samedi 21 janvier 2017

Qu'en peu de mots ces choses-là sont dites.

"Ce quelque chose de moderne qui s'appelle une femme..." (Mme de Staël)

vendredi 20 janvier 2017

"Un espéranto qui a réussi..."

"L'effacement du latin laisse de surcroît le champ libre à une compétition absurde et perdue d'avance entre le français lui-même, ce « latin des modernes », comme on disait naguère, et les autres langues dites de communication - langues, qui, d'ailleurs, si l'on pense à l'anglais, ne tirent paradoxalement pas profit de l'avantage qu'elles prennent puisqu'elles perdent en qualité ce qu'elles gagnent en quantité." (Cécilia Suzzoni et Hubert Aupetit)

Ce qu'appuie Claude Simon, LE Claude Simon, Nobel-Pléiade et tout et tout :

"Outre leur langue maternelle, les collégiens apprenaient jadis une seule langue, le latin ; moins une langue morte que le stimulus artistique incomparable d'une langue filtrée par une littérature. Ils apprennent aujourd'hui l'anglais, et ils l'apprennent comme un espéranto qui a réussi, c'est-à-dire comme le chemin le plus court et le plus commode de la communication triviale : comme un ouvre-boite, un passe-partout universel. Grand écart qui ne peut pas être sans conséquence : il fait penser à la porte inventée autrefois par Duchamp, qui n'ouvrait une pièce qu'en fermant l'autre."

jeudi 19 janvier 2017

Je sais, Sarkozy, ça fait déjà ringard, voire pitoyable.

Mais j'ai des citations à fournir quotidiennement, et comme je n'en ai pas sur les vies sexuelles de Donald Trump (je ne suis ni au KGB, ni à la CIA), Theresa May (rien à foutre), Marion Maréchal (dommage !), en voici une sur le Président de Patrick Buisson. - Comme l'on demandait à l'un de ses rivaux pourquoi Carla Bruni restait avec son loser de mari alors qu'il n'était même plus président, ce chevaleresque, en tout cas d'un point de vue machiste, concurrent, répliqua :

"Parce qu'il l'encule, et qu'elle aime ça !"

Un jour, un historien lira ce blog et y trouvera une explication de je ne sais quoi dans la politique française. L'anus de Carla, le nez de Cléopâtre, pour un historien pascalien, c'est kif-kif bourricot.

(D. de V., pour la citation. Je ne peux apporter aucune preuve, évidemment, sinon je ne ferais pas ce blog. Mais vous pouvez me croire !)

mercredi 18 janvier 2017

"La claque, on est 66 millions à vouloir te la donner !"

Eh oui, Manuel Valls, c'est ça rencontrer les Français, on se fait gifler et insulter. Ce sera pire d'ailleurs une fois le Grand Remplacement effectif. Il faut vraiment être un enculé pour faire de la politique. On se retrouve avec une main épileptique comme un gode, il n'y a pas de hasard. A part ça, Roman Polanski présiderait la prochaine cérémonie des Césars. Crevez tous.

(Source de la citation : ici. Patrick Cohen ou : la démocratie, c'est à la fois ferme ta gueule et cause toujours. Un vrai journaliste, quoi.)

mardi 17 janvier 2017

"Ce n’est pas grâce à l’islam mais malgré l’islam que nombre de musulmans ne sont pas dans le registre de la haine."

Voilà, c'était la citation du jour (Bernard Antony, l'homme qui perd tous ses procès... Je me moque, mais dans un État tel que le nôtre, c'est aussi un compliment). Je vous donne la suite - on se fout complètement (B. Antony aussi, ou du moins, j'imagine, presque complètement) du candidat à l'élection évoqué, l'important est le raisonnement :

"Mais Fillon aura-t-il le courage (..., coupure charitable de ma part), de dire que l’on peut et doit aimer les musulmans tout en refusant la théocratie totalitaire islamique dont il faut les aider à se libérer ?"

De même que l'on peut ne rien avoir contre les immigrés (avec des variations selon leur comportement...) et être contre l'immigration massive. Ou faire une distinction entre la dignité humaine de ses amis homosexuels et la promotion de l'homosexualité. Mais vous savez tout ça.

lundi 16 janvier 2017

"Ces impuissants qui disent..."

"M. de Cambray [Fénelon] s’est trompé quand il a assuré que nos vers à rime plate ennuyaient sûrement à la longue, et que l’harmonie des vers lyriques pouvait se soutenir plus longtemps. Cette opinion de M. de Fénelon a favorisé le mauvais goût de bien des gens qui ne pouvant faire des vers ont été bien aises de croire qu’on n’en pouvait réellement pas faire en notre langue. M. de Fénelon lui-même était du nombre de ces impuissants qui disent que les couilles ne sont bonnes à rien. Il condamnait notre poésie parce qu’il ne pouvait écrire qu’en prose. Il n’avait nulle connaissance du rythme et de ces différentes césures, ni de toutes les finesses qui varient la cadence de nos grands vers. Il y a bien paru quand il a voulu être poète autrement qu’en prose."

Voltaire. Tous les auteurs sont bienvenus ici, vous le savez. De là à dire qu'il fut meilleur poète que Fénelon, je n'en ai aucune idée. Et il a fini avec une sacrée mégère. On parle toujours un peu trop des couilles des autres. Comme disait le Christ, ne jugez pas.

dimanche 15 janvier 2017

"Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère..." L'éducation selon Jean de La Fontaine.

Toute allusion à Najat étant bien sûr involontaire... Ma mise en page n'est pas idéale, vous pouvez en trouver une meilleure ici.


"Laridon et César, frères dont l'origine

Venait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,

A deux maîtres divers échus au temps jadis,

Hantaient l'un les forêts, et l'autre la cuisine.

Ils avaient eu d'abord chacun un autre nom ;

Mais la diverse nourriture

Fortifiant en l'un cette heureuse nature,

En l'autre l'altérant, un certain marmiton

Nomma celui-ci Laridon :

Son frère, ayant couru mainte haute aventure,

Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abattu,

Fut le premier César que la gent chienne ait eu.

On eut soin d'empêcher qu'une indigne maîtresse

Ne fît en ses enfants dégénérer son sang :

Laridon négligé témoignait sa tendresse

À l'objet le premier passant.

Il peupla tout de son engeance :

Tournebroches par lui rendus communs en France

Y font un corps à part, gens fuyants les hasards,

Peuple antipode des Césars.

On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père :

Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère :

Faute de cultiver la nature et ses dons,

Ô combien de Césars deviendront Laridons !"

samedi 14 janvier 2017

"Je les laissais faire, mais je peux dire que je l’ai vue venir, moi, la catastrophe."

Un peu de Céline, quand même, non ? Période Voyage, tendance anti-américaine.

"Cela était encore exact, il y a quelque vingt ans, mais depuis, bien des choses ne se font plus, celles-là surtout parmi les plus agréables. Le puritanisme anglo-saxon nous dessèche chaque mois davantage, il a déjà réduit à peu près à rien la gaudriole impromptue des arrière-boutiques. Tout tourne au mariage et à la correction."

"Tous les ouvrages de puériculture elle les avait lus et surtout ceux qui lyrisent à en pâmer les maternités, ces livres qui vous libèrent si vous les assimilez entièrement de l’envie de copuler, à jamais. A chaque vertu sa littérature immonde."

Le commerce : "Ce chancre du monde, éclatant en réclames prometteuses et pustulentes. Cent mille mensonges radoteux." 

Et pour finir cette brève session, une sentence dont Céline a voulu qu'elle formât à elle seule un paragraphe entier :

"On n’échappe pas au commerce américain." 

vendredi 13 janvier 2017

Abel Bonnard écrit : Stendhal, les médiocres, l'amour, les femmes et comment les posséder...

"Un homme médiocre, c'est-à-dire dominé par sa vanité, oublie de très bonne foi, alors même qu'il ne les annule pas exprès, celles de ses amours où il n'a pas réussi. Il ne veut pas avoir engagé son coeur, là où son amour-propre n'a pas triomphé, et il aura d'autant moins de peine à se comporter de la sorte, que, d'ordinaire, c'est par les sensations physiques que les amours s'impriment dans les mémoires masculines. Il faut être un grand rêveur pour se souvenir aussi fortement des femmes qu'on n'a pas eues que des autres. Il est vrai que, lorsqu'on en est là, le rapport est bien près de se renverser, et peut-être celles qui ne se sont pas épuisées dans leurs dons restent alors les plus éclatants des fantômes.

Il ressort de ces observations que Beyle était plus amoureux qu'amant. Cette distinction vaut pour tous les hommes. Un amant a besoin de celle qu'il aime, son amour n'a vraiment de certitude qu'à partir du moment où elle s'est livrée à lui. L'idée d'une femme suffit à ouvrir à un amoureux un monde enchanté. L'un s'augmente par ce qu'il conquiert, l'autre par ce qu'il invente. L'amant n'a pas de voluptés hors de ses jouissances, l'amoureux s'en fait de si subtiles et de si arbitraires qu'il n'en saisit même pas la cause. L'un réduit sa vie intérieure aux désirs, aux tourments, aux obsessions de son amour. L'autre trouve dans les sentiments qu'il éprouve un principe d'activité qui s'étend à tout son être ; mais la vie de son esprit ne reste plus indépendante, et dans les spéculations les plus abstraites, il sent soudain passer sur lui, comme le parfum d'une île inconnue, une bouffée de son lointain bonheur. Les sentiments d'un amant se retrempent dans la jalousie, ceux d'un amoureux s'y détruisent. L'amant combat avec celle qu'il aime, il l'étreint, l'enlace, et les souffrances qu'ils se causent ne sont pas ce qui les lie le moins. On peut même dire que les vrais amants sont ceux qui savent le mieux faire souffrir. C'est un art que les amoureux n'ont pas, ils ne souffrent que tout seuls, et d'une toute autre façon : la douceur de l'amour se glisse dans leurs peines, et souvent ils seraient fort embarrassés pour dire si leur bonheur n'est pas plein de mélancolie et si leur mélancolie n'est pas pleine de bonheur. En vérité, sans qu'il se l'avoue, l'amoureux garde à l'égard de celle qu'il aime une indépendance très secrète qui vient du fait qu'il s'est moins attaché à la posséder comme elle est, qu'à la recréer en lui. Il n'est même pas mauvais qu'elle le quitte et qu'elle s'éloigne parfois. Les absentes ont tort avec les amants et raison avec les amoureux."

jeudi 12 janvier 2017

Najat, Najat, on t'encule !

Comme l'homosexualité est officiellement, vérité d'État certifiée, un truc super cool, "on t'encule" n'est pas une insulte, mais l'expression d'un désir collectif touchant, d'une caresse, somme toute. (Une feuille de rose, à la bonne odeur socialiste). Pourquoi priver les femmes des plaisirs pris par les homosexuels, ne serait-ce pas là discrimination ? - Et puis, à l'heure où le Royaume-Uni légalise la conception d'enfants à trois, le sexe collectif doit être lui aussi étatiquement super cool. Si l'État, comme un bon soixante-huitard qu'il est, prône la partouze, qui suis-je pour le contredire ? - Bref ! Il ne s'agit pas de parler de cul aujourd'hui (désolé...) mais de latin (l'un n'empêchant bien sûr pas l'autre, cunnilinctus qui s'en dédit). Je me tais donc et laisse la parole à Cécilia Suzzoni et Hubert Aupetit :

"Nous nous faisons fort de démontrer cette affirmation : ne pas apprendre le latin, c'est tout bonnement désapprendre le français ; organiser la disparition des filières qui permettaient de maintenir un bon noyau de langue et de culture latines chez les enfants de France, c'est organiser la disparition de la langue et de la culture françaises.

