mercredi 26 juillet 2017

Pas de tartine ce jour, une sentence lapidaire.

"Tel pauvre se croit méprisé des riches parce qu'à leur place il mépriserait les pauvres."

Abel Bonnard, L'argent. A méditer par certains révolutionnaires et antisémites (par exemple).

mardi 25 juillet 2017

"La gestion par l'État moderne de ces génocidées en puissance que sont toujours les masses…"

Pas de place pour la plaisanterie aujourd'hui, je reprends le fil des variations murayennes sur Macron et le social-occulto-« libéralisme » hélas si français. Vous vous souvenez peut-être de la brève citation du 14 juillet : "Ce qui commença par le père s'achève par la masse."

Il s'agit évidemment de la théorie freudienne du meurtre du père au début de la civilisation. L'important n'est pas le statut de vérité de cette hypothèse, mais de lier cette façon de penser avec l'essor des masses, de la démographie, du « vouloir-guérir », toutes choses dont nous (enfin, nous, P. Muray, surtout) avons parlé ces dernières semaines. Voici donc la suite du raisonnement :

"Le grand troupeau de la fin et la fin comme troupeau… Voilà le malaise dans la civilisation. Comment se constitue une masse ? Par identification des uns aux autres, répond Freud. Remplacement progressif de l'idéal du moi au profit d'une identification de chaque moi à un même objet ; le tout bien entendu autour du fameux meurtre du père suivi de l'établissement d'une démocratie élémentaire sur la base sacrée du mort vers lequel convergent l'identification et la soumission de la communauté. Il y a une culpabilité obscure bien cachée, il y a un meurtre qui fait la foule, et l'on comprend que celle-ci n'ait aucune envie de se pencher de trop près sur ce qui l'a rendue possible… J'ai toujours trouvé très éclairant que quelqu'un comme Heidegger, cherchant à démontrer que le sens originaire du mot logos n'est pas discours ou parole, mais rassemblement ou collection ou mise ensemble, soit obligé de s'appuyer sur une citation où le rassemblement, la mise en tas et en masse, concernent justement des cadavres. C'est le célèbre passage du Chant XXIX de l'Odyssée où Agamemnon rencontre aux enfers les prétendants tués : « Et je ne sais guère de quelle autre manière on pourrait rassembler (lézaïto), en les cherchant dans toutes la cité, des hommes aussi nobles. » Comme si on ne pouvait recueillir comme masse que ce qui est mort ou se trouve en rapport étroit, direct, avec la mort…

Alors seulement peut-on comprendre la cause secondaire sexuelle : poussée érotique interne visant à unir les hommes, écrit Freud. L'acte manqué par excellence étant le ratage sexuel, l'acte suprêmement réussi sera la réalisation de la fusion dans l'anonymat général. Comme une sorte de prix de consolation que se donnerait l'espèce de temps en temps… Puisqu'on n'arrive décidément pas à faire fusion à deux, il faut bien au moins qu'on y réussisse imaginairement, fantomatiquement, c'est-à-dire à mille, dix mille ou cent mille. (…) Son nom est légion par incapacité à être union. (…) Les États, le pouvoir comme on disait naguère, ne s'occupent que de ce phénomène. Ils n'existent que dans leur rapport au nombre des habitants et c'est pourquoi les revendications ou protestations du nombre sont si inutiles, émanant du nombre qui demande à être informé sur le pouvoir au lieu de chercher à l'être sur le nombre qu'il est. Les États ont à croire et faire croire en surface que tout se passe comme prévu, depuis la nuit des temps, ils s'époumonent donc à réordonner, peser, gérer, comptabiliser, recenser, sonder, encourager ou régler la multiplication. Et de temps en temps à pratiquer des coupes sombres par telle ou telle guerre. Sous ce rapport, leur vocation de base est évidemment génocidaire, c'est la seule liberté d'action, la seule souveraineté qu'ils aient jamais eue puisqu'ils n'ont de sens qu'à exercer leur action sur le nombre."

Je pourrais laisser P. Muray continuer, clarifions plutôt. L'expression « ratage sexuel » suggérerait à un esprit malveillant que l'auteur de Festivus, Festivus était un mauvais baiseur aigri. C'est possible, aucune idée, mais ce n'est pas la question, qui est encore une fois que le sexe n'est pas mystique, n'est pas fusionnel. Il suffit je pense de comparer l'état de sa compagne durant le plaisir avec ce qu'elle peut être le lendemain matin en cas de contrariété, pour comprendre ce que cela signifie. On jouit seul, point-barre, même si ce n'est pas avec n'importe qui (le désir choisir, le désir discrimine, grande incohérence que de vouloir donner de l'importance (trop) au sexe tout en prônant un discours « tolérant », arasant, égalitaire, etc.).

Par ailleurs, l'idée de Muray est que la spécificité du XIXe siècle (ce pourquoi le titre de son livre évoque ce siècle à travers les âges…) vient de qu'il explicite, comme une nouveauté et une promesse bientôt réalisée, les thèmes inconscients de la religion grégaire de l'humanité, de la volonté de l'humanité d'être espèce finalement, d'être unie, harmonieuse, etc., tout ce que contre quoi selon lui le christianisme a lutté, estimant ces espérances aussi artificieuses que dangereuses, pour ce qui dans l'homme et dans l'humanité dépasse justement l'espèce.

Si enfin on relie ces thèmes aux progrès de la médecine et à l'essor démographique au début du XIXe, toutes les conditions sont réunies pour que les individus, qui souhaitent de plus en plus faire masse, et pensent éventuellement, dans certains domaines, que cela favorise leur action ("Tous ensemble, tous ensemble !"), ce qui n'est pas nécessairement faux à tout coup, passent à côté de la contrepartie : l'État  aura d'autant plus besoin et d'autant moins scrupule à les traiter comme des ressources humaines, comme des masses statistiques, comme des données chiffrées interchangeables, etc., que c'est, depuis le XIXe donc, selon P. Muray, exactement ce que les gens demandent.

A génocide, génocide et demi : si le premier génocide des temps modernes est tombé sur le peuple le plus singulier qui se trouvait alors en Europe (avec les gitans, qui y ont aussi eu droit), celui qui refusait de se laisser réduire par l'universalisme, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, celui qui en tout cas, assimilation ou pas, persévérait dans son être, ce que l'on appelle la mondialisation, et qui est la continuation au niveau mondial de ce devenir-masse, se manifeste finalement par une suite de petits génocides, si l'on ose l'expression : des attaques contre les cultures nationales (incarnées par des démocrates ou des dictateurs, qu'importe) à l'expansion de l'euthanasie et de l'avortement (on revient à la thématique du « vouloir-guérir »), en passant bien sûr, on retrouve là M. Macron et l'actualité la plus immédiate, à ce qu'il est maintenant convenu d'appeler, et ce n'est pas une mince victoire de l'auteur de la formule (Renaud Camus, rendons à César), le grand remplacement.

Peut-on en tirer une conclusion ? Les thèses de Muray confirment ce que tout le monde peut observer ces dernières années, ce qui est aussi la thèse de D. Cohn-Bendit, retrouvant d'un point de vue laudatif une intuition critique de S. Weil (la christique, pas la génocidée-génocidaire) : en démocratie, ce sont les minorités organisées qui gouvernent. Parce qu'elles font moins masse, justement, parce qu'elles restent plus dans l'ordre du qualitatif - ce qui ne veut pas dire que leurs revendications soient plus justes, rien à voir. Il s'agirait donc d'organiser le lobbying efficace de la majorité silencieuse… sans pour autant se croire plus intelligent qu'elle sur le fond.

lundi 24 juillet 2017

Divertissement...

"Vous savez sûrement que les Tasmaniens, qui ignoraient tout de l'adultère, sont aujourd'hui une race disparue."

"Le norvégien est une langue assez simple qui consiste à parler allemand sous l'eau."

"On devrait quand même dire aux Allemands que le trait d'union existe."

"Je parle l'espéranto comme un type du pays."

"Le mariage est le prix que les hommes paient pour le sexe, et le sexe est le prix que les femmes paient pour le mariage."

"Le pire, c'est de se marier par amour et de découvrir que son mari n'a pas d'argent.'

"Le malheur est la véritable égalité."

Rendons, respectivement, à César : W. Sommerset Maugham, J. Larson, W. Cole, S. Milligan, Anonyme, Zsa-Zsa Gabor (huit maris, dont G. Sanders), A. Scholl.

dimanche 23 juillet 2017

"C'est un garçon !"

Je reviens à la fois sur le petit texte d'hier et sur l'article déjà évoqué sur le sexisme des petits garçons. Ce qui est à la fois désespérant et effrayant - sans compter que cela ne facilite pas la discussion - avec les indifférentialistes de toutes obédiences, c'est qu'ils ont le projet plus ou moins conscient, ou se retrouvent, du fait de l'inanité de leurs théories, devant la nécessité de nier tout rapport, quel qu'il soit, entre le langage et... quoi d'ailleurs ? J'appellerais ça spontanément la réalité, mais comme pour ces gens tout est plus ou moins construction... Il est d'ailleurs logique de s'attaquer au deux termes en même temps - ce qui ne signifie aucunement, dans mon esprit, que l'accès à la réalité soit toujours aisé, ou que le langage donne accès directement au réel.

