jeudi 26 avril 2018

A vaincre sans péril...

Autant dire que si nous ne perdons pas, nous n'aurons pas volé notre gloire ! - Je reproduis aujourd’hui une série de tweets publiés hier par Julien Rochedy, c'est à la fois une description de certaines de nos difficultés et l'énoncé d'un objectif. L’idée, qu’il avait déjà exprimée il y a un ou deux ans dans une vidéo, selon laquelle nous étions devenus les Grecs de l’Empire romain que sont les États-Unis, et que par voie de conséquence ceux-ci nous maintiennent dans un état de sujétion et d’instabilité, m’avait frappé, elle s’intègre ici dans une réflexion globale, à laquelle je n’ai rien à ajouter. - Sauf une remarque sur la schizophrénie des Américains, aisés ou non, conscients de tout cela ou non, qui aimeraient tout de même que l’Europe, lorsqu’ils la visitent et viennent y apprendre un certain sens du passé, soit aussi belle qu’avant, alors que leur pays se bat plus ou moins sournoisement pour que ce ne soit pas le cas, et pour briser le lien entre notre passé et notre présent. 

Un autre commentaire, si : puisqu’il est question de "thalassocratie", j’en profite pour placer ici le concept d’"ouranocratie", inventé par un lecteur d’Alain de Benoist dont je ne connais pas le nom. En gros, après le pouvoir de la terre et celui de la mer, il s’agit du pouvoir du ciel, en l’occurrence de ce qui risque de vous tomber sur la gueule, bombe, gaz, drone, et vous foudroie en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Le père de cette idée est un disciple de Malliarakis, il n’a pas l’air de courir après la gloire, le contexte me semble adapté pour, à ma modeste échelle, évoquer ce concept qui nous sort de la dichotomie traditionnelle thalassocratie / tellurocratie, sans avoir l’air d’essayer de lui piquer. Place ceci dit à Julien Rochedy : 

"Je me considère comme un Européen, non comme un occidentaliste. Cette distinction sémantique est lourde de sens et je l'explique dans ce thread.

L'Europe est pour les États-Unis ce qu'était la Grèce conquise vis à vis de Rome. Anciennement glorieuse mais divisée (cités/nations) puis conquise par l'Empire (Rome/USA) après de nombreuses guerres civiles (guerre du Péloponnèse/guerres mondiales).

Cet Empire a, apparement, les attributs de notre civilisation, mais c'est une illusion. Les États-Unis, depuis le départ, ont souhaité se bâtir en contre-modèle de l'Europe traditionnelle (lire les pères fondateurs).

De plus, la logique impériale induit nécessairement une politique à mener : celle de la déstabilisation de ses périphéries (l'Europe donc) et celle du vol de ses élites intellectuelles, scientifiques, pour survivre. Rome faisait cela avec ses territoires conquis.

Et comme par hasard, c'est exactement la politique que mène les USA depuis des années avec l'Europe : déstabilisation, division, accaparement des élites scientifiques, imposition d'un modèle contraire à l'Esprit européen (multiculturalisme, libéralisme - au sens américain - etc.)

Or il se trouve que la nature demande de défendre ce que l'on est. Ainsi, étant européen, je ne suis pas américain, et mes intérêts divergent des leurs. Celui des USA est fondamentalement de me maintenir dans un état de sujétion.

Les "patriotes" pro américains sont des cocus de la pire espèce qui donnent de la force à une puissance dont l'intérêt fondamental est de nous enlever nos propres forces. C'est une contradiction absolue.

Ceci ne signifie pas qu'il soit impossible de louer certaines actions américaines, de s'allier à eux de temps en temps et de collaborer parfois, mais nous ne sommes pas des américains et nous ne devons pas l'être, car cela serait à notre détriment.

Or, le concept d'occidentalisme tend à faire croire l'inverse. Que nous partageons une même civilisation et des mêmes intérêts. Ceci est faux sur toute la ligne et je vais donner deux exemples (parmi des centaines).


1- Quand les USA veulent déstabiliser le monde arabe et méditerranéen pour leur logique géopolitique et commerciale, ils se foutent que ce soit l'Europe qui en paye les conséquences (migrants, terrorisme etc).