L'identité latine de la langue française est le fruit d'une filiation complexe et trafiquée dont l'essai clair et ambitieux du linguiste Bernard Cerquiglini, Le Français, une langue orpheline, a remarquablement analysé les méandres. On a avec le français le paradoxe d'une langue qui s'est édifiée à la fois contre et tout contre le latin. En effet, de toutes les langues romanes, c'est le français qui s'est le plus vite sevré de sa langue mère :

“ Les Français furent si rapides que le français du Serment de Strasbourg, acte de naissance du français, en 842, est déjà plus éloigné du latin de saint Augustin, vers 400, que l'italien de Romano Prodi ne l'est en 2007 ! [W. Stroh] ”

En même temps, le français est resté amoureusement proche. Conscient de sa misérable filiation - un latin populaire mâtiné de gaulois et de germanique -, il n'est pas sorti du latin comme Minerve du crâne de Jupiter, à la façon d'un idiome national fin prêt à toutes les prouesses politiques, juridiques ou littéraires. Il n'a pas eu un Dante pour lui donner très vite ses lettres de noblesse. Il a su, et voulu, s'arracher à son statut de langue de fortune, de latin vulgaire créolisé, en se parant pour cela des « plumes d'autrui » dont parle Du Bellay. C'est alors seulement qu'il a acquis en peu de temps le statut d'un latin moderne, érigé en modèle et employé dans toutes les cours d'Europe."

mercredi 11 janvier 2017

Abel Bonnard écrit : Stendhal, les médiocres, l'amour, les femmes, les livres...

"Notre méchanceté apparente, à certains moments de nos amours, n'est parfois que la vengeance involontaire de nos déceptions. C'est une tentative suprême, et comme désespérée, pour réveiller dans un être, par les coups que nous lui portons, cette nature plus belle que nous avions cru d'abord apercevoir en lui et que nous n'y retrouvons plus. Nous frappons le rocher, pour en faire jaillir la source.

Mais revenons à ce qui, pour le moment, fait notre sujet, regardons Stendhal dans la société. On ne saurait être surpris qu'un homme comme lui ait goûté vivement le plaisir de déplaire : il n'en est pas de plus aristocratique ; c'est proclamer ses différences ; c'est renvoyer, quoi qu'il puisse nous en coûter, ceux qui ne sont pas faits pour frayer avec nous. Bon pour un homme médiocre de se plaindre d'être méconnu. (…) Cette mauvaise réputation que Stendhal se donne, si elle est faite pour écarter ceux qui ne sont pas de son espèce, n'est qu'une épreuve qu'il propose à ceux qui en sont. Derrière ce rempart qu'il élève pour se séparer, il attend et il espère d'être rejoint et si, en effet, cela arrive, et qu'une femme soit venue jusqu'à lui, quelle fête, alors, quelles largesses, quelle profusion à ses pieds de tous les trésors secrets ! (…)

Il veut aimer, ou plutôt, il faut qu'il aime, car c'est la seule issue offerte à cette sensibilité en prison. Ses livres mêmes n'en sont pas une. Dans la mesure où il en est le maître, il les rattache à sa raison. Il n'estime et ne recherche que l'expression froide et concise de la vérité. Il se croirait infâme de faire, dans ses écrits, un étalage de sentiments, et son aversion pour toute emphase va si loin qu'elle lui fait confondre la vraie poésie avec la fausse, et Chateaubriand avec Marchangy. Isolé parmi les hommes et ne partageant aucune des passions qui les attachent à la vie sociale, augmentant encore cet isolement par la façon dont il les observe, aimer devient pour lui une question tragique. Pour se connaître autrement que par des refus, des colères et des révoltes, il faut absolument qu'il trouve un être qui le sauve de tous les autres. Pour n'être pas misanthrope, il faut qu'il soit amoureux."

mardi 10 janvier 2017

Avant-guerre. - En 1968, Philippe Barrès, fils de Maurice, évoque la France d'avant 1914-1918 et les divers visages de la menace allemande.

"Consciente du fait qu'isolée la France risquait l'écrasement, la partie que nous appellerions aujourd'hui « résistante » de la nation souhaita des alliances - qui allaient être nouées lentement, difficilement avec la Russie, l'Angleterre -, et un renforcement de notre armée qui manquait à la fois d'effectifs, de matériel et du soutien moral unanime du pays. Ce renforcement allait être lent, incomplet lui aussi, du fait d'une violente opposition, stimulée chez nous par l'Allemagne.

L'Allemagne qui exerçait sur notre politique intérieure, par divers canaux, une influence puissante, combattit alliances et renforcements militaires en les présentant comme des actes offensifs à son égard : actes de nature à l'inciter à une guerre préventive. En outre, comprenant l'avantage qu'elle pouvait tirer de notre générosité naturelle et de notre soif de paix, elle entra dans le sillage de Jean Jaurès et du parti socialiste qui plaçaient naïvement leurs espoirs dans l'internationalisme pacifiste. Du même mouvement, elle soutenait Joseph Caillaux et ses amis radicaux-socialistes, opportunistes, qui, eux, considéraient tout bonnement la suprématie allemande comme inévitable et s'empressaient d'autant mieux à la servir que la réduction de notre effort militaire leur offrait un moyen de consolider électoralement leur pouvoir.

Pour affaiblir encore notre résistance et nous détourner à la fois de l'alliance anglo-russe et du réarmement, l'Allemagne nous fit présenter l'alliance-capitulation qu'elle nous offrait, dont elle attendait l'empire du monde, comme un pas décisif vers la paix, par l'unification de l'Europe."

lundi 9 janvier 2017

AMG cite Dupré qui cite Drieu et peut-être Barrès, au sujet de la Grande guerre, de la guerre en général, de Mai 68...

Oui, c'est un peu compliqué à première vue, la densité de l'écriture de G. Dupré contribuant à cette complexité. Nous sommes en 1968, après les événements, dans une préface à une édition condensée par ses soins des articles de presse de Barrès durant la guerre 1914-1918 - celle qui fit passer la France de deuxième puissance mondiale au rang de pays subalterne et vieilli -, G. Dupré médite sur l'héritage de la génération en partie broyée par cette guerre, et sur les générations sans guerre. L'extrait que je vous rapporte commence avec une citation de Drieu - dont Barrès avait semble-t-il très tôt repéré le talent. Il me semble que les citations suivantes, entre guillemets, sont à attribuer à Barrès :

"[Drieu :] « A moi qui le 23 août et le 29 octobre 1914, au cours de deux charges à la baïonnette, ai connu une extase que tranquillement je prétends égaler à celle de sainte Thérèse et de n'importe qui s'est élancé à la pointe mystique de la vie. » A Drieu nous ramènera toujours l'amicale des fils refusant l'âge du père, la mélancolie de ceux qui ne savent pas vieillir. Ils sont aussi nos pauvres. (…) La charité est aussi une mémoire. A tant d'agonies demeurées inconnues, nous rêvons devant ces tendresses qu'elle a rendues possibles, devant ces félicités charnelles où elles entrent en tiers. Ce fut l'arrière-été de la Personne France et son plus grand amour. Il n'y a plus d'été. Il n'existera plus jamais de patrie. Il n'y aura plus jamais de départs gare de l'Est. Et parce que Maurice Barrès a nourri, cinq années durant, sa vie et son art de ce difficile amour d'arrière-été, nous ne le dissocions pas de cette saison violente de la France. Dans cette coïncidence d'un destin particulier avec un destin collectif nous voyons s'épanouir, s'exalter quelques-uns des plus beaux thèmes qui permettent à une âme de surmonter la mort, d'enchanter, de leurrer sa propre fin. Quoi ? A lui qui s'efforça de faire voir ce qu'il y eut « de douceur et de beautés mêlées à tout l'effroyable de cette guerre », nous revenons comme à l'un, comme au premier de ces « pauvres », sûrs qu'il aurait aimé que nous ne le séparions pas de ses compagnons de service. Ils n'auront bientôt plus que nous pour les disputer à la poussière, nos amoureuses pour fleurir les lieux de leur beauté. « La guerre est aux hommes ce que l'eau dormante est aux cygnes : le lieu de leur beauté. » Que deviendront-ils quand nous aurons été, à notre tour, évincés, rejetés du domaine sensible ? Car voici venir la plus déshéritée des générations, la génération qui n'aura connu la guerre ni par l'ardeur amoureuse ni par la mémoire filiale. La plus effaçable car elle n'aura de son sang arrosé que des itinéraires de fuite."

Allusion aux porteurs de valise ? Il s'agit là en tout cas d'une sous-estimation des dégâts qu'allait accomplir - il est vrai qu'il lui fallut plusieurs décennies... - la génération 68. Au regard de la guerre, elle n'avait certes l'air de rien, elle laissera avec bonne conscience ses descendants (je ne vais pas écrire héritiers) redécouvrir ces tristes plaisirs. Mais au regard de l'histoire, combien plus d'importance ! Comme disait Baudelaire, la plus grande ruse du diable est de nous faire croire qu'il n'existe pas, et c'est ce qui trompa Dupré...

dimanche 8 janvier 2017

Jean Genet évoque un célèbre, en son temps, quotidien du soir.

"Un journal raciste comme on ne l’imagine pas. Il se camoufle."

Cela a dû être écrit dans les années 70 et n'a guère changé depuis, quel que soit l'antiracisme proclamé : les gens de gauche sont souvent racistes envers ceux qui ne pensent pas comme eux, ils ont le recours au « sens de l'histoire » pour justifier toutes les exclusions que de facto ils énoncent.

Une autre sur le même journal ? C'était une blague dans les facs de droit(e) des années 60 : "Dans Le Monde, tout est faux, à commencer à par la date."

Sinon, fonder une politique sur Jean Genet (ou M. Sachs), comme essaie parfois de le faire M.-É. Nabe, me semble inconcevable. S'inspirer, pourquoi pas. Généraliser l'expérience de pareils individualistes, non. Mais je suis là pour citer, par pour démontrer.

samedi 7 janvier 2017

Philippe de Saint-Robert.

"La censure hante toutes les sociétés, et ce n'est pas le moindre paradoxe de la nôtre qu'on puisse tout y dire et ne rien dire."

Sur Houellebecq et l'islam « religion la plus con » : "I. Eût-il tenu les mêmes propos à l'égard de la religion catholique que tout le monde eût trouvé cela tout naturel ; II. Eût-il tenu des propos approchants à l'égard des dérives sionistes du judaïsme qu'on eût aussitôt crié à l'anti-sémitisme et qu'il eût été condamné avant d'être jugé. Des lois susceptibles de s'appliquer à la tête du client ne sont pas dignes de cet « État de droit » dont on nous rebat les oreilles, et c'est de cette schizophrénie juridique qu'il faudra bien sortir si l'on ne veut succomber à une justice irrémédiablement instrumentalisée, et qui, aux dernières nouvelles, voulut faire passer Edgar Morin pour « raciste ». On aura tout vu.

Le drame de notre décadence, ainsi que son illustration la plus sensible, est que laxisme et puritanisme y vont gaillardement de conserve, aux dépens deux fois de la liberté dont s'empanache pourtant une démocratie de pacotille."

Dans le même ordre d'idées, Ph. de Saint-Robert cite une formule de J.-P. Domecq sur notre époque : "L'âge de la liberté sans choix."

vendredi 6 janvier 2017

AMG cite Guy Dupré qui cite Maurice Barrès, que je (AMG) n'ai jamais lu.

"N'est-ce pas dans Un homme libre, deuxième de la trilogie du « Culte du Moi », qu'apparaît et commence à se profiler, à jeter ses racines et son ombre, le double thème qui deviendra obsessionnel : dépendance de la terre et des morts ; sollicitation des « pères profonds » et discipline lorraine ? Livre inégalé dans la littérature française, où le jeune écrivain - il le composa à vingt-quatre ans - applique à ses propres émotions la dialectique morale mise au point et enseignée par ces techniciens virtuoses de la vie intérieure : François de Sales et Ignace de Loyola.(…) Dès 1885, au plus fort de sa période d'égotisme et de scepticisme (…), n'écrivait-il pas : « Notre tâche sociale, à nous, jeunes hommes, c'est de reprendre la terre enlevée, de reconstituer l'idéal français qui est fait tout autant du génie protestant de Strasbourg que de la faculté brillante de Metz. Nos pères faillirent un jour : c'est une tâche d'honneur qu'ils nous laissent. »"


Et vue la faillite de nos pères, il faut mesurer la tâche - d'honneur ? de survie ? - qu'ils nous laissent.

jeudi 5 janvier 2017

Métapolitique.