Quoi qu'il en soit, avec la théorie du genre et l'indifférentialisme pris sur son versant « sexuel », on se trouve au plus près, à la fois de l'absurdité et de l'infamie de ce genre de concepts, puisqu'il s'agit de dénier toute véracité à la phrase la plus basique qui soit, qui est aussi celle qui prouve définitivement qu'il y a un bien un rapport entre le langage et le réel : devant un bébé, qui n'a aucun autre caractère sexuel que, précisément, son sexe, on a un indice et un seul pour dire si c'est une fille ou si c'est un garçon - et tout le monde comprend alors de quoi on parle.

D'où le coup de force de parler de genre au lieu de sexe. J'ai 45 ans, ce qui signifie que j'ai été contemporain de cette évolution vers le flou et l'indifférenciation, j'ai vu comment on glissait de l'identité sexuelle (X est pédé, Y est gouine) aux variations, toujours plus vagues et illogiques relativement à la part de choix individuels et d'éventuels déterminismes biologiques, sur le genre comme, à la fois, cache-sexe et substitut au sexe.

C'est en effet un sentiment assez glauque que j'ai ressenti à la lecture des déclarations des différents parents, hommes et femmes. - Mais je reviens d'abord sur un point : l'instrumentalisation éhontée de la science. A une époque on était pédé à cause de ses gènes, on est maintenant gay (un des termes les plus dégueulasses qui soient, par ailleurs) parce qu'on le veut - sauf si quelqu'un vous le reproche, les gènes redeviennent alors utiles. De même, il n'y a pas de races, mais les Noirs valent mieux que les Blancs. Passons.

Donc : devant cette volonté pas toujours stupide dans ses réalisations mais utopique dans son objectif d'éliminer les différences entre garçons et filles, telle qu'on la voyait en action dans l'article de l'Obs, on se dit que les parents qui pensent ainsi sont un peu comme des amis qui baisent, puisqu'eux-mêmes sont censés, sauf regrettable héritage d'un passé funeste dont ils n'arrivent pas à se débarrasser, être identiques l'un à l'autre, avec juste une possibilité bienvenue de s'emboiter facilement l'un dans l'autre. D'une part voilà une vision tristement homosexuelle du couple comme de la famille - on parlait beaucoup à une époque de tabagisme passif, voilà l'homosexualisme passif -, d'autre part, et là on rejoint ce qui se passe avec la théorie du genre, on finit par se dire que pour ces gens-là le sexe est déconnecté de tout le reste. Je ne pense pas que ce soit le cas dans la pratique, mais c'est bien parce que la nature est plus intelligente et plus simple que ces braves individus.

D'une façon générale, tous ces discours, j'emploie à dessein un terme foucaldien, sont paradoxalement à la fois obscènes et puritains. A avoir donné trop d'autonomie à la sexualité dans un premier temps, on se retrouve bien embêté pour la raccorder au reste ensuite, d'où une tartufferie à multiples facettes. Là où l'expérience, incurablement chestertonienne, apprend que le cul fait partie de la vie. Plus simple tu meurs. Comme papa dans maman. Et déjà, dans la pratique, ce peut être moins simple...


samedi 22 juillet 2017

Il y a quelques années...

discutant avec, disons, une collègue de travail, je parvenais à me formuler ceci en lui parlant :

"La question intéressante, c'est de savoir pourquoi la seule espèce qui a vraiment un langage est aussi la seule qui fait l'amour dans un autre but que la reproduction, et parfois en espérant que faire l'amour ne serve pas à la reproduction. Voilà LE problème que j'aimerais résoudre."

La précision qui commence par "et parfois..." permettant à elle seule d'éliminer toutes les histoires d' « embryons de langage » (les scientifiques actuels préfèrent ce genre d'embryons virtuels aux vrais) ou de « pratiques sexuelles » chez les animaux. Les animaux n'ont pas de réel langage, et ne se demandent pas comment ils vont nourrir le gamin qu'ils sont peut-être en train de faire.

Quelques années après, il me faut bien reconnaître, dans la limite de mes connaissances, que seul le récit biblique fournit une explication à cette question. Ou tout au moins que seule la Bible semble prendre à bras le corps ce sujet avec le même enthousiasme que moi ce jour-là.

J'avais d'ailleurs ajouté, bravache : "Si je trouve la réponse, je peux mourir tranquille." Mourir tranquille, mon cul... J'aimais bien cette fille. Puisque je suis dans la rétrospective, je dois avouer, au sujet de la plupart des filles que j'ai "bien aimées" ces dernières années, qu'à partir d'un certain moment j'ai compris que jouer avec l'idée de coucher avec elles me rapprochait de ma femme. Ce qui a un rapport manifeste au début du texte. Et bonne nuit. 

 

vendredi 21 juillet 2017

Le manque de temps, mon vieil ordinateur qui mouline, et des pédés d'Anglais bourrés qui hurlent autour de moi...

ne me laissent pas le loisir de vous raconter tout ce que j'espérais vous raconter ce soir, je me contente donc de vous conseiller la lecture de cet affligeant article, signalé par Julien Rochedy. On y apprend "Comment élever son fils pour qu'il ne devienne pas sexiste". Il semblerait donc qu'une petit fille ne puisse pas devenir sexiste, je suis un peu étonné par cette discrimination, mais vais vite à l'expression qui m'a le plus frappé :

"Dans son livre, Robin Morgan raconte qu'elle imaginait pour son fils des alternatives aux « fêtes patriarcales » . « La fête des sorcières » , par exemple."

Quand on est comme moi plongé jusqu'au cou dans l'occulto-socialisme du livre de Muray, et d'une de ses thèses principales, à savoir que dès l'on quitte le système catholique de Dieu le Père, on voit ressurgir de vieux cultes païens, féminins, et fondés sur la multiplicité, non seulement on n'est pas étonné de cette idée féministe, mais on rigole presque à la lecture du « par exemple ». Et qu'une féministe encourage la laideur (les sorcières sont moches, dois-je le rappeler), ce n'est hélas pas surprenant non plus.

jeudi 20 juillet 2017

Plus synthétique tu meurs.

"Dans l'histoire des croyances, la politique est un bref chaos, la vérité, c'est la religion." P. Muray. Ce qu'avait compris de son côté et par d'autres voies mon éternel maître Jean-Pierre Voyer. Même l'immigration, c'est une histoire de guerres de religion : que les immigrationnistes et les lepénistes (au sens du père...) n'en soient pas vraiment conscients complique la situation - on ne voit pas assez que ce sont des visions du monde qui s'affrontent, que les arguments factuels à eux seuls ne suffiront jamais -, sans en changer la nature.

Sur ce, paella Picard. Pour que la vie soit parfois exaltante, il faut accepter qu'elle ne le soit pas toujours.

mercredi 19 juillet 2017

A force de lécher le cul des sionistes, M. Macron devient pétainiste.

Je n'y avais pas pensé, mais ce M. Renouvin (j'ai suivi un lien sur le blog de Jacques je-bois-trop Sapir, rendons à César) me semble ici toucher juste :

"Le discours commis par Emmanuel Macron le 17 juillet risque de troubler la mémoire nationale sous prétexte de lui permettre une « reconstruction ». Il est étrange que cette reconstruction suppose que les Français d’aujourd’hui reconnaissent que Vichy, c’est la France comme le martelait la propagande pétainiste. Tel est le premier piège, dénoncé sur ce blog par René Fiévet : pour que la France soit coupable, il faut que Vichy soit la France ! Dès lors, la dénonciation des mythes et des mensonges qui auraient été répandus après la guerre par les gaullistes se confond avec « l’imposture du résistancialisme » fustigée par les nostalgiques de la Collaboration."

Les extrêmes se rejoignent, dit un lieu commun centriste. Je profite de l'occasion pour signaler qu'il était effectivement opportun de la part de notre bien-aimé Président d'inviter son « cher Bibi » pour parler d'arrestations, de déportations et d'assassinats d'enfants, on n'écoute jamais assez les spécialistes. - Pétain, à côté de Netanyahou, c'est de la petite bière.

mardi 18 juillet 2017

Entre deux considérations sur le marché aux esclaves salariés,

esclaves salariés bien payés, mais esclaves salariés tout de même, que sont les footballeurs, entre deux articles sur ce thème, l'Équipe a ménagé un espace au journaliste spécialisé dans le vélo Philippe Brunel, lequel tenait à rendre hommage à l'une des supposées grandes plumes de la profession, Pierre Chany. J'écris « supposée » non par suspicion, mais parce que je dois avouer que malgré une phrase de début prometteuse sur la "veine littéraire" de P. Chany "puisa[n]t sa force dans les racines latines du dialecte auvergnat", j'ai été hélas un peu déçu par les citations choisies par P. Brunel.

