samedi 21 octobre 2017

Le politiquement correct c'est la mort, le politiquement correct, c'est le suicide collectif.

(Même de ceux qui n'ont pas de pulsion suicidaire !)


"L’un des caractères dominants de ce qu’on nomme, avec une grandiloquence qui, aujourd’hui, sonne faux, l’Occident, c’est-à-dire principalement l’Europe et ses prolongements extra-européens, en particulier ce repiquage grandiose, l’Amérique, l’un des caractères dominants de cette culture, ou de cette succession de cultures, est d’avoir assumé, pour le meilleur et pour le pire, la vérité comme valeur. Entre l’intérieur et l’extérieur, entre la discipline de l’intellect, et l’efficacité des actes, qui s’est traduite effectivement par une hégémonie mondiale (elle n’est pas ou pas encore aujourd’hui disparue), la valeur vérité a été et reste le moyen terme. Les deux sésames ouvre-toi des temps modernes en Europe : l’inscription baconienne : on ne commande à la nature qu’en lui obéissant, et la maxime de hobbes : scientia propter potentiam, la science pour la puissance, ont des effets identiques : transformation du monde sans précédent, décuplement de la puissance propre de l’intellect, qui, de plus en plus clairement, s’éprouve et se situe lui-même comme le siège de la puissance. Les sociétés les plus développées aujourd’hui ne se conçoivent seulement pas sans un ordre, un état comparable au clergé de notre ancien régime, le scientific estate, la science organisée, dans ses universités, ses instituts de recherche, ses « grandes écoles ». Et ce qu’on nomme aujourd’hui développement est fonction de cette « science organisée ». Organisation du savoir et sociétés développées réciproquement sont fonction l’une de l’autre. La dépendance mutuelle des deux paramètres est rigoureuse. Or, c’est le service constant, continu, opiniâtre, humble et multiforme de la valeur vérité, qui a conduit là. Nous devons à cette puissance de la vérité dans les sociétés occidentales une inextinguible volonté de perception de tous les faits et de mise en question de toutes les idées. Et ceci n’explique pas seulement le succès historique de l’Occident, mais sert à en définir l’essence même. Lorsque l’observateur ne pourra plus enregistrer un tel fait psychologique, ou sociologique (ce sont deux manières d’enregistrer), cette culture aura vécu. Ce n’est pas de notre part un jugement négatif - il est d’autres cultures, d’autres possibilités humaines, d’autres espoirs - c’est la simple considération d’une éventualité : lorsqu’il sera irrémissiblement acquis que La Vérité n’est plus maîtresse, il s’agira d’autre chose que de cette culture occidentale."

Jules Monnerot, 1970.

vendredi 20 octobre 2017

"...L'automne vient d'arriver."

Continuons à citer le portrait de saint François de Sales par Ernest Hello : 

"Cet homme cause toujours de près avec le lecteur. Il ne lui échappe pas par ces excursions, ces ascensions ou ces absorptions qui séparent pour un moment celui qui parle de celui qui écoute. Il n’est jamais anéanti sous le poids de sa pensée ; ce qu’il dit ne succombe pas sous ce qu’il voudrait dire. 

Il parle en vieux français. On pourrait croire que ceci est seulement une affaire de date, que le fait de parler en vieux français tient au temps où l’on parle et non à l’homme qui parle. Malgré la très grande vraisemblance, le vieux français ne tient pas seulement à la date où il est parlé : il tient au caractère de celui qui parle. Jeanne de Chantal est contemporaine de saint François de Sales. Elle ne parle pas en vieux français. Elle emploie des mots qui appartiennent au vieux français, parce que ce fait résulte de la nature des choses et de l’état de la langue au moment où elle écrivait. Mais ces mots, qui, sous la plume de saint François de Sales, forment le vieux français, ne constituent pas la même langue chez Jeanne de Chantal. C’est que le vieux français est un style ; donc il est un secret. Il ne suffit pas pour l’avoir parlé d’être né à une certaine époque, il faut avoir possédé un certain esprit. Cet esprit, quel est-il ? Quel est le caractère de cette langue ? - C’est la naïveté. 

La naïveté n’est pas la simplicité. Elle est un genre à part de la simplicité, une simplicité particulière qui a un tempérament à elle. (…) [Saint François de Sales] a le droit de parler comme il pense. Il agit en chrétien et en prêtre. La pensée de produire un effet quelconque est si loin de lui, qu’on oublie de le remarquer : (…) ressemblance avec les enfants. Il est vrai qu’à l’heure présente ceux-ci sont occupés à perdre la naïveté, et je me sers à dessein du mot occupés, car c’est de leur part un rude travail : la naïveté, chassée de l’enfance, se réfugie dans la campagne. Les villages ont une langue à part qui ressemble beaucoup au vieux français, et par une rencontre qui n’est pas fortuite, le vieux français parle toujours de la campagne et lui demande toujours des comparaisons. Un des caractères qui distinguent le vieux français, la langue des villages, et le style de saint François de Sales, c’est l’absence d’ironie. L’ironie, qui est excellente à sa place, et, par cela même qu’elle est excellente à sa place, est détestable et funeste dès qu’elle arrive mal à propos, et elle arrive souvent mal à propos, l’ironie est due au mal, à l’erreur, au péché. (…) Cette arme puissante et redoutable a été empoisonnée par la corruption de l’homme. L’ironie a trahi la vérité : au lieu d’écraser le mal, elle s’est tournée contre les choses simples, naïves, innocentes, dans le sens sérieux de ce mot trop souvent rabaissé. L’ironie alors est devenue la moquerie. La moquerie est une chose basse ; c’est le ricanement de l’amour-propre. (…) La moquerie, qui est myope, prend la naïveté pour la niaiserie, pendant que la sottise prend la niaiserie pour la naïveté. Entre la niaiserie et la naïveté la différence est radicale. Dans la niaiserie la pensée est faible, le sentiment mollasse, et l’expression langoureuse. Dans la naïveté la pensée est précise, le sentiment vigoureux et l’expression imprévue. La moquerie, qui les confond, ôte à l’écrivain la liberté des choses intimes, qui ne veulent être montrées qu’à des regards purs. Cette contrainte domine toute la littérature moderne, qui ne s’en doute pas. Cette littérature, qui se croit très libre, est esclave du lecteur, qu’elle méprise. Elle craint la moquerie. Or, l’absence de cette crainte est un des caractères du vieux français, et particulièrement un des caractères de saint François de Sales. Cet homme parle comme il pense. (…)

Presque personne n’a parlé le français comme lui ; c’est pourquoi, si ces choses étaient étonnantes, il faudrait s’étonner de l’oubli où l’ont laissé les littérateurs. (…)

L’étymologie nous rappelle, même malgré nous, que la langue française réclame par-dessus toutes les autres langues la franchise. Saint François de Sales est franc comme peu d’hommes l’ont été."

Quoi qu’il en soit de cette étymologie et de ce qu’elle est supposé impliquer, j’ai cité ce texte entre autres raisons pour le lien qu’il tisse entre l’ancien français (qui est effectivement une caractéristique immédiatement frappante du style de saint François de Sales), les racines rurales de cette langue, et l’état d’esprit, disons direct, qu’elle porte avec elle. Il paraît que dans les romans de Chesterton - je n’en ai jamais lu - on croise souvent un vieux paysan français qui ne se prive pas de dire ce qu’il pense des utopies (dites) modernes, avec un bon sens qui en fait le porte-parole de l’auteur. Cela va vans le même sens… qui n’est pas celui qui nous porte actuellement. Je le rappelle de temps à autre, la France a longtemps d’abord été un pays profondément rural : ce n’est pas parce que les artistes français ont pu s’opposer, pour certains d’entre eux, à cet arrière-plan campagnard, qu’ils n’en ont pas été imprégnés, aussi bien physiquement - les paysages, l’alimentation… - que spirituellement (l’éducation au sens le plus large). Et j’ai du mal à croire qu’il n’y a pas un rapport entre les difficultés des agriculteurs, comme on dit maintenant, qui souffrent dans l’indifférence générale (y compris celle des contempteurs gauchistes de la malbouffe), et l’état de notre langue comme de notre spiritualité, encore plus gangrenée qu’à l’époque de Hello par l’ironie et la peur de la moquerie. (Même si, de ce point de vue, il y a quelques signes favorables, plus qu’il y a une quinzaine d’années). 