"Comme tout mystique (qui s'ignore), Simenon sait que l'état de grâce ne s'obtient que dans la routine des exercices spirituels." (Jacques Dubois)

mercredi 4 janvier 2017

Enfin Malherbe vint, pour parler des femmes.

"Loin de mon front soient ces palmes communes

Où tout le monde peut aspirer :

Loin les vulgaires fortunes

Où ce n’est qu’un jouir et désirer :

Mon goût cherche l’empêchement

Quand j’aime sans peine j’aime lâchement."


(Malherbe, donc, vous aurez de vous même rajouté un que, sans jeu de mots, entre "un" et "jouir" au 4e vers.)

mardi 3 janvier 2017

1940-1945, années érotiques

1940, juste après la débâcle :

"Les silhouettes avachies, le pas chancelant des prisonniers font paraître plus disciplinés et plus forts les jeunes hommes blonds qui les encadrent. Ce qui est en cause désormais, c'est moins l'uniforme, son attrait, son prestige, que les soldats français qui n'ont pas su le remplir. Les plus lucides ne s'y trompent pas, comme en témoigne cette réflexion rageuse recueillie par Francis Ambrière sur la route de la captivité : « La guerre que nous avons faite, mon vieux ? C'est la guerre des eunuques. » Jugement lapidaire, expéditif, propos désabusé d'un esprit porté au dénigrement et à l'autodépréciation ? L'armistice est à peine signé qu'une contrepèterie circule, scellant par avance le destin des captifs : « Les femmes garderont toujours leur coeur pour le vaincu. » Fulgurance de l'humour populaire, prescience instinctive de la rue, grand miroir des rapports entre les sexes, auxquels il n'aura fallu que quelques jours pour comprendre que la soumission des hommes annonçait l'émancipation des femmes, que la reddition des uns était grosse de la « trahison » des autres." (Patrick Buisson)

lundi 2 janvier 2017

Méthodologie de la citation.

"Ma plus grande joie dans l'existence a longtemps été de faire des citations fausses, de dire par exemple : « Comme disait Nietzsche... », de coller après une citation à moi et de m'entendre répondre : « Oui, mais vous n'êtes pas Nietzsche. »" (Jean Yanne)

dimanche 1 janvier 2017

"Ce n'est pas un romantisme de la défaite."

Debbie-Reynolds

She's the real star of this movie...


"2016, année d'une plus grande lucidité et d'une plus grande humilité ?", me demandais-je l'an dernier, en écho à la question de l'année précédente : "2015, année où les mauvaises décisions politiques vont se payer ?"

La première, chronologiquement parlant, de ces prédictions s'était tristement vérifiée à travers les attentats de novembre 2015, entre autres bonheurs. La seconde ne risquait pas, hélas, de concerner le personnel politique français, il me semble néanmoins, si j'en juge par certaines conversations qu'il m'arrive d'avoir, qu'elle ne s'est pas avérée complètement fausse relativement à ce qu'on appelle la majorité silencieuse - laquelle a sans doute intérêt à être moins silencieuse en son pays lui-même si elle veut y rester majoritaire… Étant bien entendu qu'il y a d'autres moyens de se faire entendre qu'un bulletin de vote.

Ceci dit, il ne s'agit pas en ce jour de voeux de chercher à faire des prophéties - si l'alternative du déclin de moins en moins lent ou de l'amorce d'un redressement intellectuel et spirituel est évidente, son issue l'est beaucoup moins (heureusement ! sinon, cela voudrait dire que les jeux sont faits et que nous avons perdu), et je n'évoquais ces questions / hypothèses / prédictions que pour raccorder ce texte à mes précédents messages de début d'année.

Le propos en l'occurrence est celui-ci : l'idée m'est venue ce midi au boulot (oui, je bosse le 1er janvier) de redonner un peu d'animation à mon comptoir, sous la forme d'une citation par jour, dont j'annoncerai ensuite la publication sur mon fil twitter (@Acafeducommerce). Ne cherchons rien de trop systématique ou compliqué, il pourra ou non y avoir des rapports avec l'actualité, je ne veux m'enfermer dans rien de précis, sinon fixer un rendez-vous quotidien aux personnes qui ont la gentillesse et le goût de me suivre. Je ne promets pas non plus un travail universitaire avec indications de l'édition, de la page, de la date de rédaction, etc. (vous pouvez toujours me contacter pour cela).

Ce préambule est plutôt court, mais il serait un rien frustrant et déséquilibré tout de même d'enchaîner aujourd'hui avec une citation par trop brève. - Et même, je vais vous en offrir deux, de Jean Madiran, je viens de les choisir, elles sont un peu programmatiques, mais me semble-t-il sans excès :

"Les impostures du libéralisme avaient fini, au début du XXe siècle, par beaucoup discréditer la liberté. Et la liberté est à réinventer, non pas dans les mythes collectifs, mais dans les réalités concrètes qui sont à portée de la main de la personne individuelle. L'acte libre est toujours celui d'un individu."

"Virgile, c'est tout Homère, ou presque, avec quelque chose de plus. Homère avait raconté la plus belle histoire humaine, mais cette histoire n'a été reçue par nous qu'avec la nuance virgilienne, qui a transformé la victoire des Grecs en survivance troyenne. Achille a vaincu Hector, et pourtant Achille s'est estompé très vite dans les mémoires et dans l'histoire, tandis que la figure d'Hector et le souvenir de Troie « grandissent d'âge en âge », comme le remarquait Chesterton. C'est à Troie que dix peuples, et premièrement le peuple romain dominant le monde, ont fait remonter leurs généalogies. C'est Hector, et non Achille, qui devient l'un des paladins de la Table Ronde ; c'est l'épée d'Hector que tient Roland. Et lorsque Virgile écrit l'épopée de la grandeur romaine, il la fonde sur le souvenir troyen, sur la fierté de descendre d'Énée, fils d'Anchise, et d'appartenir à Troie vaincue. Ce n'est pas un romantisme de la défaite. Au contraire. Avec Virgile déjà l'on entrevoit, comme par miracle, et c'est pourquoi Virgile dépasse Homère, une vérité qu'il était presque impossible d'apercevoir avant la défaite du Calvaire et la Résurrection du troisième jour : ce n'est pas la victoire qui compte le plus. Après le résultat brut du choc des forces matérielles, ou des forces habiles, il y a encore autre chose. Il y a l'âme. Et la défaite, et l'échec, et la mort ne sont pas le point final."


Meilleurs voeux ! Faîtes des enfants ! L'État n'est rien !

jeudi 25 août 2016

Prudence, tempérance, justice... et force.

Il fait trop chaud pour travailler, c'est la fête de Saint-Louis, ce roi qui maintint les Juifs dans certains limites et ne voulut pas que les Arabes musulmans s'emparent de terres chrétiennes, je dis ça je ne dis rien, profitons-en donc pour vous livrer quelques aperçus sur des moments de l'histoire de France, à l'aide du livre dans lequel Éric Mension-Rigaut interroge Pierre Chaunu sur la dite histoire, Baptême de Clovis, baptême de la France. De la religion d'État à la laïcité d'État (Balland, 1996). Rappelons que Pierre Chaunu était protestant - un protestant presque catholique, comme l'écrivait à peu près Paul Yonnet, et allons-y :

"A partir du début du XIIIe siècle la puissance du roi de France surclasse tous les autres monarques de la chrétienté. Sa primauté est admise comme un dogme de 1204 (annexion de la Normandie par Philippe Auguste, AMG) à 1789, à l'exception de rares moments.

- A partir des XIIe-XIIIe siècles la France devient le pays des chrétiens par excellence…

Le pays des Francs, et particulièrement le bassin parisien où la population est plus dense qu'ailleurs, devient le poids lourd, l'ossature de la chrétienté latine. La France, où vivent autour du tiers des chrétiens occidentaux, apparaît comme une sorte d'Eretz-Israël bis. Les Arabes l'ont aidée en éliminant pour un temps le concurrent possible, l'Espagne. La première croisade (1096-1099) est le signe de cette formidable montée en puissance. A partir du concile de Clermont, la « douce France », avec ses grands lieux sacrés comme Chartres et Reims, est perçue comme le royaume chrétien par excellence : les musulmans appellent les chrétiens les Franji." (p. 114)

Jeanne d'Arc : "Ce qui est extraordinaire, c'est qu'elle réconcilie toutes les France : les catholiques, car elle est canonisée en 1920 ; les protestants, pour lesquels elle incarne l'absolu de la conscience et la résistance contre toutes les autorités, en particulier celle des évêques qui la condamnent. Elle brûle sur le bûcher comme les martyrs du XVIe siècle. (…) Les révolutionnaires l'aiment car elle est une fille du peuple, qui fait la nique aux nobles et redonne du courage aux soldats. Enfin, elle est la femme, à laquelle on fait appel lorsque les hommes ne sont plus capables de se défendre. Son destin fait songer au mot de Jacqueline Pascal, la soeur de Blaise, à propos des affaires du jansénisme : « Il faut bien que les filles aient un courage d'évêque puisque les évêques ont un courage de fille »… En même temps, elle n'a pas la haine de l'adversaire ; elle soigne l'ennemi blessé et pleure sa mort. Elle combat les Anglais, mais sans les détester, comme en témoignent ses propos lors du procès. Quand on lui demande si Dieu aime les Anglais, « oui, répond-elle, mais chez eux, en Angleterre… »." (p. 134)

" - Quelle est la place des catholiques en France au XIXe siècle ?

Même diminuée, l'Église de France continue à occuper la première place dans la chrétienté. Durant tout le XIXe siècle, les catholiques français sont extrêmement généreux envers l'Église. En l'espace de quelques décennies ils reconstituent ses biens par leurs dons, ce qui explique que la loi de Séparation de 1905 ait été considérée par eux, à juste raison, comme une spoliation supplémentaire, un acte de brigandage : elle confisque, en effet, les dons, faits exclusivement par les catholiques et non pas des biens dont on pouvait dire qu'ils appartenaient à la France entière, comme sous l'Ancien Régime." (pp. 280-81) - Un sale coup de la franc-maçonnerie, pour changer. Je n'ai pas souvenir que dans le livre qui était au programme lorsque j'étais en khâgne, La République radicale (Madeleine Rebérioux, 1975), l'auteur, futur présidente de la pour le moins maçonnique Ligue des Droits de l'Homme, se soit beaucoup épanchée sur ce racket d'État. - Continuons, avec la Grande Guerre - et les maçons, on n'y échappe pas :

"Aucun pays n'accepte un sacrifice aussi total. Les pertes de la guerre sont terribles : 1,4 million de morts, doublés de presque autant de mutilés. L'ampleur des pertes aurait du aboutir à l'effondrement de la France. Exsangue, elle se cramponne et tient comme les cuirassiers de Reichshoffen en 1870. C'est d'autant plus étonnant que les généraux incapables nommés par le général André (plus tard remplacés par des généraux catholiques, plus compétents, écartés avant la guerre pour des raisons politiques) commettent en 1914 et 1915 des erreurs énormes qui expliquent que 75% des pertes françaises ont lieu en 1914 et 1915 alors que les pertes allemandes se produisent surtout vers la fin de la guerre. Ce sacrifice prodigieux étonne le monde. (…) La Grande Guerre provoque une trêve intérieure. Pour s'en apercevoir, il suffit de regarder la composition du haut-commandement français en 1914 et 1918. A la fin de la guerre, l'état-major français est celui de « l'armée catholique et royale ». Beaucoup de généraux républicains, qui avant la guerre ont été poussés par les loges maçonniques, sont limogés par Joffre (franc-maçon mais patriote) au mois d'août et septembre 1914 pour incompétence notoire (…). L'origine démographique et sociale des soldats tués est éloquente. Ils appartiennent en plus grand nombre, proportionnellement, à la France catholique, féconde et rurale : la Bretagne, alors très pratiquante, subit les plus lourdes pertes." (p. 290-91)

" - Le sacrifice de la Grande Guerre provoque un culte des morts d'une ampleur exceptionnelle… Oui, à partir de 1914-1915, se développe une religion centrée sur le culte des morts, inséparable de l'amour sacré du sol de la patrie. Spectaculaire dans l'est de la France, où l'on construit de gigantesques nécropoles, le culte des morts rappelle l'époque des mégalithes. (…) Le culte des morts s'explique parce que les laïcs revivent l'Antiquité : « Passant, va dire à Sparte que ses fils sont morts pour obéir à ses lois… » C'est très net dans les discours de Clemenceau expliquant que les morts ont des droits sur les vivants." (pp. 294-295)


C'est en ce point que je me sépare quelque peu de Pierre Chaunu, qui ne semble pas s'inquiéter de tout ce que ce culte des morts comporte de retour au paganisme. Les Français, dit-il dans certains passages, se réconcilient autour de la France comme une « terre sacrée » : pendant la guerre 1914-1918, cela les certes a aidés à s'unir, mais ce concept est fourre-tout et ambigu - surtout s'il est récupéré par un vieux renard franc-maçon comme Clemenceau, le même Clemenceau qui fit ce qu'il put dans l'après-guerre pour éviter que ne se redresse le catholique et mal en point Empire austro-hongrois, lequel nous aurait été pourtant utile dans les années 30 pour lutter contre Hitler.