Fort heureusement, l'article se finit par une citation d'Anquetil. Je n'ai pas l'âge d'avoir connu la rivalité Anquetil/Poulidor, j'ai passé celui de reprocher à Poulidor d'être encore vivant alors que son rival est mort depuis longtemps, je ne crois pas avoir d'inconscient de mépris de classe qui me tourneboulerait le diagnostic, je ne vais certainement pas reprocher à Poulidor d'avoir gagné de l'argent... il reste que j'ai toujours pensé qu'à l'époque j'aurais préféré Anquetil, par respect de l'intelligence tout simplement : l'intelligence en général, celle du sportif en action en particulier. De même que, si Ulrich est certainement un gars plus sympathique qu'Armstrong, celui-ci était un coureur nettement plus intelligent - à niveau plus ou moins égal de pharmacopée, c'est l'un de nos derniers critères de choix. Bref ! Anquetil donc disait :

"Pour comprendre comment j'ai couru, je lis Chany".

Et j'abonde dans le sens de P. Brunel, voilà un bien bel hommage. - Un peu de déclinisme pour finir ? On n'imagine guère Paul Pogba dire cela de Vincent Duluc. Et pourtant... l'humilité est aussi une preuve d'intelligence. 

lundi 17 juillet 2017

Un peu d'humanité dans ce monde de brutes diabolico-printanières.

"Six heures venaient de sonner. Dix-huit heures, en dialecte d'horloge parlante. Apéro, en langage civilisé."

"On ne pose pas de questions, chez les anarchistes."

" - Qu'est-ce que vous pensez des juifs, m'sieur Burma ?
En voilà bien d'une autre ! Je réponds :
 - Que dalle. J'aime ma tranquillité. Alors, les juifs... Si vous êtes pour, vous tombez sur quelqu'un qui est contre ; si vous êtes contre, vous tombez sur quelqu'un qui est pour ; si vous êtes neutre, ça ne paraît pas catholique. Ça n'en finit pas."

"Vieillir était moche. Le plus moche des trucs moches. Je descendis au tabac du coin me remonter le moral au détriment de mon foie."

Léo Malet, bien sûr.

dimanche 16 juillet 2017

"(La femme qui veut toujours faire l'homme, signe de grande dépravation.)" Charles Baudelaire ne pensait pas printemps.

"En réalité, le satanisme a gagné. Satan s'est fait ingénu. Le mal se connaissant était moins affreux et plus près de la guérison que le mal s'ignorant. G. Sand inférieure à de Sade."

A propos des Liaisons dangereuses :

"La fouterie et la gloire de la fouterie étaient-elles plus immorales que cette manière moderne d'adorer et de mêler le saint au profane ?"

"C'était toujours le mensonge, mais on n'adorait pas son semblable. On le trompait, mais on se trompait moins soi-même."

Il n'y a rien de mystique dans le sexe. De métaphysique, oui, je l'ai beaucoup répété à une époque, tout en précisant que ce n'était pas là le degré le plus élevé de la métaphysique, il s'en faut - même si cela suffit à ne pas réduire la sexualité à une question d'hygiène : mine de rien, ce n'est pas rien.

samedi 15 juillet 2017

Devenir-nombre...

Poursuivons notre série de citations de P. Muray, qui, la relecture de son 19e siècle à travers les âges se poursuivant en parallèle, me permet de bâtir petit à petit une démonstration, si ce n'est sur la nature du macronisme, lequel ne fait que débuter, du moins sur certains de ses aspects les plus frappants, certains de ses aspects les plus connus parce que les moins nouveaux - du moins si l'on a les bonnes clés, et j'ai justement le sentiment que Muray nous en donne.

Les quelques phrases que voici suivent immédiatement le texte sur le bon Docteur-Assassin-Vaccinateur-Égalitariste (il y eut Philippe-Égalité, mais Guillotin-Égalité, c'est plus adapté, et d'ailleurs Philippe Régicide Égalité fut guillotiné, même avec son surnom franc-maçon sa tête de frère de monarque dépassait) Guillotin :

"Il faut lier le triomphe du vouloir-guérir comme vision du monde aux progrès de la médecine. Face à la galopade démographique dont je parlerai un peu plus loin, l'événement peut-être le plus important de l'ère. Le plus gros, donc caché par tous les écrans possibles : 190 millions d'Européens en 1800, 400 millions en 1900. Au fond, il ne s'est passé que ça, et tout ce qui s'est quand même passé vient de là. (…) Vouloir-guérir. Vouloir s'accroître. Devenir-nombre. Croire déceler sa fin dans le nombre. Toutes les sociétés avant nous ont dû trembler d'en arriver là où nous sommes, dans le multiple déchaîné par lui-même et pour lui-même. D'où leurs rites, interdits, cérémonies, sacrifices, espaces sacrés, cartographies compliquées pas du tout absurdes ou aliénées ou mystifiées comme on a cru pouvoir l'affirmer. Averties au contraire intimement. Multipliant les barrières et les obstacles et les faux obstacles. Pour éviter, pour retarder les désastres consécutifs au remembrement général. A l'indifférenciation déferlante…"

Comme d'une part P. Muray (qui est un peu trop sous influence "sollersienne" dans son style à cette époque, vous l'aurez noté) n'est pas toujours pleinement clair (mes coupures y étant à l'occasion pour quelque chose), comme d'autre part son optique et la mienne ne se confondent pas strictement, j'ajoute la clarification suivante. Il y a le nombre et la nature du nombre. Le fait que la population européenne ait brusquement doublé en un siècle, ce n'est qu'un chiffre. Mais cela a frappé, de façon plus ou moins consciente, les générations concernées, et a généré des modes de pensée - nous sommes au début de l'ère des masses. Il y a les chiffres, et les façons dont ces chiffres sont ressentis, soit du point de vue des gouvernants, soit de celui des gens qui constituent maintenant des masses - le « soit » ne signifiant pas ici que les gouvernants et les masses soient forcément en désaccord. Le nombre n'est pas tout, mais il y a des effets de seuil liés au nombre. - Enfin, en sous-texte, il y a la question du malthusianisme - celui-ci est bien sûr une réponse aux croissances numériques de population. Qu'il soit la seule ou la meilleure, c'est loin d'être prouvé.

Au plaisir !

vendredi 14 juillet 2017

Une citation brève mais peut-être un peu obscure, j'éclaircirai ça quand j'aurai un peu plus de temps.

"Ce qui commença par le père s'achève par la masse." Freud. - Pas mal trouvé pour un 14 juillet sous peu régicide/parricide, d'ailleurs. A bientôt !

jeudi 13 juillet 2017

Dans la série "Macron n'est pas libéral", ou "Macron est plus fondamentalement socialiste que libéral"...

"C'est une erreur grave et funeste de vouloir que le pouvoir civil pénètre à sa guise jusque dans le sanctuaire de la famille. Assurément, s'il arrive qu'une famille se trouve dans une situation matérielle critique et que, privée de ressources, elle ne puisse d'aucune manière en sortir par elle-même, il est juste que, dans de telles extrémités, le pouvoir public vienne à son secours, car chaque famille est un membre de la société. De même, si un foyer domestique est quelque part le théâtre de graves violations des droits mutuels, il faut que le pouvoir public y rétablisse le droit de chacun. Ce n'est point là empiéter sur les droits des citoyens, mais leur assurer une défense et une protection réclamés par la justice. Là toutefois doivent s'arrêter ceux qui détiennent les pouvoirs publics : la nature leur interdit de dépasser ces limites. L'autorité paternelle ne saurait être abolie ni absorbée par l'État, car elle a sa source là où la vie humaine prend la sienne. « Les fils sont quelque chose de leur père. » Ils sont en quelque sorte une extension de sa personne. Pour parler exactement, ce n'est pas immédiatement par eux-mêmes qu'ils s'agrègent et s'incorporent à la société civile, mais par l'intermédiaire de la société familiale dans laquelle ils sont nés. De ce que « les fils sont naturellement quelque chose de leur père, ils doivent rester sous la tutelle des parents jusqu'à ce qu'ils aient acquis l'usage du libre arbitre [Saint Thomas] ». Ainsi, en substituant à la providence paternelle la providence de l'État, les socialistes vont contre la justice naturelle et brisent les liens de la famille."  