2- Quand les USA font tout pour nous couper des Russes afin que "l'heartland" ne se réalise jamais pour ne pas concurrencer leur Empire thalassocratique, ils se foutent que ce soit l'Europe qui en paye le prix (notamment économique).

Ce sont deux exemples mais il y en a des centaines montrant que l'intérêt de l'Europe - le notre - ne colle pas du tout aux leurs. C'est normal et je ne leur en veux même pas de poursuivre leurs objectifs, c'est naturel.

En revanche j'en veux aux cons d'européens qui, eux, méconnaissent leurs intérêts profonds et se sentent - un peu beaucoup - américains parce qu'ils sont colonisés mentalement par la culture américaine et croient que les GI sont les meilleurs soldats au monde (la blague).


Notre avenir dépend de notre capacité à l'indépendance, alliés parfois aux USA mais pas leur suiveurs. A être point d'équilibre dans le monde entre les BRICS et l'Empire, retrouvant l'essence de notre civilisation élitiste et classique."

mercredi 25 avril 2018

Voici donc cette masse française...

Après Claudel, musardons un peu chez Montherlant : 

"Les gens disent qu’ils ne comprennent pas telle pensée, parce qu’elle est « trop subtile ».
Mais non. Ils ne la comprennent pas parce qu’elle est trop logique."

"XVIIIe siècle français, siècle de la femme. Et c’est dans ce siècle que la nation s’effémine".  (Et cela finit par une révolution, note de AMG.)

"On dit : « Il n’est pas sérieux », de quelqu’un qui ne prend pas au sérieux ce qui ne mérite pas de l’être."

"Le problème de la bêtise est peut-être le plus insondable de tous. On a rêvé des édens où les hommes seraient tous heureux, des édens où ils seraient tous bons. On n’a jamais rêvé d’édens où ils seraient tous intelligents ; cela n’est même pas rêvable."

"Il y avait déjà, au XIIe siècle, des que gens que dégoûtait l’idolâtrie (non l’amour) de la femme. Simon de Montfort, ayant lu une lettre où le roi d’Aragon disait à l’épouse d’un noble toulousain que c’était pour l’amour d’elle qu’il venait chasser les Français de sa terre, « et d’autres douceurs encore », dit : « Je crains un peu un roi qui vient traverser les desseins de Dieu pour l’amour d’une femme. »"



"Voici donc cette masse française, telle qu’en elle-même enfin le désespoir la change."

mardi 24 avril 2018

Claudel patriote, antisémite, prophète.

"Le Christ sanctionne l’existence des nations. Allez et enseignez les Nations (Matth., XXVIII).

Ainsi la vérité chrétienne affirme l’existence permanente des nations et les droits de la nationalité, tout en condamnant le nationalisme qui est pour un peuple ce que l’égoïsme est pour l’individu (Soloviev).

Cette nouvelle idolâtrie, cette folie épidémique qui pousse les peuples à adorer leur propre image au lieu de la Divinité suprême et universelle."


"Isaac donna naissance à la fois aux Deux Testaments, dont l’un supplantera l’autre."



"Notre croix est toujours faite sur mesure."

lundi 23 avril 2018

La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié.

En réalité, comme on peut le lire en creux dans ces propos de Renaud Camus (https://www.facebook.com/renaud.camus.16/posts/1492301604226648"), la culture est plus vulnérable que l'art et les humanités, eux-mêmes plus vulnérables que la religion. La culture, c'est ce qui peut se gommer. Mais c'est aussi, thème de la citation du jour, ce qu'il faut gommer : 

"La culture est étroitement liée à la phase bourgeoise de l’histoire des sociétés occidentales, en gros entre la fin du XVIIIe siècle et celle du XXe ; et s’il faut des dates emblématiques, nécessairement approximatives, disons 1789-1968. Hegel avait bien vu qu’elle était déjà un substitut au monde de l’art et des humanités, dont l’idéal était l’homme accompli plutôt que l’homme cultivé. La culture, c’est déjà du second degré, dans la relation avec l’art et avec la pensée. Mais en régime de Dictature de la petite bourgeoisie, la culture est un reproche permanent, un relief karstique du monde détruit : elle doit disparaître. Elle doit d’autant plus disparaître que, comme j’aime à le dire, jamais un peuple qui connaît ses classiques n’accepterait d’être mené sans rechigner dans les poubelles de l’histoire. L’hébétude est indispensable au génocide par substitution. D’où La Grande Déculturation, par le truchement de l’enseignement de l’oubli (l’École), de l’imbécilisation de masse (la télévision, les médias), de la drogue (dont il n’est pas indifférent que le trafic soit déjà entièrement entre les mains de l’Occupant)). Dans le même temps que l’École enseigne aux remplacés la haine de soi, et donc la soumission, elle enseigne aux remplaçants la haine de l’autre, des Français, des indigènes européens, des blancs."