- Ne partons pas dans tous les sens. Répétons simplement, j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, que le christianisme et son « Laissez les morts enterrer les morts » est nettement plus tourné vers l'avenir, je n'ose écrire progressiste, que toutes les formes de culte des morts, et leurs variantes poussant à la repentance ad vitam aeternam, c'est le cas de le dire, qui débouchent sur diverses formes de mélancolie maladive et de castration ou d'auto-castration.


N'ayant pas de conclusion à apporter à cette suite de citations, je me permets de vous rappeler que j'ai abordé des questions analogues, au cours d'une série appelée "Apologie de la race française", en référence aux éclaircissements de Paul Yonnet sur cette notion de race française, série qui démarre ici, et dans laquelle, si ma mémoire ne me trahit pas, on croise déjà Pierre Chaunu. Je ne l'ai pas encore relue. Il se peut qu'elle soit grevée par mon incompréhension de la portée de la haine que les Arabes musulmans dans leur majorité portent à la France et aux Franji. Depuis, ces messieurs ont eu la bonté de mettre fin au malentendu. (Et s'ils disent qu'ils aiment la France, c'est comme les Anglais l'aiment, parce qu'elle est belle et qu'il y a la Sécu : ils attendent qu'elle soit musulmane pour se mettre à l'aimer sans réserve. C'est humain, je dois dire. Les moyens pour y arriver apparaissent à l'observateur objectif moins humains.)

mercredi 10 août 2016

Ang(i)e à la croix.

Rio bravo forever


Ce mercredi 10 août 2016, me sentant de bonne composition, je publie, sans autre commentaire, cette photographie de la belle Angie Dickinson sur le tournage d'un film essentiel, photographie piquée il y a quelques semaines chez le très pertinent (sauf bien sûr lorsqu'il dit du bien de Spielberg, chacun son péché (plus ou moins) mignon) M. Inisfree, et pieusement gardée depuis lors en attente d'une occasion qui ne semble pas venir. Un clin d'oeil aux amis, pour leur faire savoir que je suis toujours de ce monde, tant que Dieu (et, très accessoirement, Yahvé et Allah) me prête vie - et que je ne suis pas complètement inactif.


Bon soleil à tous ! Regardez-le presque en face...

lundi 20 juin 2016

"Il n'y avait rien, qu'un peu de vase..." (Léo Ferré). La famille contre le suffrage universel. (Principes d'une révolution nationale réussie, II).

...


Commençons par être d'accord avec les musulmans, tout arrive :

"L'oecuménisme laïciste… professe un égal respect de toutes les religions indistinctement, ce qui devrait assurer, nous dit-il, leur coexistence pacifique. Mais coexister est contraire à la nature même des religions. Si l'une est vraie les autres sont fausses et n'ont pas droit au même respect. Elles ne sauraient être pareillement respectées que si l'on n'y croit pas, ou très peu. Réduites à l'état de mythe moral, elles peuvent être vécues comme complémentaires : ainsi le principe de laïcité républicaine les aura relativisées, sécularisées, déreligionnisées. Telle est bien son intention." (J. Madiran, Chroniques sous Benoît XVI, t.1, Via Romana, 2010, pp. 61-62 ; écrit en 2006.)

De ce point de vue il est bien normal et légitime que les musulmans se sentent plus offensés par les bobos « tolérants » que leur coreligionnaires ont assassiné en masse il y a quelques mois, que par des gens qui les considèrent, c'est un début, comme religieux, quitte à critiquer leur religion. Il n'en reste pas moins regrettable qu'ils se soient mis à la jouer « à la juive », c'est-à-dire en versant dans l'oecuménisme maçonnique quand il s'agit de critiquer ce qu'il y a de chrétien en France, tout en étant en réalité bien décidés à rester musulmans et à faire valoir leurs « droits » dès qu'on les titille un peu.

Quoi qu'il en soit, ceci n'est qu'une introduction à notre sujet du jour, une saine critique de la démocratie moderne. Je laisse l'excellent Jean Madiran envoyer du bois, sans trop de commentaires :

"On sait bien qu'une démocratie ne peut durer que par la puissance, visible ou cachée, d'une oligarchie contraire au principe majoritaire dont elle se réclame." (Ibid., p. 37 ; écrit en 2005.)

"En France, l'application des principes de 1789 et le suffrage universel ont permis à des minorités religieuses de s'emparer du pouvoir politique et de l'utiliser pour combattre sournoisement ou même ouvertement le catholicisme, religion majoritaire. Paradoxe, - en apparence seulement : partout, le suffrage universel est manipulé par des oligarchies, et presque toujours à l'encontre des préférences, des convictions, des sentiments les plus répandus dans la population. Pour ne retenir qu'un exemple récent, les électeurs qui ont porté au pouvoir, en 1981, le président Mitterrand et le parti socialiste, ne voulaient ni le socialisme, ni l'asphyxie de l'école libre, ni l'abolition de la peine de mort, ni l'augmentation des impôts, ni l'accroissement de la bureaucratie et des contrôles administratifs. (AMG : on ne peut pas dire qu'ils aient vraiment eu le socialisme… Quoi qu'il en soit, je vous laisse adapter cette théorie aux cas de N. Sarkozy et F. Hollande.) Chaque fois que l'on aperçoit une anomalie de cette sorte, chaque fois que l'on constate que le suffrage universel joue contre la majorité du peuple, on a tendance à supposer qu'il s'agit d'une bizarre exception. Mais c'est au contraire une constante. Bien sûr, les élus du suffrage universel sont portés par une majorité réelle : une majorité mobilisée sur des choses secondaires, des querelles de diversion, des promesses séduisantes mais insensées, des leurres, et non sur le véritable dessein de ceux qui organisent et financent les campagnes électorales et qui manipulent les élus. C'est ainsi que la France, pays catholique, a été déchristianisée par l'action tenace (notamment scolaire) d'un pouvoir politique issu du suffrage universel : mais il ne l'avait pas dit, il n'avait pas été élu pour cela, qui cependant était son intention principale et reste son oeuvre la plus importante. Le suffrage universel réunit des majorités de circonstance, autour de programmes anodins et de promesses qui au demeurant ne sont presque jamais tenues - mais pour imposer à ces majorités, et en leur nom, ce qu'elles ne voulaient pas, et qu'on leur avait caché durant la campagne électorale. Ce qui explique et fait comprendre le mot surprenant, le mot saisissant du pape Pie IX : "Suffrage universel, mensonge universel". (…) Si on connaît un peu l'histoire, on conviendra d'autre part que ce ne sont pas les élus du suffrage universel, mais que c'est la monarchie capétienne qui s'est trouvée le mieux en accord avec le sentiment profond de la majorité du peuple français sur les choses essentielles : la religion, la conception du monde et de la vie, l'idée générale du bien et du mal. D'ailleurs, la plupart des hommes d'État républicains, quand ils sont arrivés à l'âge de la retraite, qu'ils n'ont plus rien à cacher, plus rien à espérer et plus rien à craindre des compétitions électorales, et qu'ils se penchent sur leur passé pour en tirer la leçon expérimentale, conviennent plus ou moins que le culte du suffrage universel est une dangereuse illusion. (AMG : on trouve souvent des remarques de ce genre chez Bonnard.)

La naïveté - ou l'hypocrisie - répondra :

- Sans doute, le suffrage universel ne donne souvent qu'une traduction imparfaite de la volonté générale. Travaillons donc à en améliorer le fonctionnement, à en corriger les défauts, soyons positifs, constructifs, et non pas négatifs… Cette réponse concerne seulement le reproche éventuellement fait au suffrage universel de mal tenir ses promesses. Mais à côté de ce qu'il réussit mal, il y a ce qu'il réussit fort bien. Il ne construit pas grand chose de bon mais là n'est pas sa fonction principale. Il est là pour détruire. Il est le plus grand bulldozer social du monde moderne. Son utilisation négative est d'une épouvantable efficacité. Les pouvoirs qu'il fonde ne valent souvent rien, qu'importe, il sert essentiellement à ruiner les pouvoirs qui ne sont pas fondés sur lui. Sa légitimité apparaît, à l'usage, trompeuse ou douteuse, mais son vrai rôle est d'éliminer les autres légitimités. Il est le venin. Le venin n'est pas pour nourrir, il est pour empoisonner." (Les droits de l'homme DHSD, Éditions de Présent, 1995 (texte écrit en 1988), pp. 49-53.)


La prise de la Bastille ne mène pas directement et logiquement à Conchita Wurst, aux usines à bébés dans le tiers-monde pour alimenter les « désirs d'enfants » des couples homosexuels occidentaux, répondra-t-on à ce raisonnement. Il se peut, quoique les rapports soient anciens entre la maçonnerie et le trafic d'enfants. Mais le problème, c'est que le 14 juillet, la Bastille, les droits de l'homme et tout ça, cela ne donne aucune arme théorique pour lutter contre Conchita Wurst, la pornographie généralisée ou la pédophilie rampante. Il faut d'autres armes, celles des « droits » supposés, proclamés, effectifs, etc., ne suffisent pas. On retrouve ici des idées avec lesquelles, via Vincent Descombes, je vous bassinais déjà il y a dix ans (!) : si l'on veut que quelque chose comme « la démocratie » fonctionne, démocratie signifiant ainsi un certain accord de la majorité (et dans cas, la majorité peut être assez écrasante) de la population avec les directions d'ensemble prises par la société (ce qui n'est absolument pas le cas dans notre belle République), il faut admettre que des parties de ladite société - la famille au premier chef, mais aussi l'école - ne soient pas empoisonnées par le venin « démocratique » tel que le décrit J. Madiran. La tolérance, il y a des maisons pour ça, disait Claudel, il en est de même de la démocratie : il y a des isoloirs pour ça, elle ne fonctionne pas partout. Sinon, dans les deux cas, c'est la partouze générale.


Qui se sent pédophile, qu'il se...


(Ceux qui auront eu la patience de suivre le lien indiqué et de retrouver le texte de V. Descombes auront constaté que l'éminent philosophe français y parle d'un sens de l'autolimitation constitutif du citoyen, formé à la pratique de la démocratie et du compromis raisonnable par des sociétés, famille et école, qui ne sont pas démocratiques, et non pas d'un accord global d'un peuple et de ses élites. J'assume cette bifurcation, ce détournement si l'on veut, et joue pour ainsi dire Descombes et Madiran contre quelqu'un comme Jacques Rancière : il en est de même de la famille et de l'école d'une part, du combat contre Conchita Wurst et la pédophilie de l'autre, les « droits » ne donnent pas assez de solution, il faut aussi des « devoirs ». Un devoir intégré, c'est une forme d'autolimitation (Descombes). La racine de ce devoir, c'est un commandement divin (Madiran), ou, peut-être, une constante anthropologique (Mauss, Michéa), dont le lien au concept chrétien de « loi naturelle » est bien sûr à étudier.)