Léon XIII. J'ai toujours quelques scrupules d'ordre philosophique avec la notion chrétienne / catholique de loi naturelle, reste de mes lectures de livres d'ethnologie il y a quelques années, mais il faut avouer que la convergence, la congruence, la conséquence de certains principes et de certaines déclarations - "la nature est l'ennemie de l'Homme", aurait déclaré Jacques Attali, grand promoteur de l'euthanasie, "en tant que socialiste", selon ses propres termes - donne à penser que les anti-catholiques ont, eux, une idée claire de ce qu'ils attaquent : ce qui leur semble à eux-mêmes, horresco referens semble-t-il, naturel. - Et quoi qu'il en soit de mes réserves théoriques, il est bien évident qu'il y a des choses plus ou moins naturelles. On peut éventuellement considérer la sodomie comme naturelle, pas la pilule du lendemain, l'avortement ou le transsexualisme. Même Jacques Attali, on se dit que c'est limite.

mercredi 12 juillet 2017

Programme socialiste : guillotinons la bite des Africains, cela résoudra les questions économiques, terroristes, climatiques.

Voici, remis dans son contexte, malgré quelques sérieuses coupures, le texte de P. Muray relatif au Docteur Guillotin. J'espère que certains points deviendront plus compréhensibles, ou que l'importance de certains points - le médecin à la fois hygiéniste et assassin - apparaîtra plus clairement.

"Cette Harmonie est fondamentale dans l'économie de l'organisation dixneuviémiste. Rien ne prouve, n'est-ce pas, qu'il y aurait à la base une béance, un manque, un trou. Pourquoi pas plutôt une Harmonie oubliée ? A tous les niveaux - poétique, politique, philosophique, idéologique - de la sublimation sexuelle, le 19e est mobilisé par le militantisme de l'Harmonie. Ce qui explique d'ailleurs en partie la répulsion générale, plus tard, pour l'intervention de Freud remettant le genre humain dans son ornière de castration. Réactualisant brusquement sous d'autres noms la dissonance qui constitue le sujet alors que celui-ci vient justement de se persuader qu'il était tombé d'une Harmonie indicible… (…)

Un spectre tremble derrière le socialisme, c'est celui de la maladie. Le socialisme n'est pas une maladie, mais l'illusion qu'il y aurait une maladie que l'on pourrait guérir. (…)

Sans les progrès de la médecine, il n'y aurait peut-être pas eu de socialisme. Celui-ci épouse idéologiquement les étapes de l'entreprise de sauvetage médical des hommes. Tout cela prend naissance au 19e en même temps que les yeux s'ouvrent sur une nouvelle catégorie à prendre en compte : la démographie. La multiplication de la population. Dont toutes les théories du pouvoir vont désormais s'occuper. Pour s'assurer d'un droit de vie et de mort sur la prolifération. Essayer de l'encourager, de la programmer. Trop nombreux ? Pas assez ? Combien ? Épidémies, hygiène, habitat, deviennent des sous-ensembles du nouvel ensemble majeur que personne ne pourra plus négliger désormais : la science démographique. L'ennuyeux, c'est qu'à se préoccuper si étroitement de la santé, on frôle d'inquiétantes tentations : c'est ainsi que naît médicalement la théorie de la dégénérescence, des sangs pourris, des sangs viciés, des souches épuisées qui ne se reproduisent plus. Des fins de races hémophiles héréditairement cariées. Les classes pourries…

Au fond du précipice, le racisme biologique attend son heure. Pourquoi les meilleures intentions finissent-elles si mal, si souvent ? Pourquoi le Bien ne se révèle-t-il finalement que comme un prétexte ? C'était déjà l'histoire d'un de ces modestes héros que la France néglige trop d'honorer : Joseph-Ignace Guillotin, le papa de la guillotine. Entré dans les ordres, chez les jésuites. Défroqué. Devenu médecin. Désigné par Louis XVI pour réfuter la théorie du magnétisme animal de Mesmer. Puis député de Paris en 1789. C'est à ce titre qu'il propose la décapitation par cette machine qui portera son nom. Afin que tous les condamnés à mort jouissent d'une rigoureuse égalité dans l'application des peines. En même temps, il rêve que la vaccination devienne obligatoire pour tout le monde : voilà son côté vouloir-guérir. Le vaccin et le rasoir : fonts baptismaux de l'égalité. C'est-à-dire de l'anticipation, par la loi, de l'Harmonie à reconquérir…"

Le paragraphe suivant, que j'ai déjà dû citer en tout ou partie il y a des années, et que je vous retranscrirai sans doute prochainement, a trait à la surpopulation et/ou à la notion de surpopulation. Ajoutons simplement, pour l'instant, que le malthusianisme naît à la même époque, et que notre président Macron, là encore avant tout socialiste (c'est peut-être ça la pensée dominante en France, plus que le libéralisme libertaire, le libéralisme socialiste, ou social-libéralisme), vient de nous pondre une petite déclaration d'esprit tout malthusien sur la démographie africaine. Ce qui ne signifie bien sûr pas que celle-ci ne soit pas un problème à prendre en compte : il s'agit plutôt de réfléchir à ce qui est variable d'ajustement, à ce qui est négociable, plus ou moins négociable, et à ce qui ne l'est pas.

mardi 11 juillet 2017

Malgré ?

Je lis : "Le nombre des avortements reste à un niveau très élevé en France malgré une utilisation massive de la contraception." Je ne juge pas plus les intentions de l'auteur que celui-ci ne juge celles de Mme Veil, mais il me semble qu'il aurait tort d'y voir une contradiction : si le but recherché est de baiser sans se reproduire, tout est bon, du coït interruptus ou la méthode Ogino à la pilule abortive ou l'avortement "pur et simple" - ici comme ailleurs, c'est le désir qui choisit les moyens. (Vous aurez compris que je vise plus les hypocrites qui poussent toujours pour plus de légalisation de la contraception et de l'avortement sous le prétexte que la légalisation de l'un permettrait de limiter la légalisation de l'autre, que Jean-Pierre Maugendre). - Je profite de l'occasion pour noter que si tout l'effort de notre « civilisation » consiste à faire comme si le sexe et la reproduction n'avaient aucun rapport, voire à nier qu'ils en aient un, voire, tant notre époque verse dans l'anachronisme et le négationnisme à tout va, à nier qu'ils en aient jamais eu un, eh bien il n'y a pas grande injustice à ce que des Arabes musulmans et des Africains de toutes religions nous remplacent. Recourons une fois de plus à une métaphore rugbystique : il ne sert à rien d'avoir les meilleurs trois quarts du monde s'ils n'ont jamais le ballon (no scrum no win : pas de bonne mêlée, pas de chance de victoire), il ne sert à rien d'avoir une civilisation plus cultivée (et encore, au train où ça va... mais passons) si l'on fait comme si on n'avait rien dans les couilles et le ventre. No balls no win. Tout cela est tellement évident quand on le formule.

Finissons pour aujourd'hui en relevant le léger trait d'humour de J.-P. Maugendre dans l'article qui nous sert de point de départ : le cocasse de l'histoire est que Simone Veil "est ainsi la première militante de La Manif Pour Tous à être accueillie au Panthéon." Les voies de Providence, quoi.

lundi 10 juillet 2017

A propos d'Adorno.

"La certitude que le réel est écrit dans une écriture de souffrance, de froideur et de dureté, a marqué l'accès au monde de cette philosophie. Elle ne croyait guère à une amélioration, mais elle ne cédait jamais à la tentation de devenir indifférente et de s'habituer à ce qui est. Rester sensible, c'était une attitude en quelque sorte utopique - maintenir les sens en éveil pour un bonheur qui ne viendra pas, mais qui, pendant que nous restons disposés à le recevoir, nous prémunit contre les pires chutes dans la brutalité."

P. Sloterdijk. Hélas vinrent les optimistes, et plus rien de nous prémunit contre "les pires chutes dans la brutalité"...

dimanche 9 juillet 2017

Conseil théologico-théorico-pratique.

"Lorsque vous rencontrez une contradiction, faites une distinction."

Saint Thomas.

samedi 8 juillet 2017

"Un de ces modestes héros que la France néglige trop d'honorer :

Joseph-Ignace Guillotin, le papa de la guillotine. Entré dans les ordres, chez les jésuites. Défroqué. Devenu médecin. Désigné par Louis XVI pour réfuter la théorie du magnétisme animal de Mesmer. Puis député de Paris en 1789. C'est à ce titre qu'il propose la décapitation par cette machine qui portera son nom. Afin que tous les condamnés à mort jouissent d'une rigoureuse égalité dans l'application des peines. En même temps, il rêve que la vaccination devienne obligatoire pour tout le monde : voilà son côté vouloir-guérir. Le vaccin et le rasoir : fonts baptismaux de l'égalité. C'est-à-dire de l'anticipation, par la loi, de l'Harmonie à reconquérir..."

Muray, encore. J'essaie de vous recopier sous peu ce qui précède et ce qui suit ce passage, pour que ce soit encore plus clair.

vendredi 7 juillet 2017

A l'occasion j'essaierai de montrer que Macron est plus socialiste que Hamon, et surtout que Hollande. En attendant, une nouvelle citation de P. Muray.