dimanche 22 avril 2018

Féerie. Pour une autre fois...




"Montmartre ça va !… mais l’anglais !… d’abord Arlette parle pas anglais !… enfin pas trois mots… moi cette zaouterie miaoulerie postillonnerie me fait dégueuler !… Tel mon état !… tel qu’il se parle ! Y a que les traîtres qui parlent anglais et allemand, chinois, volapück et le « pelliculi » forcément !… La langue hollywoye !… pourquoi pas le batave ?… Donc on se parle pas on se fait des signes… Oh, elle a les signes Arlette, heureusement !… les danseuses, les vraies, les nées, elles sont faites d’ondes, pour ainsi dire !… pas que de chairs, roseurs, pirouettes !… leurs bras, leurs doigts… vous comprenez !… C’est utile dans les heures atroces… hors des mots alors ! plus de mots ! Les mains seulement ! les doigts… un geste, une grâce… c’est tout… La fleur de l’être… Vous battez du coeur, vous revivez !"

samedi 21 avril 2018

"Ainsi, l’artiste peut éventuellement devenir révolutionnaire…"

Divertimento ce samedi, on ne va pas être sérieux tous les jours. J’ai déniché par hasard un catalogue d’exposition, dans lequel l’inénarrable imbécile qu’était Maurice Clavel, et le sinistre humaniste pontifiant et ennuyeux qu’est toujours Edgar Morin, dont le compte Twitter constitue une suite pour le moins dense au Dictionnaire des idées reçues, lèchent gravement le cul à un artiste dont on apprend d’emblée qu’il vaut bien Goya, Daumier et le Greco, j’ai nommé... Marek Halter. Plutôt que de vous recopier les passages, j’ai pris quelques photos de ce livre exemplaire, et vous laisse juger par vous-mêmes. 








Après, il est possible de ne pas seulement rigoler. Que de purs produits du système d’éducation français comme MM. Clavel et Morin, qui en 1970 ne sont plus les perdreaux de l’année, s’enthousiasment et réfléchissent sur de telles bouses, cela prouve bien que le mal était fait longtemps avant Mai 68 : ces événements n’auraient pu à eux seuls faire tourner des têtes bien stables. - Clavel, rappelons-le, ami de Boutang (cela m’a toujours laissé perplexe… mais bon, parce que c’était lui, etc.), est celui qui présenta l’ancien secrétaire de Maurras, l’auteur dans l’après-guerre d’un livre assez antisémite, La République de Joinovici, à Bernard-Henri Lévy, dans un studio de télévision, au milieu des années 70. BHL, ou la preuve par l’exemple que ce que racontait Maurras sur l’antisémitisme politique n’était pas sans fondements : et Boutang, qui connaît ça par coeur, et qui par ailleurs a l’honnêteté et le bon sens de se poser des questions sur son propre rôle politique à la fin des années 30, d’essayer d’excuser Maurras devant celui-là même qui va pendant les quarante ans qui suivent donner d’une certaine manière raison au chef de l’Action française… Décidément, tout le monde marchait un peu sur la tête en cette période, Boutang à son niveau, Morin et Clavel au leur. Que ce niveau soit situé plusieurs étages plus bas permet plus aisément d’en rire - surtout que nous connaissons la suite de l’histoire, ne l’oublions pas - ; tout cela n’en reste pas moins à pleurer. 

vendredi 20 avril 2018

"Soutenir les principes occidentaux de manière occidentale..."