Il n'est peut-être pas inutile, pour clore cet ensemble un peu désordonné, de rappeler à quel point, ici, la question des enfants est centrale. - Jean Madiran encore, sur le socialisme et l'école : "…une démagogique passion en faveur de l'ÉGALITÉ DES CHANCES, qui est un mythe irréalisable et donc une tromperie. Les « chances » ne pourraient être « égales » qu'entre des enfants qui dès leur naissance auraient été traités comme des orphelins, uniformément enrégimentés dans les mêmes pouponnières, les mêmes maternelles, les mêmes collèges. On n'y arrivera jamais. Peut-être même ne le voudrait-on pas. Mais en poussant aveuglément dans ce sens, on disqualifie et détruit peu à peu toutes les inégalités protectrices qui dans la famille, l'école et la cité, développent la vie humaine et assurent une civilisation." (Chroniques…, p. 51 ; écrit en 2005.) Laurence Rossignol, socialiste, lorsqu'elle disait que les enfants n'appartenaient pas à leurs parents, se situait dans une histoire de longue durée, et c'est bien sûr l'usage du mot « appartenir » qui le prouve et dissipe toute équivoque à cet égard - les parents le savent bien, que les enfants leur échappent ! Ils essaient de leur donner des outils pour ne pas qu'ils se perdent eux-mêmes en leur échappant, ils ne peuvent pas considérer sérieusement que les enfants leur « appartiennent », ce n'est pas là un vocabulaire de parents…


Un enfant pris en charge par un(e) ministre de l'Éducation nationale

Un(e) ministre socialiste prend en charge vos enfants...


Quittons-nous donc dans la cinéphilie et la bonne humeur, avec M le maudit et sa dernière phrase : nous n'aurons jamais fini de protéger nos enfants.

lundi 30 mai 2016

"Des individus nés orphelins, vivant fonctionnaires et mourant célibataires, transportables et interchangeables à merci..."

J'écrivais en décembre dernier que l'État était l'ennemi de la nation. En voici deux illustrations pratico-théoriques :


"Le fonds de l'erreur consiste à confondre la vie nationale au sens propre avec la politique nationaliste : la première, droit et gloire d'un peuple, peut et doit être développée ; la seconde, source de maux infinis, ne sera jamais assez rejetée. La vie nationale est, de sa nature, l'ensemble actif de toutes les valeurs de civilisation qui sont propres à un groupe déterminé, le caractérisent et constituent comme le lien de son unité spirituelle. Elle enrichit en même temps, par sa contribution propre, la culture de toute l'humanité. Dans son essence, par conséquent, la vie nationale est quelque chose de non politique : c'est si vrai que, comme le démontrent l'histoire et l'expérience, elle peut se développer côte à côte avec d'autres, au sein d'un même État, comme elle peut aussi s'étendre au-delà des frontières politiques de celui-ci. La vie nationale ne devint un principe dissolvant pour la communauté des peuples que lorsqu'elle commença à être exploitée comme moyen pour des fins politiques, à savoir quand l'État dominateur et centralisateur fit de la nationalité la base de sa force d'expansion. On eut alors l'État nationaliste, germe de rivalité et sources de discordes.

…Chez quelques peuples considérés jusqu'à présent comme coloniaux, le processus d'évolution vers l'autonomie politique, que l'Europe aurait dû guider avec prévoyance et attention, s'est rapidement transformé en explosion de nationalismes avides de puissance. Il faut avouer que ces incendies imprévus, au détriment du prestige et des intérêts de l'Europe sont, au moins partiellement, le fruit de son mauvais exemple."


Caution d'infaillibilité s'il en est à mes propres propos, puisque cela vient du pape Pie XII, en 1954. Un an plus tard - il s'agit de messages de Noël -, le même Pie ajoutait :

"Les peuples de l'Occident, spécialement de l'Europe, ne devraient pas, sur l'ensemble des questions dont il s'agit, demeurer passifs dans un regret stérile du passé ou s'adresser des reproches mutuels de colonialisme. Ils devraient au contraire se mettre à l'oeuvre de façon constructive, pour étendre, là où cela n'aurait pas encore été fait, les vraies valeurs de l'Occident, qui ont porté tant de bons fruits dans d'autres continents. Plus ils tendront à cela seulement, plus ils aideront les libertés des peuples jeunes, et plus ils demeureront eux-mêmes préservés des séductions du faux nationalisme. Celui-ci est en réalité leur véritable ennemi, qui les exciterait un jour les uns contre les autres, au profit d'un tiers."

Ici bien sûr Alain Soral sent son gland antisioniste frémir, mais là n'est pas l'essentiel : dans la France contemporaine on est plus nationaliste que patriote, on part en guerre contre la terre entière, y compris la France elle-même… Là où le patriote traditionnel - serait-on tenté d'écrire si le mot patriote n'était connoté Révolution française, mais c'est justement là que le mensonge prend toute son ampleur - ne veut pas de mal aux autres pays, se contentant de penser, plus ou moins consciemment, que le sien vaut au moins aussi bien que les autres, et même souvent mieux. Nous n'avons plus le droit de penser cela, et c'est justement à ce moment que nous attaquons tout le monde ! Sachant que dans cette phrase le premier nous est celui de la nation, le second celui de l'État, à qui nous (la nation) n'avons jamais demandé de renverser Khadafi, d'aller donner du fric et des armes aux islamistes syriens, ou de s'en prendre à Poutine, liste non exhaustive.


- Ces textes de Pie XII sont cités par l'excellent Jean Madiran dans son excellent recueil d'Éditoriaux et chroniques (Dominique Martin Morin, 1983, pp. 200-201). Le même Madiran écrivait, en juillet 1962, à propos de la façon dont le pouvoir gaulliste (ou le pouvoir américano-gaulliste ?) avait traité les Français d'Algérie :

"Renoncer à nos droits ?

En soi, cela est théoriquement possible et quelquefois généreux : mais à la condition que celui qui renonce à un droit soit celui qui le possède. Or les droits français en Algérie n'étaient pas seulement ceux de l'État français. Ils étaient aussi ceux de la nation française d'Algérie : et l'État n'était pas le maître de ces droits-là, l'État n'en était pas le possesseur, l'État n'avait pas licence d'en disposer souverainement. D'ailleurs l'État n'a pas tellement renoncé à ses droits : il a gardé, ou cru garder, ses droits sur le pétrole et sur les bases, et il n'a sacrifié, selon la conception qu'il s'en fait, ni ses intérêts économiques, ni ses intérêts stratégiques : il pense même les avoir mieux assurés, ce qui est, en intention du moins, le contraire d'un renoncement. Ce n'est surtout pas son intérêt ni son droit que l'État néglige : c'est à son devoir qu'il a tourné le dos. Le dégagement est explicitement un dégagement à l'égard des charges et des obligations. L'État se dégage de son devoir envers les hommes.

Les hommes, il les considère en somme non pas comme des communautés vivantes ayant leurs droits propres, mais comme des fonctionnaires à ses ordres.

C'est cette conception aberrante de la vie sociale qui est sans doute la racine du drame.

Les chrétiens, les musulmans et les juifs d'Algérie qui se déclarent « fidèles à la France » et qui veulent « demeurer français », à vrai dire l'État n'a pas omis de les prendre en considération. Mais il les a considérés comme des individus selon la définition de Renan, des individus nés orphelins, vivant fonctionnaires et mourant célibataires, transportables et interchangeables à merci. Il a considéré qu'il pouvait les déplacer et les rappeler comme on déplace un préfet et comme on rappelle un ambassadeur.

Et quand il a vu que ça ne marchait pas, quand il a constaté que les Français d'Algérie étaient autre chose que des fonctionnaires à ses ordres, il les a traité comme on traite - et même comme on ne traite pas - des fonctionnaires félons.

L'État a prétendu renoncer en Algérie à des droits, ceux de la société, qui ne sont pas à la disposition de l'État, et qui au contraire imposent à l'État des devoirs, et des « charges », et des « obligations », d'une nature différente de celles qui sont énumérées dans le statut des fonctionnaires. L'État a ignoré que la nation française d'Algérie avait seule qualité pour éventuellement renoncer aux droits qui sont les siens. Il ne s'agissait même pas de la consulter : la nation française d'Algérie avait en la matière beaucoup plus qu'une voix consultative. Personne ne peut à sa place disposer des droits qui sont les siens, personne ne peut les supprimer sans son aveu et sans son consentement. Que si l'État y prétend néanmoins, c'est alors exactement ce que Pie XII a nommé l'absolutisme d'État.

On peut assurément « rapatrier » un corps expéditionnaire.

On peut « reclasser en métropole » un fonctionnaire.

Mais traiter ainsi une communauté nationale, c'est une violence sans nom." (pp. 193-194)


Vous me serez d'autant plus reconnaissant de vous citer un tel texte que je ne suis pas suspect d'indulgence excessive à l'égard de certains de ceux qui composèrent cette nation française d'Algérie. Leur apport économico-culturel à la nation française de France ne me semblant pas d'une grande richesse spirituelle. Passons. Il est vrai que l'on n'a jamais considéré ici qu'être une victime était un brevet de sainteté -

mais ce n'est justement pas parce que je partage avec le Général certaines inimitiés qu'il faut fermer les yeux sur la nature des procédés qu'il a employés... pourquoi, d'ailleurs ? A l'école (maçonnique...) on évoquait un supposé « sens de l'histoire » pour expliquer que la décolonisation était une fatalité, et que ça valait bien un mensonge du style "Je vous ai compris" pour ne pas s'éterniser en vaines querelles, etc.

- Sauf que ces « vaines querelles » gangrènent maintenant la métropole elle-même ! - A Hegel, Hegel et demi : on pourrait opposer au sens-de-l'histoire-dans-notre-cul le principe selon lequel la raison d'être, c'est le résultat (eh oui, j'ai changé sur pas mal de points depuis 2005 mais je suis toujours voyeriste...). Et dans la mesure où le résultat qui se dessine sous nos yeux comme prochain visage de la France, c'est, en somme, le Quick hallal, l'américanisation et l'islamisation en même temps et pour le même prix, eh bien le retour de de Gaulle au pouvoir avec l'aval de la CIA, puis le lâchage de ce qui restait de l'Empire français (le lâchage de cette partie de l'Empire, la IVe République atlantiste ne pouvait l'assumer, il fallait l'homme du 18 juin pour cela), la victoire militaire de l'armée française sur le terrain présentée comme une victoire du FLN (d'où 50 ans de schizophrénie de part et d'autre), le début ensuite de l'immigration musulmane de masse, etc., tout cela fait sens, de l'histoire ou pas, mais sens qui nous pète maintenant à la gueule.

- Quoi qu'il en soit du rôle exact de de Gaulle dans l'histoire, vous aurez compris à quel point les propos de J. Madiran s'appliquent aussi aux migrants actuels. Là encore, l'État se décharge de ses devoirs et obligations envers la nation française, cette vieille emmerderesse. - Mais il faut avouer que celle-ci a bien du mal à garder de sa noblesse, après deux siècles de passes en tous genres...

En démocratie, finalement, dès que l'on quitte le niveau de la politique locale, on peut parier sans risque de se tromper que les hommes politiques sont nos ennemis.

mercredi 27 avril 2016

Pleurons un peu avec les fascistes visionnaires.

Paru en 1960 chez Fasquelle, Le Romantisme fasciste de Paul Sérant étudie les positions de six écrivains français durant l'Occupation : Chateaubriant, Bonnard, Céline, Drieu, Rebatet et Brasillach. J'en extrais quelques citations pour l'édification des jeunes et des moins jeunes.


Bernanos : "La Chrétienté a fait l'Europe. La Chrétienté est morte. L'Europe va crever, quoi de plus simple ?" (Les Grands cimetières sous la lune, 1938, p. 155, cité ici p. 285).