Concluons et répétons : on sous-estime je crois trop souvent l’importance de ce basculement démographique de la ruralité aux villes depuis quelques décennies, basculement qui concerne maintenant, à ce qu’il paraît, surtout les grandes villes (et ne contribue pas à les rendre vivables, si elles évoluent toutes comme la capitale). C’est pourtant un phénomène historique aux ramifications multiples, y compris, donc, dans notre langue comme dans son esprit. Ce qui n’est pas pour remonter le moral, mais tant pis.

jeudi 19 octobre 2017

Le plus beau mensonge du cinéma.

(Et il y en a).

"C'était beau, le Mexique ?

 - Oui, Simon. Très beau."

En hommage à Danielle Darrieux, et non sans lien avec les débats récents sur le charme et la séduction.


"Notre vie joue en alternance / La tragédie de l'existence / et la comédie du bonheur..."

mercredi 18 octobre 2017

"Presto, non sono piu forte..."

Puisque les accusations contre un ignoble producteur juif hollywoodien prédateur sexuel (je laisse l’inconscient de chacun établir des liens entre ces différentes précisions, ce n’est pas mon problème) tourne dans l’esprit de certain-e-s (pf ! même pour rigoler ça me dégoûte d’écrire comme ça) au procès contre l’homme-hétérosexuel-blanc-et-riche-et-sa-trop-fameuse-culture-du-viol, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler quelques petits principes concernant ce qu’il n’est pas encore tout à fait désuet d’appeler la séduction. 

Je prends donc pour point de départ le duo de l’opéra de Mozart Don Giovanni (Là ci darem la mano, pour ceux qui veulent googler), à ma connaissance LE duo de séduction dans l’histoire de l’opéra. Il se trouve qu’il y a du Weinstein chez Don Giovanni : riche, puissant, cynique, égoïste, il n’hésite pas utiliser toutes les armes à sa disposition pour séduire. Et si cela ne suffit pas, il peut lui arriver d’essayer de forcer physiquement l’entrée du chemin qui lui est explicitement fermé - la pauvre Zerlina, celle-là même qu’il a réussi à séduire, mais sans pouvoir coucher avec elle, dans le duo en question, est tout près d’être violée à la fin de l’acte I et ne doit certes pas son salut à la mansuétude ou à des remords de son agresseur. 

Mais s’il n’est pas sympathique, il peut être charmant, et il est bien sûr séduisant. (C’est d’ailleurs, soit dit en passant, le problème de certains interprètes du rôle, qui n’ont aucun charisme : même s’ils chantent bien, l’essentiel leur fait défaut.) Et le plus bel exemple, dans l’opéra, en est donc ce fameux duo, parce que Mozart et son librettiste Da Ponte jouent à merveille du contrepoint des émotions de la naïve (au moins dans ce passage, et encore pas tout à fait) Zerlina en face de la stratégie de conquête de Don Giovanni. 

Charme, charisme ; stratégie, conquête : j’utilise des champs lexicaux bien déterminés, celui de la magie d’une part, celui de la guerre d’autre part. La séduction en effet est au carrefour de ces deux domaines, celui de l’irrationnel et celui de la lutte. Une lutte à deux qui fait beaucoup plus fond sur la réciprocité agonistique (que dois-tu faire pour m’attirer ? fais-le plus, fais-le mieux ; je veux bien te guider, mais je peux pas tout faire tout(e) seul(e)), que sur une quelconque égalité. A l’homme de faire perdre à la tête à la femme qui, si elle est en train d'être séduite, ne demande qu’à s’oublier mais qui cherche, discrètement et dans un jeu qui peut être paradoxal ou fort subtil avec sa propre conscience, à amener l’homme à la séduire assez pour qu’elle s’oublie. "Vorrei et non vorrei", chante Zerlina, qui n’attend qu’une chose, que Don Giovanni la convainque de vouloir - puis "Presto, non sono piu forte…"

On parle du jeu de la séduction : jeu, c’est aussi le terme utilisé quand quelque chose ne tient pas totalement, une prise, une corde - "il y a du jeu". La séduction est ludique et n’est pas une science exacte, il y a du flou de l’imprécis… Autant de choses que l’on ne peut pas réguler. 

Bien sûr, le schéma que j’ai décrit et qui est celui du duo de Mozart n’est pas le seul que l’on puisse envisager. Bien sûr les choses sont parfois plus explicites, bien sûr parfois la femme prend plus l’initiative (ce qui n’est pas sans évoquer, ma remarque sans devoir être surinterprétée n’est pas innocente, le schéma récurrent de la pornographie américaine actuelle, où la femme fait pour ainsi dire tout), bien sûr enfin les histoires d’amour se déroulent ensuite comme elles le doivent, sans que la façon dont elles ont commencé en détermine complètement la nature ni la durée. Je tenais simplement à rappeler que tout ne peut pas se légiférer, se légaliser, s’égaliser. 


"Pas d’idéologie entre les cuisses. - C’est pas sa place.", s’accordent à reconnaître un vieil anar de droite anar individualiste et une jeune et jolie gauchiste révolutionnaire, dans un film de Mocky, avant de coucher ensemble. Qui peut leur donner tort ? 

mardi 17 octobre 2017

"J'aime les filles..."

( #BalancetongrosporcdeJacquesDutronc.)

"Il y a un paradoxe à refuser les règles de l’amour courtois et de la galanterie civilisationnelle et après se plaindre d’accoucher de barbares", nous dit avec à-propos Eugénie Bastié 

(ici : https://fr.aleteia.org/2017/10/17/aujourdhui-le-christianisme-ne-menace-pas-la-femme-eugenie-bastie-repond-a-sophia-aram/).  

Je pense à la vérité que cet entretien est un peu rapide et que l'auteur (sans e !) de Adieu Mademoiselle pourrait développer un peu plus certains points, mais il faut faire vite, répondre vite, etc., et en l'espèce ce n'est pas bien grave. 

Pour l'anecdote, la polémique entre Eugénie Bastié et Sophia Aram avait commencé hier, lorsque j'ai mis en ligne mes citations de Régine Pernoud, sans avoir la moindre idée que E. Bastié s'était inspirée d'un autre ouvrage de la célèbre historienne (ici, l'accord se fait, nous parlons une langue vivante, pas un dialecte égalitaro-administratif) pour son livre. J'en profite du coup pour en placer une autre, de Matisse, cité par R. Pernoud : "La Renaissance, c'est la décadence." Je ne sais pas si c'est vrai, il est plus probable que c'est le fait que le Moyen Age était entré en décadence qui a permis à quelque chose comme la Renaissance de se produire ; "L'idée de Renaissance, c'est la décadence", me permettrais-je donc de proposer. De même que l'idée de progrès, une des idées les plus débiles que l'on puisse trouver sans doute. 

lundi 16 octobre 2017

#Balancel'ignobleantiféministeRéginePernoud

"C’est au XVIIe siècle seulement que la femme prend obligatoirement le nom de son époux ; et (…) ce n’est qu’avec le Concile de Trente, donc dans la deuxième moitié du XVIe siècle, que le consentement des parents est devenu nécessaire pour le mariage des enfants ; tout comme est devenue indispensable la sanction de l’Eglise. 

