France malgré une utilisation massive de la contraception." Je ne juge pas plus les intentions de l'auteur que celui-ci ne juge celles de Mme Veil, mais il me semble qu'il aurait tort d'y voir une contradiction : si le but recherché est de baiser sans se reproduire, tout est bon, du coït interruptus ou la méthode Ogino à la pilule abortive ou l'avortement "pur et simple" - ici comme ailleurs, c'est le désir qui choisit les moyens. (Vous aurez compris que je vise plus les hypocrites qui poussent toujours pour plus de légalisation de la contraception et de l'avortement sous le prétexte que la légalisation de l'un permettrait de limiter la légalisation de l'autre, que Jean-Pierre Maugendre). - Je profite de l'occasion pour noter que si tout l'effort de notre « civilisation » consiste à faire comme si le sexe et la reproduction n'avaient aucun rapport, voire à nier qu'ils en aient un, voire, tant notre époque verse dans l'anachronisme et le négationnisme à tout va, à nier qu'ils en aient jamais eu un, eh bien il n'y a pas grande injustice à ce que des Arabes musulmans et des Africains de toutes religions nous remplacent. Recourons une fois de plus à une métaphore rugbystique : il ne sert à rien d'avoir les meilleurs trois quarts du monde s'ils n'ont jamais le ballon (no scrum no win : pas de bonne mêlée, pas de chance de victoire), il ne sert à rien d'avoir une civilisation plus cultivée (et encore, au train où ça va... mais passons) si l'on fait comme si on n'avait rien dans les couilles et le ventre. No balls no win. Tout cela est tellement évident quand on le formule.

Finissons pour aujourd'hui en relevant le léger trait d'humour de J.-P. Maugendre dans l'article qui nous sert de point de départ : le cocasse de l'histoire est que Simone Veil "est ainsi la première militante de La Manif Pour Tous à être accueillie au Panthéon." Les voies de Providence, quoi.

lundi 10 juillet 2017

A propos d'Adorno.

"La certitude que le réel est écrit dans une écriture de souffrance, de froideur et de dureté, a marqué l'accès au monde de cette philosophie. Elle ne croyait guère à une amélioration, mais elle ne cédait jamais à la tentation de devenir indifférente et de s'habituer à ce qui est. Rester sensible, c'était une attitude en quelque sorte utopique - maintenir les sens en éveil pour un bonheur qui ne viendra pas, mais qui, pendant que nous restons disposés à le recevoir, nous prémunit contre les pires chutes dans la brutalité."

P. Sloterdijk. Hélas vinrent les optimistes, et plus rien de nous prémunit contre "les pires chutes dans la brutalité"...