Céline, sur les Français : "Ils veulent rester carnes, débraillés, pagayeux, biberonneux, c'est tout. Ils ont pas un autre programme. Ils veulent revendiquer partout, en tout et sur tout et puis c'est marre. C'est des débris qu'ont des droits. Un pays ça finit en « droits », en droits suprêmes, en droits à rien, en droits à tout, en droits de jaloux, en droits de famine, en droits de vent." (Les beaux draps, 1941, p. 49, cité ici p. 194)

Drieu : "La France a acquis une dimension de rêvasserie extraordinaire. Elle rêve encore. Elle rêve sur les Allemands qui sont là, sur les Anglais qui n'y sont pas, sur les Russes et les Américains qui sont au diable. Hier, quand les Anglais étaient là, elle ricanait… Aujourd'hui, elle les aime puisqu'ils sont redevenus un objet de rêve. Elle se crispe contre les Allemands, et Dieu sait que si demain les Anglais, les Américains revenaient… Dieu sait comme nous les aimions en 1918. C'est la même chose dans la politique intérieure : molle guerre civile où nous nous défendions indéfiniment. Beaucoup d'antifascistes et d'anticommunistes, peu de communistes et de fascistes - des vrais. Nous feignons d'aimer quelque chose surtout pour mieux craindre et détester la chose d'en face. De là les lamentables échecs du 6 février 1934 et des journées de juin 1936." (p. 173, il s'agit si ma mémoire ne me trahit pas d'un article paru durant l'Occupation). Drieu le dit explicitement : il y a en France plus d'antifascistes et d'anticommunistes que de fascistes et de communistes (cité p. 286). Je vous laisse faire les parallèles avec les « fascistes », les antifascistes, les musulmans et les « islamophobes » d'aujourd'hui.

Un dialogue Sérant / Drieu pour finir, les guillemets n'étant pas toujours d'une grande clarté, je n'en peux mais, P. Sérant a été un peu approximatif sur le coup :

"Quant à la France… Drieu est chaque semaine plus sombre, plus amer au sujet de son avenir. Rappelant le reproche de ceux qui lui disaient en 1940 : « On ne fait pas une révolution sous le regard de l'occupant », il s'écrie avec véhémence : mais la France est occupée depuis des années et des années ! Elle l'était en 1871, elle l'était quand Drumont écrivait La France juive, elle l'était pendant la guerre de 1914, par trois millions d'Allemands et par quatre millions d'alliés divers, elle n'a cessé de l'être par trois ou quatre millions d'étrangers, elle l'a été par les Juifs, par les Allemands, les Anglais, les Américains, les Russes… « La France sera occupée demain, comme elle l'est aujourd'hui. Les Anglais et les Américains ont annoncé à tous les échos du monde qu'ils occuperaient l'Europe, toute l'Europe, longtemps. D'abord pour la conquérir, ensuite pour l'organiser, ensuite pour la garder ; et sans doute aussi pour la défendre… contre les Russes. Et ce qui ne sera pas occupé par les Anglais et les Américains le sera par les Russes. Qui sait… par les Chinois. » De Gaulle lui-même s'est trouvé dans l'obligation de commencer sa révolution en Algérie sous l'oeil des alliés : « Allié » ou « ennemi », l'occupant est toujours un occupant. »" (Article "Fatalité française" paru dans Révolution nationale le 31 juillet 1943, cité ici p. 215.)

Même dans la « qualité » de ses occupants, la France baisse. On peut toujours décliner...

mercredi 30 mars 2016

A nos amours ! (Principes d'une révolution nationale réussie, I).

Elle serait encore plus relapse aujourd'hui.


"Ne croyons pas avoir touché le fond. Le pire est toujours possible. Nous descendons toujours." (Jean Madiran, il y a trente ans...)


Un point s'impose. Il y a plus de trois ans, ayant le sentiment que tenir ce comptoir finissait par m'être plus nuisible que profitable, je décidai de le fermer, me contentant depuis d'envoyer un signe de vie de temps à autre. La découverte de l'oeuvre de Bonnard à la fin de l'année 2014 me permettant de vous communiquer certaines réflexions, la plupart personnelles, par le biais d'un styliste nettement plus doué que moi.

Vinrent alors les attentats de novembre 2015. La consternante irresponsabilité des hommes de pouvoir français, d'une certaine façon couronnée par ces attentats, apogée - pour l'heure - de décennies de soumission de la France à, d'une part, tout ce qui n'est pas elle, d'autre part, tout ce qu'il y a de plus bas en elle, cette irresponsabilité, aux tendances de surcroît de plus en plus dictatoriales, avait de quoi me pousser à reprendre la lutte, à ma modeste échelle. Mais un autre phénomène a joué, auxquels peut-être mes rares lecteurs (j'en profite pour préciser que si je me mets à râler sur la minceur de mon lectorat, ce n'est pas parce que je me serais mis à y attacher une importance narcissique, mais parce que je me sens plus dans l'urgence et dans l'action que ce n'était le cas auparavant) ont été sensibles depuis que je suis revenu régulièrement aux affaires. C'est cette évolution que je souhaitais clarifier aujourd'hui, avant que d'aller plus loin.

On peut la résumer par son caractère le plus manifeste : alors que les femmes nues et accueillantes composaient l'ordinaire de l'iconographie ici utilisée, elles ont cédé la place à des vierges, souvent des Saintes Vierges. - Le fait est que le lecteur déjà ancien de Boutang et de Chesterton que je suis a continué à enrichir sa connaissance du christianisme et du catholicisme durant ces derniers mois et qu'il lui a bien fallu constater que le corpus doctrinal du catholicisme - d'avant Vatican II s'entend, j'y reviens plus bas -, d'une part et pour le dire vite n'était pas une théorie de pédés, d'autre part apportait nettement plus de réponses et d'éléments d'analyse que je ne pouvais l'imaginer aux questions que la dégringolade actuelle suscite.

Depuis la Révolution française jusqu'à l'avènement de la République en France, les catholiques ont eu le temps et les moyens de réfléchir aux causes lointaines de ces événements. De l'abbé Barruel à Mgr Delassus en passant par la Revue internationale des sociétés secrètes et les encycliques papales sur le sujet, ils ont amassé une documentation, aujourd'hui actualisée par quelqu'un comme Pierre Hillard, une documentation qui seule permet d'expliquer aussi bien le sionisme que Vatican II, l'homosexualité expliquée aux enfants que l'immigration massive, les curés pédophiles que les instituteurs pédophiles (et pourquoi ceux-ci sont nettement moins scandaleux que ceux-là, même s'ils sont plus nombreux), l'absence de révolte des gouvernants, notamment européens, par rapport au rouleau compresseur capitaliste, etc. Je dis que les catholiques traditionnalistes sont les seuls à avoir toutes ces clés, parce que, si dans d'autres corpus de valeur, comme ceux de la Nouvelle Droite d'un côté, d'Étienne Chouard, de Jean Bricmont et de certains héritiers du Foucault de Surveiller et punir de l'autre, on peut trouver beaucoup d'analyses intéressantes, ces catholiques n'ont pas de rivaux sérieux lorsqu'il s'agit d'articuler raisons philosophiques et sociologiques, et analyses des mouvements, personnes et sectes qui ont propagé et continuent à propager des idées qui dès l'origine se trouvaient (et se trouvent encore) principalement dirigées contre eux.

- La Nouvelle Droite a moins de raisons de s'intéresser aux sectes juives et maçonniques, qui attaquent une Église qu'elle-même n'aime pas. D'où qu'elle soit plus intéressante sur les aspects philosophiques de la modernité que sur certaines modalités concrètes d'action de cette modernité, et qu'elle ait quelque peine me semble-t-il à opposer un point de vue cohérent au point de vue lui très cohérent, au moins en pratique, de ces sectes. Quant aux gauchistes libertaires intelligents comme É. Chouard et J. Bricmont, je pense qu'ils sont aussi "maçonnisés" spirituellement que j'ai pu l'être pendant longtemps et ne pensent pas à aller chercher du côté du catholicisme des réponses aux questions qu'ils se posent. Ajoutons que, si l'extrême-droite est en train de basculer par certains aspects du côté d'un sionisme anti-arabe, la gauche, elle, a toujours peur de parler de "sectes juives et maçonniques", comme si c'était déjà là de l'hitlérisme.

Eh bien non ! Je ne vais pas partir aujourd'hui dans de grandes démonstrations, mais s'il y a des choses sûres, c'est que les francs-maçons ont toujours été avant tout anti-catholiques, et qu'ils se sont alliés, pour abattre et infiltrer l'Église, à des juifs, lesquels, il faut le rappeler aux innocents, professent une religion dans laquelle le Christ fait à peu près figure d'ennemi public numéro 1, fût-il un charlatan décédé une bonne fois pour toutes - ce dont tous ces gens ne doivent d'ailleurs pas être si sûrs, vu leur acharnement contre ladite figure. - Cela, dois-je le préciser, n'implique pas que tous les Juifs soient partie prenante de ces actions contre l'Église et sa fille aînée (ou, ce qu'il reste de l'Église et ce qu'il reste de sa fille aînée) la France.


Djihadistes féminines ?


C'est ici qu'il faut évoquer Vatican II. Il y a quelque chose d'évident au novice que je suis, précisément parce qu'il est novice et voit les choses de l'extérieur : c'est avec Vatican II que le catholicisme, pour reprendre l'expéditive terminologie utilisée plus haut, devient une religion de pédés, celle que nous avons connus étant gamins, avec ces vieux tremblotants qui passent leur temps à s'excuser de tout et de rien et de rechercher le "dialogue" avec n'importe qui sur n'importe quel sujet, au lieu de donner l'impression qu'ils croient à quelque chose, et que ce quelque chose - une bonne nouvelle... - doit être annoncé au monde entier. (Boutang remarquait que depuis la Révolution l'Église avait commis l'erreur stratégique de se concentrer sur sa "clientèle" féminine et enfantine, ce qui avait déjà contribué à donner une image par trop féminisée de la religion catholique.)

(De là que des gens comme Jean-Pierre Voyer ou votre serviteur aient pu à un moment éprouver une certaine fascination, si ce n'est pour l'Islam, au moins pour certains guerriers musulmans. A ce sujet, je n'ai pas relu le texte que j'avais écrit dans le temps contre Maurice Dantec. Je pense que le parti pris sioniste de Dantec avait contribué à me voiler la valeur de certaines de ces critiques contre l'Islam. Aujourd'hui, je suis très confortablement (théoriquement parlant, parce que cela risque de devenir une position difficile à défendre dans la France de 2016...) anti-sioniste et anti-Islam : une fois qu'on est les deux à la fois, si j'ose m'exprimer ainsi, on s'aperçoit que c'est très facile, et qu'être anti-Islam n'amène pas à changer d'avis sur la réalité des crimes perpétrés par les Israéliens sur la personne des Palestiniens.)

J'ai dit que je voyais les choses de l'extérieur - ce qui m'évite d'ailleurs les troubles de conscience des catholiques pratiquants vis-à-vis de Vatican II et de ses effets. Bien que baptisé je ne suis en effet pas croyant - et n'ignore pas que, du coup, pour un bon catholique, lequel croit à un ensemble de dogmes indissolublement liés les uns aux autres, ma position, même énoncée ici de façon encore très générale, ne peut pas être cohérente. L'avenir dira à quel point cette incohérence pourra ou non être gênante.


Quoi qu'il en soit, voici maintenant une sorte de seconde partie. J'avais envisagé depuis deux semaines environ la mise en ligne d'un texte attachant de Pol Vandromme - belge, et francophile, cet homme avait tous les torts... - sur Pierre Boutang, paru pour la première fois en 1960. L'actualité terroriste et éditoriale (une biographie de Boutang vient de sortir) aidant, mon emploi du temps d'hommes d'affaires occupé étant ce qu'il est, je ne retarde pas plus cette mise en ligne.


"Pierre Boutang doit être un de nos derniers aventuriers - au sens que Péguy donnait à ce mot en l'appliquant aux pères de famille nombreuse. (…)

Ce qui domine tout dans l'oeuvre de Boutang, c'est la constatation que les hommes sont d'ici et non d'ailleurs, qu'ils naissent dans des cités que leurs aïeuls ont fondées, que ces cités ont leurs lois propres, particulières (incursion de AMG : voilà bien une forme de respect des différences), que ces lois sont rendues sensibles par des relations terrestres auxquelles on ne peut se soustraire et qui nous déterminent dès l'enfance (celle du père au fils, par exemple, qui s'insinue au coeur de la conception monarchiste), qu'enfin elles doivent être respectées pour composer la figure concrète et comme éternelle de l'être vivant.