Au vieil adage des temps précédents : 
« Boire, manger, coucher ensemble
Font mariage, ce me semble

on ajoute : 

Mais il faut que l’Eglise y passe. »"


"Les progrès du libre choix des époux ont partout accompagné les progrès de la diffusion du christianisme."

dimanche 15 octobre 2017

Une constante anthropologique.

Mauss encore : 

"Être le premier, le plus beau, le plus chanceux, le plus fort et le plus riche, voilà ce qu'on cherche et comment on l'obtient. Plus tard, le chef confirme son mana en redistribuant à ses vassaux, parents, ce qu'il vient de recevoir ; il maintient son rang parmi les chefs en rendant bracelets contre colliers, hospitalité contre visites, et ainsi de suite... Dans ce cas la richesse est, à tout point de vue, autant un moyen de prestige qu'une chose d'utilité. Mais est-il sûr qu'il en soit autrement parmi nous et que même chez nous la richesse ne soit pas avant tout le moyen de commander aux hommes ?"

Demandez, dans des registres différents, à MM. Zuckerberg ou Weinstein ce qu'ils en pensent. D'une certaine façon les riches vivent dans un univers moins utilitariste que le nôtre, plus explicitement enchanté. Mêmes médiocres, ils finissent par comprendre que la richesse, c'est autre chose que : plus d'argent que les pauvres. C'est : pouvoir, séduction, manipulation, prestige...

samedi 14 octobre 2017

"Nous ne le savons que trop."

Pardon pour la mise en page et la présentation... Le lien (cela vient d'un autre site, L'homme nouveau, qui demande à être cité, dont acte) : http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2016/11/11/patrick-buisson-il-est-temps-de-refermer-le-cycle-des-lumieres.html#.WdhnbF87IHU.twitter

La citation : 

"Le phénomène de déchristianisation propre à notre modernité et au développement du mythe du progrès n’a été rien d’autre, à bien l’examiner, qu’un christianisme inversé. Il a correspondu à ce moment de l’histoire – la sécularisation – où les grands thèmes théologiques ont été non pas abandonnés mais retranscrits sous une forme profane. De ce point de vue, il est parfaitement exact de dire que capitalisme et communisme qui se disputent le monopole de l’idéologie du progrès depuis le XIXe siècle, relèvent d’idées chrétiennes ramenées sur terre, de ces « idées chrétiennes devenues folles » dont parlait Chesterton. D’un côté, la prédestination protestante. De l’autre, le déterminisme marxiste. D’une part, l’obéissance à la volonté divine jusqu’à la négation de la liberté humaine. D’autre part, l’amour de l’homme jusqu’à la mort de Dieu. La ruine de ces deux idéologies à la fois rivales et jumelles laisse le champ libre à une politique de l’espérance. Le grand mystère chrétien laïcisé, désormais libéré de ces derniers avatars, se trouve disponible pour une autre incarnation, une autre aventure. Régis Debray notait que le fait majeur de la fin du XXe siècle aura été « la fin de la politique comme religion et le retour de la religion comme politique ». C’est vrai pour l’islam et nous ne le savons que trop. En France comme dans les pays qui formaient jadis la chrétienté, un État théologico-politique n’est nullement souhaitable. Mais nous disposons en revanche d’un patrimoine historique et spirituel dont peuvent renaître les déterminants directs de l’établissement. En d’autres termes, une politique de civilisation répondant à la volonté, de plus en plus manifeste, du peuple français, de retrouver en partage un monde commun de valeurs, de signes et de symboles qui ne demande qu’à resurgir à la faveur des épreuves présentes et des épreuves à venir."



"Le cycle ouvert par les Lumières est en train de se refermer. Nous ne sommes qu’à l’aurore d’une nouvelle ère et nous voudrions déjà cueillir les fruits de la maturité. En fait, nous ne supportons pas l’idée que ces grandes questions de civilisation ne reçoivent pas de réponse dans la temporalité qui est celle de nos vies humaines."





Patrick Buisson a parfaitement raison sur ce dernier point, un peu d'humilité dans notre gueule - et c'est pour ça que ceux qui poursuivent un but et qui acceptent de ne pas le voir réalisé de leur vivant ont un avantage sur les prétentieux qui ne se résolvent pas à ne pas voir leur action couronnée de succès. La gauche d'esprit messianico-marxiste a besoin d'un messie : le prolétariat, les pédés, les migrants, les femmes, etc., cela lui donne un but. - Mais de notre côté, il y a quelque chose de rationnel dans l'évaluation de nos chances de succès qui nous ramène à une forme de croyance - la difficulté pour les chrétiens résidant dans le fait que leur Messie est déjà venu.

vendredi 13 octobre 2017

A propos d'une interview de E. Balladur, E&R écrit :

"La grande question est : la France pouvait-elle, en 1995, soit 20 ans après les lois sur l’immigration massive décidées par le duo Giscard-Veil, freiner ou inverser la courbe migratoire dont on voit le désolant résultat dans nos rues aujourd’hui ? À Paris, dans le RER, des familles entières mendient, lançant les enfants dans les pattes des usagers, qui ne savent plus quoi faire. Sans nous départir du respect que l’on doit à tout être humain, on nous balance toute cette merde sur la gueule et on voudrait qu’on soit polis, patients, gentils, antiracistes ? Mais c’est une véritable escroquerie !

La France et les Français se font agresser quotidiennement par cet étalage grandissant de misère, de connerie et d’hébétude, un robinet à migrants complètement défoncés d’ignorance, un miséroduc qui n’en finit plus de dégueuler sur un pays construit dans le travail, la souffrance, la patience et la passion, aussi. Et on devrait foutre ça en l’air pour les beaux yeux d’une oligarchie pourrie jusqu’à la moelle ? Pas question."

Tout cela, je signe des deux mains, d'autant que je prends le métro tous les jours... La suite néanmoins me séduit moins : 

"Il s’agit de trouver une solution sans tomber dans le piège tendu : on voit bien que la Synagogue et le Temple essayent de précipiter l’Église et la Mosquée l’une contre l’autre, dans une déflagration où seules les deux premières sortiront gagnantes !"

Le lien : https://www.egaliteetreconciliation.fr/Un-jour-en-France-vendredi-13-octobre-2017-48024.html

Le problème : quoi que l'on pense des désirs du Temple et de la Synagogue à notre égard (je ne suis pas sûr que les dingues de l'UE aient besoin de ces deux vénérables édifices pour décider qu'un Grand Remplacement vaut mieux qu'un européen fatigué, mais je ne suis pas dans le secret des Bidelberg), il y a un angle mort de la pensée Soral/E&R : pourquoi les "musulmans du quotidien" sont-ils, selon eux, si sympathiques, si traditionnels, si "gauche du travail, droite des valeurs", quand les immigrés/clandestins/sans-papiers/réfugiés qui débarquent de plus en plus nombreux, sont, le plus souvent, musulmans, et pas du tout "front de la tradition" ? A quel moment et comment se fait la transmutation ? 

Le temps me manque (comme d'habitude ces jours-ci...) pour développer, je sais bien qu'il y a quelques réponses possibles, je maintiens : 1/ qu'il y a ici un angle mort, genre nuage de Tchernobyl à certains égards ; 2/que l'on ne croise malheureusement pas aussi souvent, aussi quotidiennement, les "musulmans du quotidien" dont nous parle couramment A. Soral. C'est dommage d'ailleurs. 

jeudi 12 octobre 2017

"Son originalité..."