A ce degré de généralité, il est difficile de ne pas trouver des points de désaccord avec l’auteur - dommage qu’il n’ait pas lu Benoit XVI… Mais c’est l’intuition d’ensemble qui m’intéresse, et c’est à ce titre que je laisse la parole à Léo Strauss : 

"La tradition occidentale est menacée aujourd’hui comme elle ne l’a jamais été jusqu’à présent. Car maintenant elle n’est plus seulement menacée de l’extérieur mais aussi de l’intérieur, elle est dans un état de désintégration. Ceux qui parmi nous croient à la tradition occidentale, nous Occidentaux - nous Sapadniks, comme Dostoïeveski et ses amis avaient l’habitude d’appeler les Occidentaux parmi les Russes - doivent se rassembler autour du drapeau de cette tradition. Mais nous devons le faire d’une manière, sinon exemplaire de cette tradition noble, du moins inspirée d’elle : nous devons soutenir les principes occidentaux de manière occidentale ; nous ne devons pas tenter de noyer nos doutes dans un océan d’adhésion bruyante et larmoyante. 




Nous devons être conscients du fait que la vitalité et la gloire de notre tradition occidentale sont inséparables de son caractère problématique. Car cette tradition a deux racines. Elle est issue de deux éléments hétérogènes, de deux éléments qui, en dernière instance, sont incompatibles - l’élément hébreu et l’élément grec. Nous parlons, à juste titre, de l’antagonisme de Jérusalem et d’Athènes, entre la foi et la philosophie. La philosophie et la Bible affirment toutes deux qu’il n’y a finalement qu’une chose et une seule nécessaire à l’homme. Mais cette chose nécessaire décrétée par la Bible est à l’opposé de celle décrétée par la philosophie grecque. Selon la Bible, c’est l’amour obéissant ; selon la philosophie, c’est la libre enquête. Toute l’histoire de l’Occident peut être conçue comme une tentative répétée de produire une synthèse ou un compromis entre ces deux principes antagonistes. Mais toutes ces tentatives ont échoué - et de manière nécessaire : dans toute synthèse, aussi impressionnante soit-elle, un élément de la synthèse est sacrifié à l’autre, subtilement peut-être, mais sûrement. (…) La tradition occidentale ne permet pas de faire une synthèse de ces deux éléments mais seulement de les mettre en tension : c’est là le secret de la vitalité de l’Occident. La tradition occidentale ne permet pas la résolution définitive de la contradiction fondamentale, l’existence d’une société sans contradictions. (…) En nous rassemblant autour du drapeau de la tradition occidentale, soyons conscients du danger d’être charmés ou contraints par un conformisme qui serait la fin peu glorieuse de la tradition occidentale."





L’Occident est tension et contradiction. On avancerait bien sûr l’hypothèse que cette tension a eu nom christianisme, puis catholicisme, et que l’Occident s’enfonce dans le « conformisme », dans le nivellement par le bas, pour reprendre une expression du texte d’hier, justement parce qu’il a voulu larguer le catholicisme - qui a vécu par l’absence de catholicisme mourra par l’absence de catholicisme : voilà effectivement une « fin peu glorieuse »… Quoi qu’il en soit, l’idée maîtresse, Leo Strauss n’est pas le seul à l’avoir exprimée, reste séduisante : l’Occident a avancé tant qu’il a voulu concilier deux attitudes fondamentales de l’esprit humain, parce que si c’était peut-être impossible de le faire, cela restait la meilleure chose à faire. - J’ai mis en ligne il y a des années des réflexions de Chesterton et de Simone Weil sur le sujet. ("Le blanc est une couleur, nom de Dieu !", je crois que c’était le titre d’un de ces textes). 

jeudi 19 avril 2018

La nuit du monde. Les foules solitaires.








Léo Strauss glose sur Heidegger (au moment où il écrit, Moscou = communisme. En quoi cette citation suit celle d’hier.) : 