D'une part, il y a un ensemble de choses étrangères à l'humeur, à la préférence, à l'opinion, qui nous sont imposées et qui nous font ainsi plutôt qu'autrement ; et d'autre part il y a les raisons que la petite Antigone portait dans son coeur. Entre le fascisme qui pervertit le nationalisme en le coupant de l'enseignement grec, en le privant de freins, de sens du fini ; et la démocratie qui bégaye les certitudes d'Antigone en les isolant des réalités fondamentales où elles doivent s'enraciner et dès lors en s'épuisant vainement à concilier les notions de justice et de liberté, il existe une solution intermédiaire. Quand on est assez humble pour s'incliner devant les faits de la naissance et de la mort - et le nationalisme ainsi entendu, c'est le refus de la démesure, de l'orgueil et d'une volonté de puissance sans contrôle (AMG encore : depuis que nous acceptons d'être inféodés au nationalisme des autres, nous sommes plus en guerre qu'avant, depuis que nous sommes moins nationalistes français nous sommes plus va-t-en guerre...) - quand en même temps on est assez sage pour se soumettre aux volontés d'Antigone, on peut redécouvrir et éprouver de nouveau ce qui assurait les assises des anciens royaumes, cette légitimité dont l'image la plus souveraine, et qui brille encore dans les mémoires parmi la majesté dorée des oriflammes, a été fournie par le sacre de Reims. Ce sacre signifiait que l'Église avouait l'impossibilité de déduire une politique de principes théologiques et que le roi de son côté renonçait à agir contre les lois non écrites.

L'exercice de la politique et de la littérature est enveloppé, chez le philosophe platonicien qu'est Pierre Boutang, par le déroulement de paraboles, de mythes grandioses. Il ne s'agit pas d'images, de symboles poétiques, d'accessoires du folklore alimentant d'évanescentes nostalgies ; mais d'un pressentiment du sacré et que tout ici-bas est cérémonie. Dans les temps qui sont ceux des grands barbares systématiques et des vieux empires arrivés à la fin de la décadence, l'action de Pierre Boutang n'a pas d'autre objet que de transmettre aux hommes les rites dont on leur a désappris la pratique, ce goût du cérémonial qui restitue les majestés oubliées, les magies délaissées, les signes et les formes des hiérarchies naturelles.

(AMG, note ajoutée le lendemain de la publication de ce texte : "Tout ici-bas est cérémonie". Je vous retranscrirai à l'occasion un beau texte de Bonnard sur la poésie de l'Ancien Régime (et sur la dramatique, y compris d'un point de vue politique, absence de poésie de la démocratie parlementaire), je note ici que cette idée que P. Vandromme prête à un philosophe platonicien et catholique s'exprime par les mêmes termes que l'accord fondamental de l'anthropologie voyeriste. Le post-situationnisme autoritaire et débonnaire reste donc dans nos préoccupations. Mais n'anticipons pas, et revenons à Pol.)

Pierre Boutang combat le monde moderne. Il s'attaque à son principe même parce que sa fonction semble bien être d'effacer la trace de ces cérémonies dans lesquelles étaient enfouies à peu près toute la vérité de l'homme et la poésie du monde. Jadis, en des temps où l'instruction n'était pas obligatoire (AMG : mort aux franc-maçons !), le sommeil des enfants, les veillées près de la cheminée familiale étaient comme bercés par les merveilles intactes d'histoires transmises de génération en génération, avec les souvenirs, les bahuts, les gravures et les quinquets. On peut se faire une idée de la richesse de cette littérature en lisant les volumes de Pourrat où se trouve recueilli le trésor des contes. A présent, on n'invente plus de récits dans l'arrière-cuisine des maisons de pierre. La tradition populaire, qui sculpta de si purs joyaux, a disparu. Ce qui l'a remplacée, ce sont les romances des radios, les images qui sautillent sur l'écran des appareils de télévision, les journées vaincues par l'ennui et qui se traînent sur la route des vacances. Des techniques insanes ont été mises au point pour abrutir méthodiquement le peuple. Le monde moderne n'a pas pitié du pauvre. Voilà le crime qui ne lui sera pas pardonné.

(…) Comme Bloy et comme Bernanos, Pierre Boutang s'indigne parce que le monde moderne a humilié les pauvres en les assommant de niaiseries, de divertissements infâmes, en souillant cette naïveté associée au plaisir de connaître qui les inclinaient jadis à nommer pour leur plaisir les bêtes, les choses, les gens du premier jardin, et qui les rendaient exactement pareils à des enfants. (…)

Pour que les relations entre les hommes d'une même cité s'appuient non sur la force, mais sur une délicatesse patiente, sur un état qui soit impitoyable avec les profiteurs et charitable avec les pauvres (AMG : le contraire du monde actuel), Pierre Boutang gifle les coquins de ses invectives, comme Bernanos entrait en colère contre les imbéciles. Ses cris de rage sont des cris de tendresse. Il condamne, et il croit que personne n'est irrécupérable. Il est violent, et sa politique repose sur le compromis. Il fait l'apologie de la guerre, en citant Joseph de Maistre et Proudhon, et il est l'un des seuls pacifistes raisonnables et tranquilles de la presse parisienne. Il abomine les bafouillages humanitaires, et il adore Hugo. Il est partisan de la peine du mort, il souhaite le retour du bourreau, pour procurer une forme humaine au châtiment qu'inflige la société, et il récolte les signatures lorsque Rebatet est menacé du poteau d'exécution." (La Droite buissonnière, 2010 (1960), Dualpha, pp. 31-38.)


Une attitude que l'on mettra en parallèle avec celle de personnes qui sont de manière explicite opposées à la peine de mort, mais qui regrettent de temps à autre qu'elle ne soit pas rétablie pour tel ou tel qu'ils n'aiment pas.

A bientôt les amis !


(Spécial dédicace à ma fille...)
Des certitudes de la petite Antigone...

lundi 7 mars 2016

Au Bonnard du jour... (V) Puissance et politesse.

Coincée entre Copé et Valls, la France s'ennuie


Il s'agit aujourd'hui d'une sorte de fable de La Fontaine sur l'envie, laquelle n'est pas pour rien classée parmi les péchés capitaux. Je ferai plus âpre une prochaine fois, même s'il suffit de savoir lire entre les lignes pour comprendre ce que je peux avoir en tête en vous faisant partager la connaissance de ce texte plutôt léger mais si tristement actuel. Bonne lecture !


"C'est une injustice de prétendre que les députés ne font rien. Il est vrai qu'ils ne s'occupent guère des périls qui nous pressent, mais ils sentent qu'il faudrait prendre des décisions, et ils veulent les prendre sur d'autres sujets. L'un d'eux propose que tous ceux qui font précéder leur nom d'un titre nobiliaire soient sujets à une taxe ; un autre, plus radical, demande que la mention de ces titres soit interdite dans tous les actes publics. Quels réformateurs ! Au moment où tant de dangers menacent l'État et les particuliers, quand des questions énormes semblent s'imposer aux législateurs, n'est-ce pas une belle chose qu'il en y ait pour s'inquiéter à l'idée qu'il existe encore des ducs et des princes ? Quelle impatience pour ce qui n'importe pas ! Quelle indifférence pour ce qui presse !

En vérité, on reconnaîtra là un nouveau trait de cette haine du passé de la France que nous avons, quant à nous, tant de peine à comprendre, et même à concevoir. En quoi un beau nom et un beau titre peuvent-ils blesser une âme qui a le bonheur de n'être pas née envieuse ? Nous voyons encore, sur ces noms dorés, sourire le génie noble et aimable de l'ancienne France. Ils la rapprochent de nous, ils parlent d'autant plus à notre imagination qu'ils nous rappellent moins des illustrations particulières que tout un monde à la fois illustre et léger, où la politesse était comme la pudeur de la puissance, un temps où le sceptre de la France ne pesait pas plus à l'Europe qu'un rayon. Et comme ces titres ne s'accompagnent plus d'aucun avantage matériel, on ne voit guère par où ils peuvent irriter l'envie. Ils sont les restes fragiles, à la fois pompeux et vains, d'un passé qui devrait être cher à tous les Français. De quels sentiments faut-il être animé, pour avoir envie de briser ces vases de verre ?

Si encore il s'agissait de revenir à une simplicité spartiate, j'avoue que, pour ma part, ces mesures ne me plairaient pas davantage, car je préfère à cette simplicité des rapports plus subtils : mais j'admirerais peut-être ces législateurs vertueux. Mais ce n'est pas du tout à cela que nous tendons. Jamais la vanité des individus n'a été plus vive, et le monde de la politique n'est pas l'endroit où elle se montre le moins. Les gens qui gouvernent n'ont pas toujours beaucoup de tenue : mais, s'ils sont souvent débraillés, ils ne sont presque jamais simples. Ceux qui ont été ministres quelques jours en gardent le nom toute leur vie. Presque tous les autres sont présidents, sans qu'on sache toujours ce qu'ils ont présidé. Beaucoup soudent leur prénom à leur nom, pour n'être pas confondus avec le vulgaire. Va-t-on taxer aussi ce trait d'union ? En vérité, si les Français sont à ce point égalitaires, c'est précisément parce que chacun d'eux brûle de prendre l'avantage sur les autres. L'égalité, pour eux, c'est le départ de la course. Ils veulent être égaux pour commencer : ce sont des égalitaires perpétuellement avides de distinction. Napoléon avait bien vu cela ; il s'était fait sur le caractère des Français quelques idées très justes, sinon très subtiles, grâce auxquelles il avait sur eux une prise extrêmement forte. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas au moment où la vanité individuelle se manifeste en tant de façons et où tant d'autres soins requièrent les faiseurs de lois, qu'il s'agit de faire la guerre aux vieux titres. Ils nous rappellent un temps où la France était très grande, et, si extraordinaire que cela paraisse, sans qu'il y eût en France de politiciens." ("Les vases de verre", in Le Solitaire du Toit, pp. 83-86)

"Où le sceptre de la France ne pesait pas plus à l'Europe qu'un rayon..." : Abel pousse un peu. Ach, à l'heure où certains Caïn nous rejouent, sur le mode moderne, la France juive, ce n'est pas bien grave. La démocratie, c'est moderne, la démocratie c'est à la fois la dictature et la voie vers la dictature, la démocratie, c'est l'enfer. A bientôt !


On a le désir qu'on mérite

mercredi 24 février 2016

L'égalité des sexes n'aura jamais lieu.

Avec son masque anti-fasciste, J. Sapir est protégé.


Oui, quelques remarques - sans aucun rapport avec le titre, que j'ai mis pour faire plaisir à l'auteur de ces lignes - à propos du dernier numéro de Causeur, pardon, d'Éléments (ça commence à se ressembler un peu).

- Ce n'est pas que je veuille à proprement parler faire une recension de ce numéro, que je n'ai d'ailleurs pas encore lu in extenso : j'aimerais autant adresser certaines remarques à cette valeureuse revue que la prendre comme point de départ de quelques réflexions générales.


D'abord, je tiens à citer cette réponse de Pierre Manent, dans l'entretien qu'il accorde à Éléments au sujet de son livre, avec lequel je vous bassine depuis quelques mois, Situation de la France, lorsque son interlocuteur parle du « spectre de la guerre civile » :

"On s'habitue un peu trop à évoquer cette éventualité. Préférerions-nous nous laisser glisser vers la catastrophe plutôt que de faire tous les efforts pour la prévenir ? Je nous trouve d'ailleurs trop indulgents pour nos gouvernements successifs. Leurs défaillances dans la protection des Français sont pourtant graves et répétées. J'ai peur que nous consentions à des massacres périodiques plutôt que de réclamer du gouvernement qu'il soit à la hauteur des enjeux." Ce qui est proche de ce que je vous disais la dernière fois. Statistiquement, on a individuellement peu de chances, surtout si l'on n'habite pas à Paris ou dans une grande ville, de se faire canarder ou exploser par des djihadistes, il est donc plus commode pour les paresseux que nous sommes de se parer d'un discours fataliste que de consacrer du temps à cette tache il est vrai peu aisée et sans garantie de réussite, "prévenir la catastrophe". Notre trop grande indulgence à l'égard des gouvernants est peut-être d'abord complaisance à l'égard de notre propre veulerie. - Je suis par ailleurs bien sûr d'accord avec P. Manent sur l'ardeur mise par certains (j'apprends que Ivan s'en-va-t'en-guerre-pour-les-autres Rioufol va sortir un livre appelé La guerre civile qui vient : "vient" en anglais c'est le même mot que jouir, Ivan en asperge déjà son caleçon en soie) à prophétiser une guerre civile (je rappelle que je n'en nie pas la potentialité, ni même l'actualité).