Dans le beau portrait qu’il dresse de saint François de Sales, Ernest Hello fait une mise au point salutaire sur le rapport chrétien de l’homme à la nature. Après avoir cité saint François, il enchaîne : 

"L’intention littéraire est absente de ce tableau, et cette parole a une grâce singulière, exquise, naïve, qui échappe à ceux qui la cherchent. Le sens de la nature est charmant pour saint François de Sales, et charmant pour cette raison même que la nature est pour lui, ce qu’elle est en effet, un moyen et non un but. Elle est l’instrument sur lequel il s’accompagne pour chanter. Elle n’est jamais, comme il arrive aux faux poètes, la beauté même vers laquelle vont les chants. L’amour de saint François la trouve sur sa route ; il la trouve sans la chercher, tout simplement parce qu’elle est là, et, sans jamais s’arrêter à elle, il la traverse et l’emporte sur ses ailes vers le ciel où il va.

Ainsi vue à la clarté d’en haut, la création prend un goût exquis qu’elle n’a jamais chez les hommes qui l’aiment pour elle-même et la fêtent, au lieu de fêter Dieu. La création est une barrière quand elle n’est pas un marchepied ; elle apparaît comme une limite, chez le faux poète, qui s’embourbe au milieu d’elle ; pour saint François, elle est une harpe, et ses doigts, promenés sur les cordes, lancent des sons qui montent toujours."

La suite abordant un autre sujet (sur lequel j’espère revenir), arrêtons-nous là pour aujourd’hui, et synthétisons. Dans le 19e siècle à travers des âges, P. Muray est parfois étonnamment agressif à l’égard de la nature, ou de la Nature, ou de l’idée de nature. La parole de Muray n’est certes pas toute d’évangile, mais je gardais ceci, que je ne m’expliquais pas bien, dans un coin de ma tête, lorsque j’ai trouvé la clé… grâce à Guy Debord et son vieil adversaire, Jean-Pierre Voyer, que Dieu le bénisse (encore que si Dieu lui avait donné la foi, la philosophie française y eût gagné trente ans, mais ceci, si ce n’est pas à proprement parler une autre histoire, n’est pas tout à fait notre sujet du jour). 


Le dit Voyer, donc, râlait avec sa verve et sa vigueur personnelles contre les thématiques écologistes, notamment, mais pas seulement, dans la veine nostalgique du Debord des années 80 : il n’y a plus rien de bon, de vrai, d’authentique, tout est pollué et travesti, les bouteilles de vin ont les mêmes étiquettes qu’avant mais on ne peut plus les boire, etc. Je n’ai pas le temps aujourd’hui de vous retrouver les citations précises d’un côté comme de l’autre, mais la réponse de J.-P. Voyer était en gros : qu’importe le cadre de vie ou la qualité de la bouffe, si les gens se font chier entre eux. (La philosophie de Jean-Pierre Voyer est je le rappelle une philosophie de la relation et de la communication). Je repensais à cela, qui ne doit pas être considéré comme un mépris utopique ou hypocrite de la bonne bouffe et de la beauté de la nature, quand je suis tombé sur ce passage de Ernest Hello, qui a fini de m’expliquer et m’a permis de mieux formuler ce que j’étais en train de comprendre. Les arbres pour les arbres, on s’en tape. Les arbres comme partie du sens du monde, sens donné au monde par les relations des hommes entre eux chez JPV, par les rapports de la nature et du surnaturel chez François de Sales et Hello, on ne s’en fout pas. Ceux qui détruisent la nature pour des fins mercantiles doivent être combattus, mais ceux qui l’idéalisent pour elle-même n’ont pas tout compris au film - ce qui peut nuire d’ailleurs à leur discours. Il est logique de reprocher à Jacques Attali sa formule selon laquelle la nature est notre « ennemie », mais il serait fou de nier qu’elle le devient à l’occasion. Quant à Muray, je pense - tempérament personnel ? Christianisme un peu trop rigoriste et désenchanté ? Provocation par rapport aux écolos de son époque ? - qu’il pousse un peu trop loin le bouchon. Ce qu’avec mon tempérament que vous savez plein de douceur ("Son originalité fut d’être doux", écrit encore Hello de François de Sales) je lui pardonne aisément. A demain ! 

mercredi 11 octobre 2017

"Les Ukrainiens n'ont jamais été une nation."

Décidément, notre ami Mauss est un allié de poids dans la lutte pour un monde multipolaire sensé... D'autres réflexions, toujours un peu en vrac : 

"En troisième lieu, une nation croit à sa civilisation, à ses mœurs, ses arts industriels et ses beaux-arts. Elle a le fétichisme de sa littérature, de sa plastique, de sa science, de sa technique, de sa morale, de sa tradition, de son caractère en un mot. Elle a presque toujours l'illusion d'être la première du monde. Elle enseigne sa littérature comme si elle était la seule, la science comme si elle seule y avait collaboré, les techniques comme si elle les avait inventées, et son histoire et sa morale comme si elles étaient les meilleures et les plus belles. Il y a là une fatuité naturelle, en partie causée par l'ignorance et le sophisme politique, mais souvent par les nécessités de l'éducation. Les plus petites nations n'y échappent pas."

"Le nombre des nations devient singulièrement restreint. Elles apparaissent, surtout les grandes, comme de belles fleurs, mais encore rares et fragiles de la civilisation et du progrès humain. Les premières furent petites, ce furent les cités grecques. La première grande fut Rome. Depuis, je ne compte guère que sept ou huit grandes nations et une douzaine de petites dans toute l'histoire."

"Alors que c'est la nation qui fait la tradition, on cherche à reconstituer celle-ci autour de la tradition."

Et cet avertissement sincère, en 1924 : 

"Vous dites qu'un régime collectiviste serait moins productif qu'un régime de propriété privée. En tant que socialiste, et en tant qu'homme qui a peut-être plus vécu que vous avec les ouvriers, je vous dirai franchement que c'est là, en effet, la pierre d'achoppement pour le socialisme, et l'objet secret de mes craintes."

mardi 10 octobre 2017

"France is not France anymore..."

Là-dessus, l'horrible facho-américano-vulgaro-Macdo Trump et le génial sociologue juif de gauche sont d'accord, voilà la définition que Mauss donne de la nation : 


"Nous entendons par nation une société matériellement et moralement intégrée, à pouvoir central stable, permanent, à frontières déterminées, à relative unité morale, mentale et culturelle des habitants qui adhèrent consciemment à l'État et à ses lois."

- L'arnaque de certains, des gauchistes à quelqu'un comme Marc-Édouard Nabe, c'est de suggérer qu'adhérer à une telle définition, regretter l'actuel bordel ambiant, et surtout craindre que ce bordel ne dégénère en quelque chose de vraiment grave (pour nous ? oui, pour nous), c'est de suggérer que tout cela implique un nationalisme ardent ou une volonté de fusion de tout le monde dans une identité fêtée en permanence, sous peine d'excommunication. Alors que chez la majorité des gens, c'est le contraire ! L'avantage de la stabilité, de la sécurité, de la "relative unité morale", c'est d'avoir la paix pour travailler à ce que l'on veut, des bouquins, des films, une collection de papillons, un fétichisme sexuel, une passion pour les vieilles voitures, que sais-je. C'est justement le cadre collectif stable qui permet, sous certaines conditions et dans certaines limites, de se déprendre de la collectivité. 