"Que lui apprit l’échec des Nazis ? L’espoir de Nietzsche de voir une Europe unifiée dominant la planète, une Europe non seulement unifiée mais revitalisée par cette responsabilité nouvelle et transcendante d’un gouvernement planétaire [où Nietzsche rejoint Jacques Attali…], s’est avéré une illusion. Une société mondiale contrôlée soit par Washington, soit par Moscou semblait se dessiner. Pour Heidegger, cela ne faisait aucune différence que le centre en fût Washington ou Moscou. L’Amérique et la Russie soviétique sont, d’un point de vue métaphysique, identiques. Ce qui est décisif pour lui, c’est que la société mondiale est pire qu’un cauchemar. Il l’appelle la « nuit du monde ». Cela signifie en effet, comme Marx l’avait prédit, la victoire sur l’ensemble de la planète d’un Occident toujours plus systématiquement urbanisé, toujours plus systématiquement technologique - nivellement complet et uniformité sans se soucier de savoir si cette victoire est apportée par le fer ou par la publicité sur les objets produits en masse. Cela signifie l’unité de la race humaine au plus bas niveau. (…) Rien que le travail et les distractions ; ni individu ni peuple, mais plutôt des « foules solitaires »."

mercredi 18 avril 2018

Sensiblement. - "Tout le reste n'est que littérature."

Léon Blum, le doux Léon Blum, l'auteur d'un livre sur Stendhal... et d'un livre pré-théorie du genre sur le mariage - c'est aussi solennel mais moins subtil qu'Ernest Hello :

"Aussitôt que nous posséderons le pouvoir, nous détruirons et remplacerons par les nôtres les cadres de l'armée, de la magistrature, de la police, et nous procéderons à l'armement du prolétariat. Nous pourrons alors construire la société collectiviste ou communiste. Tout le reste n'est que littérature." (12 février 1936)

Bon, pour ce faire, il a fallu remplacer le prolétariat français par un sous-prolétariat musulman, et laisser celui-ci s'armer lui-même, mais pour le reste, le projet dans ses grandes lignes a été respecté...

mardi 17 avril 2018

Insensiblement.




Ernest Hello, sur saint Joseph, le père de qui-vous-savez, respirons un peu : 

"Dans quel abîme intérieur devait résider l’homme qui sentait Jésus et Marie lui obéir, l’homme à qui de tels mystères étaient familiers et à qui le silence révélait la profondeur du secret dont il était gardien ! Quand il taillait ses morceaux de bois, quand il voyait l’Enfant travailler sous ses ordres, ses sentiments, creusés par cette situation inouïe, se livraient au silence qui les creusait encore ; et du fond de la profondeur où il vivait avec son travail, il avait la force de ne pas dire aux hommes : Le Fils de Dieu est ici. 

Son silence ressemble à un hommage rendu à l’inexprimable. C’était l’abdication de la Parole devant l’Insondable et devant l’Immense. Cependant l’Évangile qui dit si peu de mots, a les siècles pour commentateurs ; je pourrais dire qu’il a les siècles pour commentaires. Les siècles creusent ses paroles et font jaillir du caillou l’étincelle vivante. Les siècles sont chargés d’amener à la lumière les choses du secret. (…) Mais voici quelque chose d’étrange : chaque siècle à deux faces, la face chrétienne et la face antichrétienne ; la face chrétienne s’oppose en général à la face antichrétienne par un contraste direct et frappant. (…) Le dix-neuvième siècle est par-dessus tout, dans tous les sens du mot, le siècle de la Parole. Bonne ou mauvaise, la Parole remplit notre air. Rien n’est bruyant comme l’homme moderne : il aime le bruit, il veut en faire autour des autres, il veut surtout que les autres en fassent autour de lui. Le bruit est sa passion, sa vie, son atmosphère. (…) Le dix-neuvième siècle parle, pleure, crie, se vante et désespère. Il fait étalage de tout. Lui qui déteste la confession secrète, il éclate à chaque instant en confessions publiques. Il vocifère, il exagère, il rugit. Eh bien ! ce sera ce siècle, ce siècle de vacarme, qui verra s’élever et grandir dans le ciel de l’Église la gloire de saint Joseph. Il est plus connu, plus prié, plus honoré qu’autrefois. 


Au milieu du tonnerre et des éclairs, la révélation de son silence se produit insensiblement."

lundi 16 avril 2018

Différence et répétition.



Jean Clair, L’hiver de la culture, 2011. Un peu à la bourre hier, je n’ai pas pu ordonner les différents extraits, ceux d’hier et ceux de ce jour, aussi clairement que je l’aurais souhaité. J’espère que vous suivrez néanmoins les raisonnements de l’auteur. 