"L'illusion comique se déroule, c'est la messe globale de l'époque. Stendhal plus lucide que bien d'autres se pose brusquement, avant tout le monde, une curieuse question : pourquoi ne sommes-nous pas heureux ? Pourquoi les hommes de cette société n'accèdent-ils pas au bonheur ? Quoi ? Les Bastilles sont effondrées, les rois en déroute ou contrôlés, les féodalités effacées, les privilèges et les injustices en cours de liquidation. Nous devrions nous épanouir. Et pourtant non. Rien. La prostration. Une nouvelle façon d'être malheureux. Malgré le progrès pourtant réel. Comment les philosophes des Lumières ont-ils pu si radicalement se tromper dans leurs calculs sur l'avenir ? Question des effets pervers, première intuition des chocs en retour, du trajet tordu qui va des causes aux conséquences. Première vision du décalage entre l'ébauche théorique des conceptions du monde et leur application dans la réalité. On commence en voulant le bien et on finit en faisant le mal. La disparition du droit divin des rois qui aurait dû permettre un sensationnel développement du bonheur des peuples a laissé la place à l'empoignade des égaux, l'imitation féroce entre soi, l'étouffante anxiété des rivalités mutuelles. La montée du public actif qui veut se faire admirer et s'exaspère de ne pas l'être, exige qu'on l'applaudisse et s'aperçoit qu'il n'y a plus personne pour applaudir parce que tout le monde est grimpé sur scène ; ce qui fait monter d'un cran l'énervement du public, candidat au vedettariat impossible pour cause de disparition du public. Et ainsi de suite."

jeudi 6 juillet 2017

"Sans dégoût, sans horreur, abrégeant le procédé de la nature…" Hommage à Simone Veil et soutien à l'état paisible de son repos définitif au Panthéon.

"Il faut aussi lire Michelet, son Histoire de la Révolution française et plus précisément un étrange passage de celle-ci où éclate sa délectation à détailler un projet de monument pour « l'Empire de la Mort »…

C'est dans l'été torride de 1793, au plus saignant de la Terreur. Les cadavres des guillotinés s'accumulent et on redoute les épidémies. Les odeurs sont insupportables. (…) Certains cimetières dont la terre est trop argileuse commencent même à repousser les cadavres en surface. (…) On trouve de nouveaux terrains mais les cadences infernales de la guillotine les saturent l'un après l'autre. Le problème devient de plus en plus pressant. Comment se débarrasser des corps ? On essaie de trouver une solution en organisant un concours. Au plus inventif escamoteur… Les candidats se présentent, affluent. Avec des projets farfelus. Mais un seul retient vraiment Michelet. Un seul l'attire, le remue. Artiste comme il est, sensible… Avide de recueillir tous les signes qui, dans l'Histoire proche ou lointaine, annoncent la religion qu'il appelle de tous ses voeux… Voilà une vraie machine célibataire réellement capable de célébrer, d'accompagner et d'intégrer les événements révolutionnaires. D'absorber l'énormité du meurtre. De lui donner ses dimensions de sacré en long, en large et en travers. Dans son oeuvre d'historien qui n'est elle-même qu'un extraordinaire monument hyperfonctionnel élevé à la gloire de l'Empire de la Mort, cette description technique, méthodique et raffinée d'un appareil destiné à la fois à faire disparaître les cadavres et à entourer cette disparition d'une majesté toute moderne, m'apparaît comme une sorte de résumé, de condensé imagé de la méthode même de Michelet, de son travail et des raisons pour lesquelles il écrivait…

« Représentez-vous un vaste portique circulaire, à jour. D'un pilastre à l'autre, autant d'arcades, et sous chacune est une urne qui contient les cendres. Au centre, une grande pyramide, qui fume au sommet et aux quatre coins. Immense appareil chimique, qui, sans dégoût, sans horreur, abrégeant le procédé de la nature, eût pris une nation entière, au besoin, et de l'état maladif, orageux, souillé qu'on appelle la vie, l'eût transmise, par la flamme pure, à l'état paisible du repos définitif. »

Sans dégoût, sans horreur, voilà. Sans jouissance inutile au-delà de ce plaisir que donne une réalité parfaite. Ni mal ni bien. Neutralité incinérante. Il faut entendre la précision friande de Michelet et sa délectation refroidie au moment où il revit cet épisode en l'écrivant. Où il sauve de l'oubli ce projet de chef-d'oeuvre révolutionnaire, cette mécanique chimique capable de consumer au besoin « une nation entière »… Le monument n'a pas été réalisé en 1793 ? Qu'aurait pensé Michelet apprenant que ce projet rejeté par les instances de la Terreur ne s'était nullement perdu et qu'on devait au contraire le retrouver amplifié et généralisé cent cinquante ans plus tard chez les spécialistes nazis de la transmutation de « nations entières » de l'état maladif de vie à celui paisible du repos ?"

Philippe Muray, 1984. Soit quelques années déjà après que la loi Giscard-Chirac-et-quand-même-beaucoup-Veil, abrégeant dès les premiers temps « l'état maladif de vie », avait commencé son travail de transmutation… Il est dommage que P. Muray - qui, pour des raisons en partie liées à sa génération, en partie à son héritage chrétien, en partie à son manque de courage, ne s'exprimait pas beaucoup sur la question juive, n'ait pas lui-même signalé cette sombre ironie dans la continuité de l'histoire, de la Terreur à l'avortement en passant par les chambres à gaz. Quant à ce qu'aurait pensé Michelet… Peut-être aurait-il évoqué une dérive par rapport à l'esprit originel de la Révolution, ou rappelé que la peine de mort est toujours un drame!

mercredi 5 juillet 2017

"Chacun fait-fait-fait / C'qui lui plaît-plaît-plaît... MON DIEU J'PEUX MÊME PAS JOUIR !" !"

Et la femme de répondre : "Tant pis pour toi, il faut dormir."

mardi 4 juillet 2017

Walter Benjamin ne pensait pas printemps.

"Il faut fonder le concept de progrès sur l'idée de catastrophe. Que les choses continuent à “aller ainsi”, voilà la catastrophe."

Et que des gens de gauche puissent à la fois citer (et en quel nombre, à une époque !) Benjamin et rester progressistes, voilà la bouffonnerie. Il est vrai qu'il est difficile d'être de gauche sans être progressiste, il est difficile d'être de gauche sans être en marche. Voilà la catastrophe - et la voilà de plus en plus proche. On peut en revanche être humaniste sans être progressiste : psychologiquement et intellectuellement, c'est beaucoup plus reposant.

lundi 3 juillet 2017

Gustave Flaubert ne pensait pas printemps.

"La Magie croit aux transformations immédiates par la vertu des formules, exactement comme le Socialisme."

(Exergue du 19e siècle à travers les âges, P. Muray.)

dimanche 2 juillet 2017

Paul Morand rend hommage à Pierre Laval.

S'il est une personnalité de la période de l'Occupation qui n'a pas la cote, il s'agit bien de Laval. De Gaulle, Pétain, Céline, Aragon, Desnos, Rebatet, Drieu, etc., chacun a des fidèles. Est-ce dû à son physique d'auvergnat roublard et vouté ou à sa position intermédiaire dans la hiérarchie (ni vraiment chef qui endosse les responsabilités, ni simple serviteur que l'on peut dédouaner de tout), ou tout simplement au fait que dans un pays où on aime les grands mots il pâtit de son côté professionnel de la politique, qui laisse livres, discours et envolées aux autres (on imagine sa tronche devant une formule comme : "Pensez printemps !"), Laval semble n'avoir eu pour défenseurs après sa mort que sa famille et ses avocats. Une exception donc, Morand. Lequel écrivait à Josée de Chambrun, la fille de Laval :

"Malraux parle de l'extraordinaire don prophétique de De Gaulle. Mais de Laval : l'Angleterre sera rayée des grandes puissances, la Russie gagnera la guerre et l'Allemagne économique dominera l'Europe, ce n'est pas mal non plus ?"

samedi 1 juillet 2017

Le règne de la quantité et les signes du temps.

"A raison de quelque 200.000 victimes par an, mal an mal an, on arrive à près de 8,5 millions de petites vies supprimées avec la bénédiction du législateur, et donc de la législatrice [Simone Veil, vous l'aurez compris], sans compter les effets épouvantables sur les femmes qui ont cru qu'avorter, cela ne se faisait sans doute pas « de gaieté de cœur » mais que c'était une sorte de droit."

Jeanne Smits. Il y a toutes sortes de droits, pour sûr. Allez, une autre citation (c'est la revue du presse du Salon beige en ce moment) - c'est un peu la même chose, mais avec un côté comique :

"Voici que Monsignore Luigi Capozzi, du diocèse de Palestrina, secrétaire du cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pour les textes législatifs, soutien fervent du pape François, a été arrêté en flagrant délit, lors d’une opération éclair de la gendarmerie vaticane qui est “tombée” sur une orgie homosexuelle. C’était il y a deux mois environ, mais l’affaire fut tenue très secrète. Et cela se passa dans l’austère palais du Saint-Office ! Car c’est là que se trouvait l’appartement de fonction de don Luigi, qui lui servait à organiser des soirées gays à base de drogue. Cependant qu’il utilisait sa BMW, préservée des contrôles policiers par son immatriculation SCV de l’État du Vatican, pour transporter de la poudre blanche."