Et d'ailleurs, il semble difficile de soutenir que l'affaiblissement actuel de la nation provoque un accroissement de la liberté individuelle. 

lundi 9 octobre 2017

"Soumettez-vous donc. Vous ne pouvez ? - J’en vois la cause...

...Vous voulez juger par vous-même ; vous voulez faire votre règle de votre jugement ; vous voulez être plus savant et plus éclairé que les autres ; vous vous croyez ravili en suivant le chemin battu, les voies communes ; vous voulez être auteur, inventeur, vous élever au-dessus des autres par la singularité de vos sentiments ; en un mot, vous voulez, ou vous faire un nom parmi les hommes, ou vous admirer vous-même en secret comme un homme extraordinaire. Aveugle, conducteur d’aveugles, en quel abîme vous allez vous précipiter, avec tous ceux qui vous suivront ! Si vous étiez tout à fait aveugle, vous trouveriez quelque excuse dans votre ignorance. Mais vous dites : Nous voyons, nous entendons tout, et le secret de l’Écriture nous est révélé : « Votre péché demeure en vous »." 


Bossuet - et Jean, IX, 41, pour la sentence finale. - Et Bibi, je me suis permis de changer un peu la ponctuation dans le tout début. 

dimanche 8 octobre 2017

Génie pratique.

Je suis le premier à être conscient que les livraisons actuelles sont un peu paresseuses et décousues. Le temps me manque, l’apparition de divers problèmes techniques n’arrange pas les choses, j’en suis réduit à juxtaposer des réflexions (de Mauss, encore une fois) un peu disparates, et sans les commenter. Mes intentions ne sont donc pas aussi claires que je le souhaiterais ; au moins pouvez-vous profiter de la prose d’un des grands esprits du siècle précédent. La relecture de ces notes confirmant que Mauss avait quelque chose d’un savant fou (il finit d’ailleurs, sous le coup de l’émotion provoquée en lui par le génocide des Juifs, plus fou encore que savant), et que le diagnostic à son endroit de Sylvain Lévi était justifié : "Je ne doute pas de son génie ; je doute plutôt de sa régularité." Mais allons-y : 

"Les faits eux-mêmes, qu'il s'agit d'observer, disparaissent chaque jour. On peut attendre pour déterrer des ruines ou des monuments préhistoriques, on ne peut attendre pour observer des populations encore vivantes, des langues qui vont bientôt être remplacées par des sabirs, des civilisations qui vont céder à la contagion de notre uniforme culture occidentale. Il faut se hâter de rentrer la récolte, dans peu de temps elle sera pourrie sur pied. Le temps, chaque jour entame la vie des races, des choses, des objets, des faits. Et il agit très vite."

"Il fallait sans doute que les États fussent unifiés par la volonté du prince, expression suprême bien qu'inconsciente de la volonté des peuples."

"Les peuples anglo-saxons ont en effet un génie pratique qui leur fait inventer des formes de droit capitales, mais ils ont en même temps une sorte de timidité idéologique qui fait perdre conscience du caractère révolutionnaire de leurs interventions politiques. Tout autrement pensent les Révolutions continentales, la française et l'allemande."


"Le pouvoir peut être loin et bien différent des gens gouvernés ; ceux-ci peuvent vivre leur vie sociale de tous les jours de façon indépendante : les « joint family », les villages slaves, hindous, irlandais, continuèrent à vivre avec la superposition des aristocraties, des despotismes, ou des deux, Les villages annamites et chinois sont dans leur forme familiale et populaire les vrais organes de la vie sociale dans ces Pays. Il faudrait que le sociologue (et l'homme politique) n'en restât pas au simplisme intellectualiste, mais que vraiment, comme le psychologue et le médecin, il s'habituât a concevoir que les hommes peuvent vouloir, penser et sentir des choses contradictoires, dans le même temps ou dans des temps successifs. La Prusse, type de la royauté de droit divin, l'est en même temps de droit populaire. Il n'y a là que deux prétentions mais elles sont encore parfaitement fondées et une grande quantité des Prussiens, jusqu'à M. Rathenau, voient encore, même après la guerre, dans la monarchie le seul moyen de gérer les intérêts du peuple pour le peuple sinon par le peuple."

samedi 7 octobre 2017

Mauss toujours, sans peaufiner, problèmes techniques ce samedi soir...

"Les anciens ouvrages français concernaient avant tout la Nouvelle-France la Louisiane, les possessions de la mer des Caraïbes et de la mer du Mexique. Nous perdîmes ces colonies après Napoléon 1er. N'ayant plus d'indigènes à administrer, nous n'avons plus cherché à les connaître. L’État et la science, en France, ont toujours été administrés de façon plus utilitaire qu'on ne dit."


"Les Pères Jésuites de Tananarive avaient entrepris une tentative des plus intéressantes, celles de recueillir les traditions hovas et en particulier celles de la famille royale, le Tantara ni Andriana. L'édition en fut faite. Elle eut tant de succès, à Tananarive en particulier, que les bons Pères prirent peur d'avoir donné, par cette mise en circulation de tant de légendes et de tant de mythes, trop d'aliments à la superstition. Ils se mirent en chasse des exemplaires sortis et les détruisirent, avec ceux qu'ils possédaient encore. La Bibliothèque Nationale n'en a point. Et l'on peut considérer ce document capital comme disparu."

vendredi 6 octobre 2017

Interactions.

"M. Berr semble croire que la sociologie nie le rôle de l'individu. C'est une profonde erreur, même sur la pensée de Durkheim ; celui-ci avait au contraire pris pour point de départ de ses études la relation de l'individu et de son milieu social. Sa première publication (...) est consacrée au rôle des Grands Hommes ; et le problème fait encore le fond de la Division du travail social. L'idée principale de Durkheim sur ce point est restée constante : que plus le milieu social était organisé, plus l'individu y avait et d'existence propre, libre, indépendante, et de force, physique et morale ; celle du milieu social, puissante, mais asservie cette fois. Durkheim restait même, sur ce point, bien en deçà d'extrémités où d'autres pousseraient leur raisonnement. Car enfin la notion d'individu n'est ni claire, ni si « individuelle » qu'on croit. Ce n'est pas parce que chaque homme se sent un être ineffable, qu'il l'est."

Mauss encore, en 1925. Je vous prie de m'excuser de ne pas commenter ce texte comme je le souhaiterais moi-même. Disons que je suggère des pistes... Bonne soirée à tous ! 

jeudi 5 octobre 2017

Qui paie ses dettes s'enrichit...

Je retrouve dans des notes prises en lisant les trois beaux volumes de textes de Marcel Mauss publiés chez Minuit (je bossais, dans le temps), un passage délectable, à multiples résonances. 

Chez les celtes, "comme dans le « potlach » , le héros, future victime, demande à ses compagnons de table - on pourrait presque dire de Table Ronde - des présents en nombre déterminé que ceux-ci, défiés, avertis ou non de la sanction qui va venir, mais sommés de s'exécuter sous peine de perdre leur rang, ne peuvent lui refuser. Ces présents sont donnés solennellement, en public, plus précisément, dans la grande salle carrée, du festin des nobles et du tournoi ; l'assistance est garante du caractère définitif du don. Alors, - trait extraordinaire - le héros qui, normalement, eût dû, en une autre séance, rendre avec usure les cadeaux reçus, paie de sa vie ceux qu'il vient de prendre. Les ayant distribués à ses proches, qu'il enrichit ainsi définitivement et qu'il aime tant qu'il se sacrifie pour eux, il échappe par la mort, à la fois, à toute contre-prestation et au déshonneur qui lui viendrait s'il ne rendait pas un jour les présents acceptés. Au contraire il meurt de la mort du brave, sur son bouclier. Il fait honneur à son nom en disparaissant ainsi. Il se sacrifie avec gloire pour lui et profit pour les siens.