(Par ailleurs, contrairement à ce que dit I. Rioufol, ce ne sont pas les islamistes qui sont les premiers à vouloir la guerre civile, mais ceux qui ont encouragé les islamistes à s'implanter en France, ou qui ont laissé des musulmans, dont certains salafistes, etc., s'implanter en France. Au jugement dernier Julien Dray sera plus condamné que Tariq Ramadan.)


- De ce point de vue, l'idée directrice du numéro d'Éléments, comme quoi "L'avenir n'est écrit nulle part", me semble relever d'un sain état d'esprit. Je suis plus sceptique sur la manière d'« ouverture à gauche » qui permet certes à la revue, à travers des interviews de Michel Onfray et Jacques Sapir, d'élargir son audience et d'essayer de contribuer à la création d'un front anti-libéral, anti-capitaliste, anti-Forme capital, anti-UMPS, etc., mais dont je ne suis pas certain que, menée ainsi, elle soit politiquement productive ni intellectuellement intéressante. D'abord parce que les interviews en question, entre un M. Onfray toujours aussi préoccupé par l'image qu'il donne et un J. Sapir désespérément matérialiste, se lisent avec ennui. Ensuite et surtout parce qu'il y a un côté à la fois faux cul et approximatif dans cette approche. Il y a une thèse d'ensemble, un fil directeur dans Éléments, j'y souscris sans peine : par rapport et par opposition au refus de toute limite qui est celui du capitalisme, il faut retrouver un sens des limites, de la mesure, de la finitude. Que l'on retrouve cette idée dans à peu près tous les articles, dont les sujets sont pourtant censés être variés, donne à penser que l'idée en question ouvre tout de même un peu trop de portes théoriques pour être tout à fait honnête, mais, plus profondément, renvoie à son aspect essentiellement négatif, au moins dans la façon dont elle est communément exprimée dans la revue.

Ici comme souvent à ce comptoir, je m'efforce de tenir ensemble des positions que l'on estime souvent contradictoires, faute de les considérer avec suffisamment de rigueur. En l'occurrence, je ne pense pas du tout qu'Alain de Benoist soit un dangereux fasciste qui s'avance et s'enfonce comme un coin dans la contestation dite de gauche, masqué par la protection de l'étendue de sa culture intellectuelle et une forme de neutralité humaniste. Mais, à l'inverse, je lui reproche d'avancé masqué par le flou qu'il entretient sur ses propres positions. Le stratège ici nuit au penseur - à moins qu'il ne permette au penseur de moins penser, je ne sais pas. Il en est d'Éléments comme de n'importe quelle revue politique, ou de n'importe quel programme politique : on ne peut pas être simplement « anti ». On est « anti » à partir de certaines valeurs, les valeurs étant des définitions, et par conséquent, à un moment où un autre, des affirmations, ce qui n'a pas de rapport direct avec la structure grammaticale de leurs formulations ("Tu ne tueras point" implique quelque chose d'affirmatif sur la vie). Or, la thèse anti-capitaliste que tous les participants à Éléments reprennent à leur compte n'est pas suffisante en tant que telle. Outre que le capitalisme ne s'est pas toujours aussi nettement manifesté que dans la période actuelle par son caractère illimité, il faut aussi dire pourquoi on se doit ou se devrait de faire l'éloge de la finitude. La finitude de certains païens, les sceptiques à la Marc-Aurèle par exemple, n'est pas du tout la même chose que la finitude résultant du péché originel : surtout, la conception des limites que ces deux types de finitude entraînent ne sont pas faites pour se rejoindre. Pour le dire rapidement, la finitude chrétienne a quelque chose d'une prise d'élan vers l'infini, elle est une forme paradoxale d'incitation à repousser ses limites à partir d'une modestie première, ce qui n'a pas grand-chose de commun avec un certain sens païen de la mesure, de la clôture, du refus de l'excès (Heil Chesterton, apologétique chrétien, je cite mes sources, je n'ai pas trouvé mieux sur le sujet).

On peut répondre que, par rapport aux innombrables dégâts provoqués par le capitalisme actuel, ces distinctions doivent passer à l'arrière-plan et qu'une sorte d'union des hommes de bonne volonté non capitalistes est plus urgente que de s'attarder sur des questions qui semblent quelque peu secondaires aux individus plus ou moins « sortis de la religion » d'aujourd'hui (A. de Benoist a souvent cité Marcel Gauchet). Sans compter que faire entrer l'Islam (et donc certains musulmans français en qui l'on voit des alliés potentiels) dans ces cadres est pour le moins incommode. Tout cela se tient, je peux aisément admettre l'intérêt politique des malentendus constructifs. Il manque néanmoins ici une articulation logique. On ne peut décrire le capitalisme seulement par les dégâts illimités qu'il commet : si pour une raison, technologique par exemple, il en commettait moins et se mettait à tourner plus rond, deviendrait-il moralement plus admissible ? Il n'y a pas à douter que beaucoup des lecteurs « de gauche » et « de droite » d'Éléments le penseraient, ou à tout le moins n'auraient guère de raisons théoriques de ne pas le penser.

Ceci - ou ce type de raisonnement - est valable aussi pour la vision qu'Alain Soral nous propose de la France des années 50 et du début des années 60 : que la période ait pu être pour beaucoup agréable à vivre, je veux bien, mais elle a conduit aux années 70. Après tout, une bonne part des revendications émises par les jeunes de Mai 68 revenait à demander à leurs parents le droit de se comporter comme eux, mais plus tôt et avec moins d'hypocrisie (ou de sagesse, c'est selon). Et comme l'État - et l'État gaullien si cher à Alain Soral - leur avait donné la possibilité technique, grâce à la pilule, et légale, en légalisant la contraception, de baiser dans tous les sens comme leurs aînés, mais avec moins de risques de gamins, donc moins de mariages plus ou moins forcés, moins de contraintes, moins de divorces aussi (ceci avant que le mariage ne revienne à la mode), d'une part on comprend que ces jeunes aient manifesté leur impatience, d'autre part on ne voit pas ce que leurs parents - qui traînaient de surcroît le poids de la défaite de 40 et de tout ce qui s'ensuivit, mais ceci est peut-être une autre histoire - pouvaient bien leur répondre. - D'ailleurs, ils ne répondirent finalement pas grand-chose.

(Mai 68 eût-il eu lieu sans la pilule - la pilule qui fait déborder le vase… -, c'est une vraie question. Il est d'autant plus aisé de clamer la légitimité de la baise universelle lorsqu'on n'a plus à se poser la question des conséquences du coït - ceci avant que le Sida, ou ce qui en tient lieu, ne vienne rappeler à l'espèce humaine (et d'abord aux représentants les plus bestiaux de cette espèce, comme dirait Manny Pacquiao) que le sexe est le sexe et autre chose que le sexe… Dans cette optique le pourtant catholique de Gaulle se serait suicidé avec cette pilule - comme d'autres se suicident en avalant une pilule à l'arsenic… Qui vit en agent double meurt en agent double ?)

- Tant que j'y suis à dire du mal du Général, je remarquerai une autre inconséquence chez ce catholique proclamé, sa difficulté bien connue à pardonner à ses adversaires vaincus. Pardonner n'est pas plus aisé à un catholique qu'à un autre, mais il est censé avoir plus à coeur de surmonter ce genre de difficulté. Passons pour ce jour.

(Le sexe n'est que le sexe, c'est vrai pour les animaux… et les homosexuels ? Oui, mais dans le sens inverse de ce qu'ont compris les gens aux propos de Manny Pacquiao : le sexe homosexuel est déconnecté de la possibilité de la reproduction, c'est précisément en quoi il lui manque l'ambivalence de l'union normale, qui se débat si j'ose dire avec l'aspect animal de la chose (encore une histoire de finitude, soit dit en passant). Si M. Pacquiao choque, ce n'est pas parce qu'il n'aime pas les pédés, c'est parce que, à travers sa comparaison avec les animaux, il touche du doigt ce fait que dans notre univers de contraception presque 100% efficace, de déconnexion du sexe d'avec la reproduction (qui deviendra peut-être, du coup, un jour, un univers sans sexe, d'ailleurs, puisque l'espèce se reproduira sans s'unir…), nous baisons tous plus ou moins comme des pédés… et que nous n'aimons pas qu'un boxeur philippin nous y fasse inconsciemment penser.)


Bon, j'étais parti pour un petit détour par de Gaulle et Soral, et je me suis laissé entraîner… Revenons à notre idée principale du jour, telle que la lecture d'Éléments me l'a suggérée : il importe, autant bien sûr que faire se peut, de ne pas confondre un moment historique, ou une conjoncture par définition momentanée, avec une vérité logique. Je pourrais d'ailleurs le formuler à partir des questions écologiques : être anticapitaliste parce que notre planète souffre des dommages que l'économie capitaliste, dans son fonctionnement actuel, lui cause, c'est une position sentimentale et d'un point de vue conceptuel insuffisante. Car là encore, si le système parvient, grâce à quelques innovations technologiques lucratives, à être plus « respectueux de l'environnement », à partir de quel angle de vue pourra-t-on alors critiquer le capitalisme ?


En clair : si le capitalisme est une monstruosité anthropologique et morale en tant que tel, il n'est pas réformable. Tout au plus peut-on souhaiter qu'il soit contenu dans ses effets les plus destructeurs, tant qu'il ne cède pas la place à un système, non pas plus humain, mais humain. Si le capitalisme est une monstruosité parce qu'il a des effets monstrueux, il se peut qu'il soit réformable. A la lecture d'Éléments - ou, en tout cas, des thèmes les plus ressassés par les auteurs des articles des deux derniers numéros -, on ne voit pas à partir de quelles notions morales absolues le capitalisme est jugé. Et ceci n'est pas qu'une objection de théoricien en chambre, tant le système capitaliste a pu être capable - et certes ce n'est pas en ce moment sa qualité la plus visible… - de battre en retraite, même sur des points importants, et même en protestant vertement, aussi longtemps que l'essentiel était préservé : la structure capitaliste des esprits - laquelle, sous le nom de mondialisation, gagne encore et toujours du terrain.


La vierge toujours t'aura déjà jugé.


P.S. aux lecteurs de Jean-Pierre Voyer, et notamment de sa correspondance avec Serge Latouche (cité dans ce numéro d'Éléments - à toutes fins utiles, je signale que l'idée que "l'économie n'existe pas" est de J.-P. Voyer…) dans Hécatombe. Au cours de cette controverse, J.-P. Voyer insiste sur le caractère intrinsèquement dégueulasse de la condition de salarié, ou, c'est justement la même chose, d'esclave salarié. Ce à quoi S. Latouche lui répond qu'en tant que professeur plutôt bien payé et qui travaille sur ce qui l'intéresse il ne voit pas en quoi il est un esclave. Avec Mme El Khomri (la France, colonie marocaine…), il est probable que beaucoup d'esclaves salariés vont mieux comprendre en quoi ils sont esclaves, mais il faut insister là-dessus : l'esclavage était déjà là. Plus supportable, il est vrai, mais déjà là. Le système était déjà dégueulasse, avec Mme El Khomri il sera, si l'on peut dire, mieux dégueulasse. Jean-Pierre Voyer avait raison il y a trente ans, Serge Latouche avait tort il y a trente ans. La vérité ne varie pas.