De la poudre de Perlimpinpin pour Marine ?

vendredi 30 juin 2017

Là encore, il ne s'agit pas de « gauche » ou de « droite ».

"La question de l’identité est-elle un «faux débat» comme le suggère Xavier Bertrand ou une angoisse réelle qui traverse la société française ?

- Il faut un certain culot pour décréter que la question identitaire est un faux débat, alors qu’elle canalise une angoisse de dépossession partout présente en Occident, et qui transforme en profondeur la vie politique. Qu’on le veuille ou non, la peur de devenir étranger chez soi hante notre époque et elle n’a rien d’une panique identitaire, pour reprendre le dernier slogan à la mode qu’on veut nous faire prendre pour un concept. Elle est fondée. Une certaine sociologie militante entend pourtant faire barrage au réel : pour elle, la question identitaire ne serait qu’une thématique propre à l’extrême droite, comme on le dit dans la novlangue progressiste. Autrement dit, celui qui aborde cette question ne s’intéresse pas aux inquiétudes qui façonnent la société contemporaine non plus qu’aux effets terribles de la décomposition culturelle d’une communauté politique : il signe son allégeance au camp des proscrits, ceux dont on ne parle qu’en nous mettant en garde contre eux. Il faut pourtant revenir aux choses simples : une société qui voit ses grands symboles historiques discrédités, qui pousse l’hétérogénéité identitaire jusqu’à l’éclatement culturel, qui voit ses mœurs moquées et même agressées, qui connaît une mutation démographique significative, qui voit ses frontières moquées, qui voit sa souveraineté de plus en plus corsetée, est en droit de se questionner sur son identité et sur les transformations de ce qu’on appellera son être historique. Le système médiatique est parvenu à neutraliser politiquement cette question ces derniers mois, à la chasser de la présidentielle, mais elle resurgira. En fait, elle resurgit déjà."

M. Bock-Coté.

jeudi 29 juin 2017

"Les étrangers le savent bien, eux, que tout ce qui a été fait de grand en France depuis deux siècles a été fait contre la Révolution française !"

Un guide au château de Versailles, il y a longtemps. J'y repensais en découvrant ce matin cette tirade de l'auteur du Petit prince, plus best-seller international tu meurs :

"J'ai eu raison, je crois, dans tout ce que j'ai pensé depuis deux ans sur les affaires de mon pays. Je n'aime pas plus aujourd'hui le général De Gaulle. C'est ça, la menace de dictature. C'est ça, le national-socialisme. Je n'aime pas la dictature, la haine politique, le credo du parti unique. Quand le national-socialisme meurt ailleurs, ce n'est vraiment pas raisonnable de le réinventer pour la France. Je suis très impressionné par cette bande de fous. Leur appétit de massacre entre Français, leurs souhaits en ce qui concerne la politique d'après-guerre (bloc européen) conduira une France aussi affaiblie que l'Espagne à ne plus être qu'un satellite de la Russie ou de l'Allemagne. Ce n'est pas dans cette direction que loge pour moi la vérité."

Inutile je pense d'insister sur l'actualité de ces phrases. Plus généralement, et même si je les ai trouvées sur un site de droite anti-gaullien, il ne faut pas analyser l'antipathie du militaire Saint-Exupéry pour le militaire de Gaulle (qui connaissait son Barrès et son Maurras) en termes de gauche ou de droite, de « plus à droite » ou de « moins à gauche » : parce qu'on s'y emmêlerait les pinceaux et parce que ce n'est justement pas la question première. Celle-ci est plus je crois de l'ordre du ressenti, du ressenti de ce que la démocratie fait des Français - "des veaux", on connaît la formule du Général, mais des veaux que l'on dresse en permanence les uns contre les autres, ajoute Saint-Ex, et on n'en voit pas le bout.

On le voit d'autant moins que la logique motrice intrinsèque des « droits » n'a pas de limite en elle-même : il n'y a pas de raison que ça s'arrête : on peut toujours trouver de nouveaux « droits » et faire chier tout le monde avec. En Marche ! En Marche !

mercredi 28 juin 2017

"Il faudra donc ordonner, contraindre et punir."

"Mais jusqu'à quel point la sévérité est-elle permise, et quel est celui où elle devient crime ? Ce qu'on peut dire de certain, c'est que toute sévérité est innocente si elle est nécessaire. Ce qu'on peut avancer encore avec une pleine certitude, c'est que la réaction de la souveraineté qui se défend doit être proportionnée à l'action de l'ennemi qui l'attaque. Sur ce principe, qui ne peut être contesté, on est forcé de s'apitoyer beaucoup moins sur de grands actes de rigueur qui ne furent réellement [en réalité, note de AMG] que des malheurs. Voyez ce cadavre étendu sur le grand chemin : le meurtrier est à côté ; il excite toute votre indignation, mais dès que vous apprenez que ce meurtrier est un voyageur tranquille et que l'autre était un brigand qui est tombé victime d'une juste défense, la pitié disparaît. Le droit, en s'agrandissant, est toujours le même. Ce n'est point par leur sévérité mais par leur nécessité qu'il faut juger la moralité des exécutions par lesquelles une souveraineté attaquée se défend. Tout ce qui n'est pas indispensable est criminel, mais tout ce qu'on peut imaginer de plus terrible est licite s'il n'y avait pas moyen de se défendre autrement. Qu'on ne vienne point nous dire : J'ai vu des deux côtés la fourbe et la fureur [citation de Voltaire, note de AMG]. Eh ! sans doute les passions humaines sont indestructibles, et les hommes, même pour le bon droit, se battent comme des hommes ; mais il n'y a point de comparaison à faire. Si dans une guerre excitée par des rebelles, il périt cent mille hommes de part et d'autre, du côté de la souveraineté on a donné cent mille morts, et de l'autre on a commis cent mille meurtres. Des vérités aussi simples ne peuvent échapper à personne."

Joseph de Maistre. Envoyé directement sur le « Mur des cons » des juges qui confondent la proportion et l'égalité, qui identifient un affrontement entre rebelles (que ceux-ci aient ou non raison, c'est une autre histoire) et forces de l'ordre (que l'ordre en question soit juste ou non, c'est une autre histoire) avec un duel à armes égales entre deux personnes de force à peu près comparable, et que le meilleur gagne. Pour reprendre la formule de Maistre : entre ces deux types de combat, "il n'y a point de comparaison à faire."

mardi 27 juin 2017

L'incendie du Reichstag, ou de l'amalgame à géométrie variable.

L'information vient du Monde, elle est donc forcément vraie :

"Pour la première fois, l’État est partenaire de la Marche des fiertés LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) de Paris, par le biais du soutien de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). Ce champ de compétences a été ajouté à la délégation après l’attentat homophobe d’Orlando, qui avait fait 49 morts le 12 juin 2016."

On ne donnera pas trop de portée à ce financement direct par l'État, puisque cela fait longtemps que des associations qu'il subventionne sont partie prenante de cet événement. On s'étonnera plus du raisonnement : un Américain de religion musulmane, plus ou moins « radicalisé », assez clairement pédé lui-même (Libération, expert en la matière, le dit, c'est donc forcément vrai), massacre des homos américains aux États-Unis - quel rapport avec la France ?

Quand un musulman tue un non-musulman en expliquant lui-même que c'est au nom de sa religion, on dit qu'il ne faut pas faire d'amalgame et que ce n'est pas l'Islam en soi (si cela existe) qui est responsable. Mais quand des homosexuels se font tuer, où que ce soit dans le monde, et même s'il semble que le meurtrier soit lui-même homosexuel, c'est la faute à l'HOMOPHOBIE, point barre, et tout le monde doit fermer sa gueule - et l'État français (je rigole) allonge la monnaie. (Et Édouard Louis nous explique que si des Arabes musulmans sont homophobes, c'est la faute de l'homme blanc hétérosexuel. Édouard Louis est (un) simple. Si simple qu'un esprit doué d'un peu de charité chrétienne n'arrive pas à le détester autant qu'il le faudrait.)

lundi 26 juin 2017

Parole d'expérience.

A Jean Cavaillès, philosophe et bientôt résistant (et bientôt résistant mort), un soldat allemand tout frais arrivé en France, fit remarquer, peu de temps après la débâcle et non sans surprise :

"Vous avez tenu moins longtemps que la Pologne."

dimanche 25 juin 2017

"Voici un autre mot, assez singulier pour nous, d'un théologien musulman.