Une pareille morale n'a rien d'extraordinaire ; elle est militaire et financière à la fois. Nous en avons encore la survivance immédiate dans nos mœurs, où certains croient payer leurs dettes en se suicidant."


mercredi 4 octobre 2017

"De plus en plus de jeunes estiment ne pas être nés avec le bon sexe."

Tu m'étonnes, ils devaient être moins nombreux il y a quelques siècles... C'est bien la peine d'être anti-nazi féroce et de donner un tel poids à la génétique dans certains domaines. Bref ! Un peu à la bourre ce mercredi, je chope sur Le salon beige un article, en voici l'intégralité depuis le site d'origine (http://www.genethique.org/fr/financement-de-la-conservation-des-gametes-dadolescents-transgenres-le-nhs-sur-la-sellette-68310#.WdTwFUzpP-Z) : 

"Les cliniques du NHS (National Health Service) permettent à des douzaines d'adolescents transgenres de congeler leurs spermatozoïdes ou de conserver leurs ovocytes pour leur permettre de procréer après un changement de sexe.

Certains garçons, parfois âgés seulement « de douze ans », font congeler leur sperme pour concevoir dans le futur leur « propre enfant biologique » après avoir subi les interventions chirurgicales nécessaires au changement de sexe. Les cliniques congèlent aussi les ovocytes « des filles à partir de l’âge de seize ans avant la prise d’hormones » qui réduira leur fertilité et leur donnera une apparence masculine.

Les traitements de fertilité des adolescents transgenres, financés par le NHS, pourraient coûter des centaines de milliers de livres. Des dépenses qui devraient continuer de s’accroitre : de plus en plus de jeunes estiment ne pas être nés avec le bon sexe.

L’engagement du NHS dans ces programmes a soulevé des critiques et des inquiétudes quant aux fonds alloués, alors que certains traitements de base, comme les opérations des cataractes, sont aujourd’hui rationnés. Si un des médecins, leader des traitements transgenre, a justifié ces sommes estimant que ces adolescents avaient le « droit » de fonder une famille, monseigneur Michael Nazir-Ali, ancien président du comité d'éthique de l'Autorité de fertilisation humaine et d'embryologie, a rappelé que le NHS avait pour but de traiter des patients malades, « c’est pour cette raison que nous payons des impôts » . Il s’est étonné : « Compte tenu de la pression financière croissante exercée par le NHS et de la carence de  tant de services essentiels de santé, d'où proviennent ces fonds pour le traitement de la fertilité ? »"

Ceci étant, il y aurait des ronds, cela ne changerait guère le fond du problème. Je vous laisse, anniversaire de ma chérie ce soir...

mardi 3 octobre 2017

"Ces petites guerres de religion, qu'on croyait évanouies..."

"On voit se multiplier dans les milieux alternatifs une course au purisme anti-médias. Tous ceux qui se compromettent à la télévision ou à la radio sont moqués pour leur collaboration avec le Système, même s’ils se montrent résolument hostiles au mondialisme néolibéral. Natacha Polony est ainsi accusée d’aimer les paillettes, Marcel Gauchet passe pour un universitaire trop prudent et l’on taxe parfois Eugénie Bastié de garder sa langue dans sa poche depuis qu’elle est entrée au Figaro. Mais la palme de l’intellectuel médiatique le plus critiqué revient à Michel Onfray, à qui Rémi Lélian vient d’ailleurs de consacrer un pamphlet chez Pierre-Guillaume de Roux, La raison du vide. Notons au moins que tous ces auteurs ont accepté d’écrire dans Éléments au cours des derniers mois, ce qui dénote malgré tout une certaine liberté de ton. D’aucuns regrettent pourtant que de tels rapprochements soient possibles, y compris parmi les détracteurs les plus virulents de la bonne pensée dominante.


Étrange attitude ! Il faudrait donc ostraciser tous ceux qui jouent le jeu des médias, exactement comme les médias ostracisent tous ceux qui refusent de montrer patte blanche. C’est oublier que, sans la voix de ces intellectuels «antisystème» au cœur du système, les marges idéologiques du débat public n’auraient presque plus aucune visibilité. On a le droit de ne pas aimer tel ou tel, et même de contester ses idées. Mais pourquoi repousser les bonnes volontés, d’où qu’elles viennent ? Si Onfray et quelques autres n’étaient pas là, il n’y aurait plus guère de pensée critique audible. On connaît la formule de Péguy : « Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » À force de se retrancher dans leur tour d’ivoire, nos puristes d’un nouveau genre pourraient finir par parler totalement dans le vide.

Il ne manque pas de bonnes âmes pour reprocher à Onfray, et à Éléments par la même occasion, d’assumer des positions fort peu catholiques, et pour tout dire païennes. Admettons. Mais ces petites guerres de religion, qu’on croyait évanouies, méritent-elles vraiment d’être réactivées aujourd’hui? Ne peut-on défendre les options morales et religieuses qu’on croit justes tout en débattant ensemble des grandes questions politiques contemporaines, et en menant ponctuellement des combats partagés ? Pourquoi diable les opposants à la mondialisation devraient-ils sans cesse se diviser, alors qu’ils sont déjà bien en peine de peser sur les débats ?

Il semble donc que le purisme de droite réponde naïvement au purisme de gauche, jusqu’à rendre les uns et les autres aveugles à leurs points de convergence. Il ne sert à rien de dénoncer les intellectuels « antisystème » supposés trop complaisants à l’égard des médias, alors que nous avons plutôt besoin de solidariser les esprits rebelles, dans le respect des différences qui les divisent autant que des principes qui les rassemblent."

La suite de ce texte, que vous trouverez ici : http://www.thibaultisabel.com/2017/06/pourquoi-nous-continuerons-le-dialogue-avec-michel-onfray-marcel-gauchet-eugenie-bastie-natacha-polony.html?m=1, est à un appel à une sorte d'union, je n'ose pas écrire sacrée, contre « notre ennemi principal » : « le grand capitalisme mondialisé ».  

Sur ce diagnostic précis, je ne chipoterai pas l'auteur de cet article, Thibault Isabel. Mais il me semble qu'il effectue dans ce texte, que j'ai à dessein tenu à citer assez longuement, un tour de passe-passe logique regrettable à plusieurs points de vue. Les deux premiers paragraphes ne font pas référence à la même problématique que le troisième, et la symétrie évoquée dans le quatrième a tout des fausses symétries que dénonçait Jean Madiran (je vous ai reproduit ça : http://cafeducommerce.blogspot.fr/2017/09/les-merveilleuses-disctinctions-de.html). 

T. Isabel évoque des attaques - dont je n'ai pas eu connaissance, et que je n'ai pas cherché à connaître - contre la participation d'intellectuels contestataires au fonctionnement du système médiatique. Michel Onfray, qui a récemment préfacé un livre du même T. Isabel, est notamment pris à partie. Et c'est M. Onfray qui sert à glisser subrepticement, dans le troisième paragraphe, sur une autre problématique : la réception par certains milieux de droite (je pense notamment à cette analyse de Jacques de Guillebon, que je partage en grande partie, et que j'avais répercutée sur Twitter (de même, avec leur fair-play habituel, que les responsables de la revue Éléments, dont fait partie Thibault Isabel) : http://www.lanef.net/t_article/un-enieme-recyclage-de-poncifs-eventes-jacques-de-guillebon-26374.asp), du numéro d'Éléments sur le polythéisme, numéro qui faisait la part belle, notamment, aux conneries débitées par Michel Onfray (continuons les liens, j'avais dit tout le mal que j'en pensais ici : http://cafeducommerce.blogspot.fr/2017/08/michel-onfray-bat-le-record-mondial-de.html).

Cela n'a pas grand chose à voir, mais permet à T. Isabel - consciemment ou non, qu'importe... - de glisser en douce les objections pourtant conséquentes que la droite non-païenne a élevées contre les thèses développées dans Éléments, dans le fourre-tout des « puristes de droite », qui donc ne valent pas mieux que les « puristes de gauche », etc.  Mais cela revient en fin de compte à confondre des critiques d'ordre pratique (faut-il aller ou non dans les médias ? Sur ce point, je serais plutôt d'accord avec Thibault Isabel) et des critiques théoriques. "Ces petites guerres de religion, qu’on croyait évanouies...", quelle formule révélatrice ! Une vraie guerre de religion n'a aucune raison d'être « évanouie », tant elle met en jeu des choses importantes, elle peut tout au plus être en sommeil, larvée... et s'il n'y a pas de guerre de religion entre le catholicisme et le polythéisme tendance Éléments, c'est que tout simplement personne chez Éléments ne croit qu'il y a des dieux de la forêt, des fleuves, de la moisson, etc. 

On pourrait d'ailleurs, si l'on voulait faire sa mauvaise mine, trouver M. Isabel bien condescendant et par trop "Onfrayen", on pourrait lui reprocher de renvoyer ainsi la religion du côté de l'irrationnel, des fanatismes, etc., et de ne pas vraiment appliquer les principes d'union qu'il expose par ailleurs, savonnant discrètement la planche de ceux à qui il demande par ailleurs de se taire sur des points qui ne sont pas si tactiques qu'il veut le donner à penser...

Car, je finirai là-dessus, il faut être clair sur la portée réelle des divergences théoriques, au lieu de les mettre sous le boisseau au profit de ses propres principes. Je (et « je » pour parler Staline, c'est modeste, c'est "une division", je ne parle qu'en mon nom) suis sur la même longueur d'ondes que Thibault Isabel : devant les périls qui nous menacent, si certains peuvent encore se faire entendre dans les médias dominants et y faire entendre un discours qui peut amener des gens qui ne lisent pas du tout les médias contestataires à ouvrir les yeux, il n'est pas l'heure de chipoter. Il n'en reste pas moins que l'on ne peut faire l'économie des questions anthropologiques. Jusqu'à quel point peut-on espérer qu'une amélioration de la situation économique en France dissipera certains des problèmes actuels (cf. J. Sapir, M. Onfray, tous deux interviewés récemment dans Éléments) ? Le paganisme le plus actif en France n'est-il pas l'idolâtrie des objets et de la société de consommation ? Comment lutter contre ce paganisme ? Il y a là une vraie « guerre de religion »  avec le catholicisme... Et parlant de guerre de religion : quelle est la place de l'Islam par rapport à ces problématiques, Islam par ailleurs peu évoqué dans Éléments ?  Il est vrai qu'on en entend parler si souvent en ce moment... 

Ces questions, ou certaines d'entre elles, je sais bien que T. Isabel et les concepteurs d'Éléments se les posent et qu'elles n'appellent pas de réponses simples : je voudrais montrer qu'elles sont proches des débats concernant le «  capitalisme mondialisé », et qu'elles ne peuvent que ressurgir très vite. On ne peut pas prétendre, ou suggérer, le contraire. 


lundi 2 octobre 2017

Le capitalisme est « libéral » ou « étatique » ou les deux, il est surtout pragmatique...

Creusant un peu plus avant les notes prises dans le livre de Mintz, je retombe sur une problématique qui m'est familière : les liaisons entre État et capitalisme. Dit comme ça, ça a l'air bateau, mais on tombe en permanence sur des fausses oppositions qui oblitèrent par trop d'une part le rôle moteur de l'État moderne dans le développement du capitalisme, d'autre part les liens que ces deux structures continuent à entretenir, quand bien même le versant proprement économique et capitaliste du système semblerait en train de prendre la primeur sur l'autre en ce moment. Quoi qu'il en soit, voici des illustrations de mon propos, et de la façon dont ceux qui ont les cartes en main savent aussi avoir plusieurs fers au feu : 

"En 1607, Jamestown, première colonie britannique au Nouveau Monde, fut fondée. La canne à sucre y fut introduite en 1619 - ainsi que les premiers esclaves africains à franchir le seuil d'une colonie anglaise - mais ce fut un échec. (...) Avant de produire le sucre dans ses propres colonies, l'Angleterre n'hésita pas à recourir au vol. En 1591, un espion espagnol rapporte que « le butin anglais en produits des Indes occidentales est si abondant que le sucre se vend moins cher à Londres qu'à Lisbonne ou même aux Indes. »

Pour le sucre britannique, le moment décisif fut la colonisation de La Barbade en 1627, île que la Grande-Bretagne s'est attribuée après que le capitaine John Powell y eut fait escale en 1625 alors qu'il revenait du Brésil. Ce n'est pourtant qu'après 1655 - année où la Grande-Bretagne envahit la Jamaïque dans le cadre du Western Design - que le sucre de La Barbade commença à prendre de l'importance sur le marché métropolitain (... Entre-temps, d'autres colonies antillaises approvisionnèrent également le royaume et contribuèrent à faire du sucre une source de profit pour l'empire). A partir de ce moment et jusqu'au milieu du XIXe siècle, le sucre arriva en Angleterre grâce aux réseaux commerciaux impériaux. Dès l'établissement des premières colonies britanniques qui réussirent à exporter vers la métropole des produits semi-finis - en particulier le sucre -, des lois réglementèrent la circulation et l'échange de ces produits."

 - Attitude typiquement anglo-saxonne et « libérale » : tant qu'on peut voler chez les autres, pas de règles ; dès que les profits risquent de baisser, pour une raison ou pour une autre, on n'hésite plus à réglementer. Continuons : 

"L'idée d'un marché intérieur à conquérir est née très tôt. Sir Josiah Child, pionnier du mercantilisme (...), insistait sur la nécessité de contrôler les colonies de façon à ce que leur commerce profite exclusivement à la métropole : 

« Il est au pouvoir de Sa Majesté, et du Parlement, si cela leur est agréable, en supprimant tous les droits de douane sur le Sucre, de le rendre un produit plus purement anglais que les Harengs Blancs ne sont un produit hollandais et par là d'en tirer plus de profit pour le Royaume que les Hollandais n'en tirent pour le leur. Et de là, par conséquent, toute les Plantations des autres Nations doivent, d'ici quelques Années, être réduites à peu de chose ou à néant [1694]. » 

Sir Dalby Thomas, gouverneur de la Jamaïque et lui-même planteur à la fin du XVIIe siècle fut un des premiers à prôner la production du sucre. Les colonies sucrières florissantes pouvaient aussi selon lui devenir consommatrices de produits en provenance de la métropole. (...) Thomas avait saisi l'importance de ce qui allait devenir en Europe le plus grand marché pour un produit de luxe, et ce parce que l'ensemble du processus - l'établissement des colonies, la capture d'esclaves, l'accumulation de capitaux, la protection des voies de navigation et jusqu'à la consommation elle-même - s'était instauré sous les auspices de l'État et qu'une telle entreprise était en tout point politique et économique." 