Hallâj passait avec ses disciples dans une rue de Bagdad où ils surprennent le son d'une flûte exquise. Un de ses disciples lui demande : « Qu'est-ce que c'est ? » Il répond : « C'est la voix de Satan qui pleure sur le monde. »

Comment faut-il commenter ? « Pourquoi pleure-t-il sur le monde ? Satan pleure sur le monde parce qu'il veut le faire survivre à la destruction, il pleure sur les choses qui passent, il veut les ranimer tandis que Dieu seul reste. Satan a été condamné à s'attacher aux choses qui passent, et c'est pour ça qu'il pleure. »"

Et cela donne une « flûte exquise »... Massignon (et Hallâj).

samedi 24 juin 2017

"Tout misanthrope, si sincère soit-il...

..., rappelle par moments ce vieux poète cloué au lit et complètement oublié, qui, furieux contre ses contemporains, avait décrété qu'il ne voulait plus en recevoir aucun. Sa femme, par charité, allait sonner de temps en temps à la porte."

Cioran.

vendredi 23 juin 2017

Nietzsche personnage d'un roman de Dostoïevski.

"Si Nietzsche a poursuivi Socrate de sa haine (en épargnant Platon !) autant que le Crucifié, c'est qu'il les savait seuls imitables, réellement et noblement."

Et que ça lui faisait mal au cul, puisqu'il se savait incapable de les imiter, « réellement et noblement ». (Citation de P. Boutang, commentaire de votre serviteur.)

jeudi 22 juin 2017

"Mais force est de constater que tel n'était pas l'avis de Dieu..."

"En distinguant le contenu du dogme de la forme canonique que l'Église lui a donnée, nous n'entendons cautionner aucun principe d'une remise en cause permanente de cette forme, comme il est d'usage aujourd'hui. Au contraire, nous croyons que la forme canonique fixée par l'Église est en fait - sinon en droit - le seul moyen d'accéder à une intelligence certaine et objective de son contenu, pour autant que cela est possible. C'est pourquoi nous paraît à quelques égards inconsidérée la déclaration de Jean XXIII dans son discours d'ouverture du IIe Concile de Vatican (11 octobre 1962), concernant la doctrine catholique ; il affirme en effet sans rien plus : « Il importe que cette doctrine certaine et immuable, soit étudiée et exposée selon les méthodes qu'exige la conjoncture présente. Autre en effet est la substance de l'antique doctrine du dépôt de la foi, et autre est la formulation de son revêtement ». Propos inconsidérés parce que, sous une apparence classique, ils introduisent un principe révolutionnaire. La distinction de la substance de la foi et des formes qui l'expriment est traditionnelle. Les théologiens parlent de l'immutabilité substantielle du dogme ; en droit, l'Église garde le pouvoir, si besoin est, de modifier leur forme, alors même qu'elle a a été antérieurement et solennellement définie - bien qu'en fait cela ne se soit jamais produit. Mais encore faut-il qu'elle se propose effectivement de le faire et qu'elle en exprime publiquement l'intention. Or, Jean XXIII affirme explicitement le contraire : « Le punctum saliens de ce Concile n'est pas la discussion de tel ou tel thème de la doctrine fondamentale de l'Église ». On doit en conclure logiquement qu'aux yeux du pape, toucher à la forme des dogmes ne relève pas de la dogmatique : étonnante inconscience des problèmes philosophiques que posent les rapports de la forme et du fond. Car il devrait être évident que la distinction de la substance et de la forme d'un dogme, ne saurait être, quoad nos, c'est-à-dire du point de la vue de la connaissance humaine, envisagée de telle sorte que nous pourrions séparer réellement la substance du dépôt de la formulation dont elle est est dite être « revêtue ». L'image du « revêtement » est d'ailleurs discutable. La formulation dogmatique n'est pas un vêtement dont l'Église habillerait la nue vérité du dogme, comme une fillette habille et déshabille sa poupée. La formulation dogmatique, voulue et donc garantie par le Saint Esprit, est un signe d'orientation pour l'intelligence théologique, elle définit le mode selon lequel la Sagesse divine veut nous donner accès au mystère en tant que tel, parce qu'Elle seule sait ce qui est bon pour nous, et qu'ainsi nous sommes assurés, non de voir le mystère dans son essence - ce qui excède la capacité ordinaire de l'intelligence - mais au moins de regarder dans la bonne direction. A défaut de ce signe d'orientation, de ce symbole de la foi, ou nous ne savons pas où regarder, ou, ce qui est plus grave, nous ne regardons pas dans la bonne direction et nous théologisons (ou « métaphysiquons ») sur un objet qui, en réalité, n'est pas celui dont nous croyons parler. Tout ce que nous pouvons faire, relativement à ces symboles dogmatiques, c'est de les interpréter théologiquement, c'est-à-dire de les comprendre d'abord, de les expliquer ensuite selon les besoins des auditoires et des temps. Mais il n'est pas possible de les formuler au gré de ce qu'on pense être une compréhension plus profonde, laquelle, d'ailleurs, sous peine d'arbitraire - et donc d'illégitimité - ne saurait avoir d'autre point de départ que la formulation canonique elle-même.

Cela ne signifie évidemment pas que les formulations dogmatiques descendent du Ciel toutes formées. Comme le corps du Christ qui est tiré de la substance humaine de Marie, les formulations dogmatiques sont tirées des cultures humaines, particulièrement de la culture grecque. Elles sont donc marquées d'une certaine contingence et tributaires de la philosophie qui, formellement parlant, est chose grecque. Certains estimeront sans doute que tel autre langage spéculatif eût été mieux approprié : le langage du vedânta par exemple. Mais force est de constater que tel n'était pas l'avis de Dieu, puisque c'est Dieu Lui-même qui s'est incarné en un lieu et un temps où la révélation abrahamique se conjoignait à la tradition philosophique des Grecs, ce dont témoigne irréfutablement la décision johannique de nommer le Fils Logos. Il faut en conclure - Dieu sachant ce qu'Il fait - que nul autre langage n'était plus apte à exprimer les vérités de la foi que celui de la tradition philosophique. D'autre part, en assumant certains éléments de cette tradition, la foi chrétienne les a consacrés et rendus canoniques. Dès lors, ces formes culturelles, contingentes à quelques égards (tout ce qui se dit ainsi, pour cette raison même, pourrait se dire autrement), acquièrent une déterminité normative. Ces formes spéculatives furent d'abord, nous le reconnaissons, et l'histoire de leur élaboration hésitante nous le confirme, des manières de comprendre parmi d'autres également possibles ou même provisoirement retenues et finalement rejetées. Comment s'en étonner ? L'histoire de Dieu est écrite avec des hommes et des mots humains. On se représente parfois l'élaboration dogmatique de la doctrine chrétienne comme une histoire dirigée. Dans un centre caché, des Supérieurs plus ou moins inconnus, sachant ce qu'il faut dire et comment le dire, agissent en connaissance de cause et prennent chaque fois les décisions qu'impose le moment cyclique. Cette vue est imaginaire et ne satisfait que notre goût pour les “machinations ésotériques”. En réalité, mis à part les cas, assez rares, où le Saint Esprit « parle par ses prophètes », les hommes, fussent-ils évêques ou papes, ne savent pas a priori ce qu'il faut dire pour répondre aux questions qui se posent, ni comment il faut le dire. Ils ne connaissent, en toute certitude, que ce qui a été enseigné directement par le Christ ou par les Apôtres à qui a été confié le dépôt de toute la révélation et qui possèdent donc l'intégralité de la science dogmatique. Mais le mode selon lequel cette science est communiquée comporte toujours une part d'implicite, puisque, par définition, aucune forme n'épuise son objet. Par conséquent se présentera toujours également la nécessité, lorsque cet implicite n'est plus entendu et que surgissent les incompréhensions, d'avoir à expliciter avec autorité les points litigieux et restés latents du dépôt de la foi. L'Église alors entre en recherche, s'efforçant d'entendre la foi commune, c'est-à-dire universelle ou catholique, et de l'exprimer à l'aide des ressources des cultures humaines, celles du moins dont elle a l'expérience.

Il y a donc une genèse historique des formulations conciliaires : d'abord « manières de comprendre », elles deviennent « modes canoniques d'exposition », et Dieu ne dicte pas aux Père conciliaires ce qu'ils doivent décider. De même celui qui aurait pu, de l'extérieur, observer la grossesse de Marie et la formation de l'Enfant dans son sein n'y eût rien vu que de naturel : un développement semblable à celui de toutes les grossesses humaines ; et cependant c'était le fruit du Saint Esprit. Une fois paru, cet homme Jésus, en tout semblable aux hommes, était pourtant unique : nouvel Adam, son humanité devient normative et révélatrice. Ainsi, mutatis mutandis, des décisions conciliaires. Et c'est pourquoi, dans leur forme même, elles doivent être regardées comme pratiquement immuables.

Nous résumerons notre pensée en disant qu'en matière dogmatique, il faut distinguer le mystère en soi qui se ramène, en fin de compte, à tel “aspect” de la Réalité divine, la formulation dogmatique, élaborée par l'Église, qui donne à contempler le mystère selon le mode humain d'expression voulu par le Saint Esprit, et l'interprétation développée par l'intelligence théologique sur la base consacrée de sa formulation dogmatique. Sans doute y a-t-il une part d'interprétation dans toute formulation, puisqu'elle est d'origine humaine. Mais cette part est minimale dans la mesure même où son élection par le Magistère ecclésial au titre de forme dogmatique, l'arrache à sa contingence culturelle, à son enracinement dans le terreau d'un langage particulier, lui confère une sorte de virginité sémantique et, finalement, en la consacrant, la transfigure."

Jean Borella (on peut être à la fois anti-Vatican II et anti-complotiste.)

mercredi 21 juin 2017

La promotion de l'homosexualité est synonyme de décadence, mais la promotion de la « virilité » aussi.

Si je mets des guillemets à virilité et pas à homosexualité, c'est d'une part que le second concept est nettement plus établi et clair que le premier ; d'autre part que ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai quelque réserve à l'égard de ceux qui parlent de virilité à tout bout de champ.

Quoi qu'il en soit, je retombe dans mes fichiers sur des remarques de Pierre Boutang relatives au Banquet de Platon, qu'il a très clairement traduit. Il y évoque le personnage de Pausanias, qu'il compare à l'un de ses contemporains, Roger Peyrefitte : des pédés mondains et cultivés, intelligents et sympathiques, qui testent et comparent les garçons de tous pays, dans une optique de raffinement érotique non exempte, il s'en faut, de misogynie. Il se trouve que Pausanias est aussi un contempteur de la décadence, et P. Boutang n'a pas de mal à montrer la part de cohérence de ces actes et discours :

"Son cas n'est pas rare : toutes les décadences sont misogynes, remontent, en un histrionisme héroïque, vers l'âge d'or purement viril ; au début il ne s'agit que d'une réaction contre les abus de la maternité ou féminité reine : Proudhon contre les « femmelins » ; puis les obstacles sont levés, lentement, et l'Éros ouranien, selon Pausanias ou Peyrefitte, se déclare et corrompt la société à tous ses niveaux. Le Banquet, bien que les intéressés s'y soient trompés très souvent, réagit contre cette misère, sans prétendre la déshonorer absolument ni l'extirper : il n'y a pas trace de misogynie, au contraire, chez Platon, et l'invincible résistance de Socrate aux provocations d'Alcibiade, autant que le principe, posé et révélé par Diotime, d'une liaison nécessaire d'Éros avec la fécondité naturelle ou spirituelle, sont le signe d'une attitude assez rare, contraire à l'esprit de son temps et qui, en cela aussi, comme le pensait Simone Weil, prophétise le christianisme."

C'est un point sur lequel Boutang et votre humble serviteur sont assez nabiens : la féminisation et l'homosexualisation de la société sont allées de pair, et il arrive que pour réagir à l'une de ces tendances (et pour suggérer au passage qu'on a une grosse bite ; rien que de poser le problème en ces termes est un problème) l'on encourage l'autre. - C'est des homosexuels et non des Juifs que l'Abbé Grégoire aurait dû écrire qu'il faut les considérer en tant que personnes et ne rien leur céder en tant que peuple, ni même en tant que couple, et je fais exprès de corriger sa formulation.

mardi 20 juin 2017

S. Giocanti cite Boutang qui cite Maurras.

Dans une lettre à Boutang (alors en pleine déprime), Maurras "revient à sa conception entropique de la démocratie, comme force consommatrice de la civilisation. « Même si cet optimisme était en défaut, et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, la démocratie (…) étant devenue irrésistible, c'est la mort, c'est le mal qui doivent l'emporter, et qu'elle ait eu pour fonction historique de fermer l'histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique il faut que cette arche franco-catholique soit construite et mise à l'eau face au triomphe du Pire et des pires. Ce qu'il y a de bien et de beau dans l'homme ne se sera pas laissé faire. »

Cité par Boutang dans son Maurras, p. 647, je ne sais pas si la coupure est de Boutang ou de Giocanti. Il se peut que j'aie déjà aussi cité cette phrase, je ne m'en souviens plus, mais comme en ce moment plus on voit Macron et plus on repense à Maurras...

lundi 19 juin 2017

Rappel de quelques fondamentaux de l'universalisme chrétien. "Pacifiant par Lui, dans le sang de sa croix..."

C'est un texte un rien touffu, mais pas confus, du grand Jean Borella. J'avais prévu d'ailleurs quelque chose de sensiblement plus dense et de plus important du même Borella, mais ce sera j'espère pour une autre fois. Bons Champs-Élysées, bon ramadan, bon Jupiter... Saint Paul, c'est une autre bière.

"L'universalité de l'annonce (kerygma) du mystèrion ne répond donc pas essentiellement à un désir de prosélytisme, au besoin qu'éprouverait l'Apôtre Paul de voir le tout le monde “faire comme lui”, par une sorte de volonté hégémonique d'éliminer les différences. Encore moins s'agit-il d'une exigence extrinsèque ou quasi-accidentelle du genre : “il se trouve que le christianisme est une religion universaliste”. Mais, ce que nous dit S. Paul, c'est qu'il a pris conscience de la véritable dimension de ce mystèrion christique, de sa véritable nature. Et il y a là quelque chose de tellement extraordinaire, de tellement inouï, que le Juif hellénisé qu'est Saül, savant parmi les savants ès sciences religieuses, en a été bouleversé de fond en comble, terrassé de lumière, empli d'une révélation stupéfiante : si le kérygme du Christ Jésus est « pour tous les hommes », c'est parce que dans ce Christ réside le mystèrion de la religio universalis, le secret de l'Alliance universelle de toute chose avec toute chose et avec Dieu. En Lui « ceux qui étaient loin » sont devenus « proches », car c'est « Lui qui des deux mondes en a fait un seul, renversant le mur qui les séparait » (Ep., II, 13-15), si bien qu'en Lui « il n'y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni masculin ni féminin » (Gal., III, 28). Et cette religio universalis, cette alliance universelle à laquelle sont appelés tous les hommes, découle de la nature même du Christ, et constitue l'essence même de sa fonction dans l'histoire universelle du salut. Si c'est par le Christ « qu'il a plu à Dieu de réconcilier toutes choses en les menant vers Lui, pacifiant par Lui, dans le sang de sa croix, ce qui est de la terre comme ce qui est des cieux » (Col., I, 20), c'est parce que « en Lui habite corporellement le plérôme de la Déité » (ibid., II, 9). Voilà « le mystèrion tenu caché aux siècles et aux générations et qui maintenant a été manifesté », le mystèrion dont Paul est « le ministre » (ibid., I, 25-26) et qu'il a mission de faire connaître."

dimanche 18 juin 2017

"Ils parlaient de la Shoah qui avait été sanctifiée, mais eux ils sanctifiaient la liberté d'expression, c'était pas mieux."

M.-É. Nabe, « ils » étant en l'occurrence Dieudonné et B. Gaccio. On peut même se demander si les deux « sanctifications » n'ont pas été contemporaines. Liberté d'expression pour tout le monde, sauf pour les révisionnistes. Liberté d'expression pour tout le monde, surtout pour mettre en doute les chambres à gaz. C'est souvent comme ça avec les principes, plus ils sont généraux et moins on les énonce sans arrière-pensées. - Dans les premières années de ce blog je remarquais que l'existence de R. Faurisson n'était pas sans rendre quelque service à C. Lanzmann, et réciproquement.

samedi 17 juin 2017

Ma coiffeuse et Simone Weil rendent hommage à Helmut Kohl.

"Si les Le Pen sont fascistes de père en fille et pour toujours, pourquoi est-ce que nous discutons avec les Allemands ? Ils ont été nazis une fois, ils doivent donc l'être toujours. Pourquoi une réconciliation ici, et aucune possibilité de réconciliation là ?" (2017)

"La force de l'Allemagne dans l'Europe contemporaine est incontestable et date déjà de loin. Si le sens de l'organisation, du travail efficace et de l'État, possédé à un degré supérieur, implique un droit surnaturel à coloniser autrui - et a-t-on jamais justifié autrement la colonisation ? - une grande partie du territoire européen peut être regardée comme surnaturellement destinée à une colonisation allemande ; notamment l'Italie, l'Espagne, l'Europe centrale, la Russie ; le cas de la France est différent, mais moins que nous n'aimerions le croire. De ces territoires, l'Italie et l'Espagne semblent bien déjà être à peu près réduites à cette situation, restituant ainsi à Hitler, la Flandre et l'Amérique exceptées, l'empire de Charles Quint. Un pays si méthodique et si dévoué, une fois pris par l'exaltation mystique de la volonté de puissance, conduit par un chef qui joint les avantages d'une demi-hystérie à tous ceux d'une intelligence politique au plus haut point lucide et audacieuse, peut aller loin." (1939)