"En fait, deux « triangles de commerce » se développèrent à partir du XVIIe siècle et devinrent florissants au XVIIIe siècle. Le premier et le plus fameux reliait la Grande-Bretagne à l'Afrique et au Nouveau Monde : des produits manufacturés étaient vendus en Afrique, aux esclaves africains aux Amériques, et des produits tropicaux américains (le sucre en particulier) en Angleterre et à ses voisins qui les importaient. Le second fonctionnait d'une manière qui contredisait l'idéal mercantiliste. De la Nouvelle-Angleterre, le rhum était expédié en Afrique, d'où venaient les esclaves importés aux Indes occidentales, d'où la mélasse était expédiée en Nouvelle-Angleterre (pour la production du rhum). L'expansion de ce triangle provoqua une lutte d'influence politique entre les colonies de la Nouvelle-Angleterre et la Grande-Bretagne. Mais les problèmes sous-jacents étaient économiques, prenant une signification politique précisément parce que des intérêts économiques divergents s'affrontaient.

La caractéristique dominante de ces triangles est que les cargaisons humaines y représentaient une force vitale nécessaire. Ce n'était pas uniquement le fait que le sucre, le rhum et la mélasse n'étaient pas échangés directement contre des produits européens ; dans ces deux triangles transatlantiques, la seule « fausse marchandise » - pourtant essentielle au système - était des êtres humains. En l'occurrence, des millions d'hommes furent traités comme des marchandises. On les obtenait en échange de produits expédiés en Afrique et, grâce à leur force de travail, des richesses étaient créées aux Amériques. Ces richesses qu'ils créaient étaient consommés en Grande-Bretagne ; et les produits fabriqués par les Britanniques - étoffes, outils, instruments de torture - étaient « consommés » par les esclaves qui eux-mêmes étaient « consommés » pour créer des richesses. 

Au XVIIe siècle, la société anglaise évoluait très lentement vers un système de travail libre, j'entends par là la création d'une main-d'oeuvre qui, n'ayant pas accès à des facteurs de production tels que la terre, devait vendre son travail aux propriétaires détenteurs de moyens de production. Et pourtant, durant ce siècle et pour répondre à ses besoins, l'Angleterre mit au point dans ses colonies un système de travail en grande partie coercitif. Ces deux modèles d'extorsion du travail radicalement différents se développèrent dans des environnements écologiques également différents et sous des formes extrêmement différentes. Ils servaient cependant les mêmes objectifs économiques et résultaient de l'évolution d'un même système économique et politique." 



"En fin de compte, le point de vue mercantiliste, dont le commerce impérial du sucre était une émanation, fut récusé par une nouvelle philosophie économique agressive connue sous le nom de « libre-échange ». Mais le mercantilisme avait marqué le développement de la Grande-Bretagne au moins sur trois plans : il garantissait l'approvisionnement en sucre (et autres denrées tropicales) ainsi que les bénéfices issus de leur transformation et ré-exportation, un vaste marché outre-mer pour les produits manufacturés britanniques, entraînant l'essor de la marine marchande (et militaire). N'achète aucun produit fini ailleurs, ne vends aucun de tes produits (tropicaux) ailleurs, transporte le tout sous pavillon anglais : durant près de deux siècles, ces injonctions, aussi sacrées que les saintes Écritures, unirent étroitement planteurs et raffineurs, marchands et flibustiers, l'esclave à la Jamaïque et le docker à Liverpool, le roi et les citoyens." 

Et c'est ainsi que le capital est grand ! Capital akbar ! Soumission ! 

dimanche 1 octobre 2017

La malbouffe sucrée, complot islamo-anglo-saxon ?

J'en rajoute dans le titre pour vous accrocher, mais en relisant des notes prises à la lecture du livre Sucre blanc, misère noire, de Sidney Mintz (1985), un livre que je n'ai pas assez exploité à ce comptoir lorsque je l'ai lu, j'ai été amusé de retrouver ces citations : 

"Les croisades permirent à un grand nombre d'Européens de se familiariser avec de nouveaux produits, entre autres le sucre." 

"Partout où ils vont, les Arabes apportent avec eux le sucre, le produit et la technologie : le sucre, dit-on, a suivi le Coran." 

"L'émancipation des esclaves fut une défaite pour la classe des planteurs mais une victoire pour les partisans de l'expansion du commerce et d'une plus grande consommation de sucre." 

L'émancipation des esclaves, c'est l'esclavage salarié prenant la place de l'esclavage pur et simple ; ceci se fait sous les auspices du libre-échange, et dans le cadre de la culture de la canne à sucre, qui a eu une influence extrêmement importante (sujet du livre de Mintz) sur les moeurs culinaires de l'Europe et des États-Unis. - Et qu'avec le CETA, c'est pas fini ! 

Quant au rapprochement avec le goût des musulmans pour le sucre, il semble fortuit - mais il faudrait que je relise le livre -, tout en confirmant encore une fois que le Quick Hallal a tout du symbole de la France qui vient...

samedi 30 septembre 2017

Les aventuriers de l'arche perdue.

Dans l’introduction à son La Fontaine politique, Pierre Boutang fait allusion à une importante lettre à lui adressée par Maurras, depuis la prison de Clairvaux, en 1950, alors que le jeune successeur du fondateur de l’Action française songeait à se retirer du combat politique pour revenir à ses amours philosophiques et littéraires. Lettre qui eut l’effet escompté, Boutang repartant au combat (était-ce une bonne chose en soi, c’est une autre question) ; lettre dont j’avais fortuitement le texte complet sous la main. J’en ai déjà cité des extraits dans le temps, en voici une citation plus longue et plus complète : 

"Songez ! Abandon du combat ! Songez encore ! Expatriation ! Joli, l’engagement, alors ! Ces choses graves donnent aux mots le sens le plus dur (…). Nous bâtissons l’arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l’air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et, par-delà tous les espaces, la Papauté ! Même si cet optimisme était en défaut et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie étant devenue irrésistible, c’est le mal, c’est la mort qui devaient l’emporter, et qu’elle ait eu pour fonction historique de fermer l’histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique il faut que l’arche franco-catholique soit mise à l’eau face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera dans la corruption éternelle et universelle, une primauté invincible de l’Ordre et du Bien. Ce qu’il y a de bon et de beau dans l’homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l’aura emporté, tout de même, à sa manière, et persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l’autre. Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m’arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d’olivier, en avant de tous les déluges."

(La coupure est à la fois de l’éditeur et de moi : il y a une coupure, et c’est à cet endroit que j’en ai aussi pratiqué une.)

Il est bien évident que Maurras joue de la fibre catholique du croyant Boutang, mais ce n’est pas que manipulation ou stratégie : s’il a tourné autour de la question de Dieu une bonne partie de sa vie, il finira par se convertir avant de mourir. 

 - Et ce n’est pas une question anecdotique. Ce texte a été écrit il y a 57 ans : par-delà sa beauté propre, quand on pense aux dégâts commis par l’« irrésistible » démocratie depuis, l’accélération de ce processus « apocalyptique » ces dernières années, on se dit que l’« arche » pour laquelle il faut encore lutter, les raisons de Maurras demeurant valides, si elle est encore franco-catholique, ne sera peut-être plus française que d’esprit, pas de lieu, en tout cas pas nécessairement. Depuis 1950 un pas aurait été franchi, l’« expatriation » à laquelle pensait Boutang et que Maurras condamnait étant maintenant un processus « démocratique » à l’oeuvre en France même et s’exerçant sur les Français. - Heureux ceux qui ont une foi religieuse, qui leur permet d’affronter cette déconfiture avec d’autres armes que les miennes… Je décrypte ici la pensée de Maurras tout en parlant en mon nom. 



Et pourtant, au jour le jour, malgré la saleté et la tension croissantes à Paris, on y vit toujours agréablement. C’est encore civilisé…