"Des trois monothéismes de notre temps, il n’y a, semble-t-il, que la communauté chrétienne à ne plus se scandaliser de rien. 

Si les juifs et les musulmans réagissent de plus en plus violemment à l’usage si libre - « libéré » - que nous faisons des images en Occident, comme si l’image était à notre entière disposition et qu’on pût lui faire dire n’importe quoi, jusque dans l’immonde, la communauté chrétienne, ou ce qu’il en reste, demeure en revanche étrangement silencieuse et comme impuissante. 

Craignant d’être accusée d’attenter à la liberté d’expression, l’Église ne se hasarde plus, contrairement aux musulmans et aux juifs, à dénoncer le sacrilège. 

Fait plus inattendu encore, l’Église catholique est tentée de considérer au contraire ces formes extrêmes de la création artistique comme les témoins d’un sacré adapté à notre temps, au point de devenir un acteur de cet étrange commerce."

Reprenons maintenant le raisonnement d’hier : 

"A la figure biblique de Caïn, le premier meurtrier de l’histoire de l’humanité et le premier artiste, Kierkegaard oppose une autre figure. C’est celle d’Abraham, le patriarche auquel Dieu a ordonné de tuer son fils Isaac. Abraham se résigne à accomplir ce meurtre. Ce faisant, il rompt la loi éthique qui est de ne pas tuer son prochain. Mais il respecte aussi la loi religieuse pour accomplir le sacrifice, qui est de l’ordre du paradoxal, de l’absurde, du scandaleux. Son obéissance à Dieu lui vaut son salut, et sauve la vie de son fils, comme de sa descendance : un ange substitue un bélier au corps d’Isaac.

Le sacrifice d’Abraham est le socle commun des trois grandes religions monothéistes auxquelles nous appartenons encore un peu. De là peut-être l’abondance et la richesse de son iconographie. On le trouve, et c’est une étonnante exception dans l’aniconisme juif, représenté dans les fresques de la synagogue de Doura-Europos, comme dans les mosaïques de Saint-Vital à Ravenne, mais aussi dans de multiples icônes byzantines, ainsi que dans d’innombrables miniatures persanes où l’épisode est commenté en versets en calligraphie cursive, et ainsi de suite, jusqu’aux chefs-d’oeuvre de Rembrandt et du Caravage. L’art ne se fonde pas sur le meurtre de Caïn, mais sur le sacrifice d’Abraham. 




Mais le flot s’est tari : l’art moderne et contemporain ne semble guère l’avoir représenté, comme si la pensée morale ou l’éthique moderne se trouvaient confrontées à un geste dont le « scandale » est peu à peu devenu incompréhensible. 

Le passage du stade esthétique au stade religieux est en effet un passage, semble-t-il aujourd’hui, inimaginable. La figure centrale de nos peurs, de nos angoisses, de nos rêves, c’est de nos jours Oedipe, le fils qui tue le Père pour posséder la Mère. 




Ce que veut dire ce meurtre, c’est que la tradition, la transmission, l’autorité, selon le geste paradoxal et scandaleux que met en scène le sacrifice d’Abraham, sont devenus impensables au regard de l’homme contemporain. Selon le mythe antique d’Oedipe, il convient de les repousser, en repoussant à jamais la figure menaçante d’une autorité paternelle meurtrière. 

L’art moderne s’y emploiera, en instaurant la tyrannie d’un novum qui ne connaît pas d’origine et qui, en tuant le Père, tue le patriarche, celui qui, au sens propre du Nom, est l’archè, le pont vers la tradition que le Père incarne. L’artiste, seul et premier, ne suppose pas de géniteur. Né de rien et capable de tout. Caïn triomphe d’Abraham. Le premier des meurtriers est aussi le premier des artistes, en même temps que le premier des hommes." 

On peut synthétiser cela par un raccourci paradoxal : c’est lorsque la société ne comprend plus le sacrifice d’Abraham, prêt à sacrifier son propre fils, que, telle un vulgaire Caïn, elle sacrifie Vincent Lambert. De même que l’artiste contemporain sacrifie l’art et toute vision de l’homme à son propre caprice. Il y eut un art parce qu'il y avait une vision de l'homme. Il n'y a plus de vision de l'homme, et l'euthanasie remplace l'art. Plus simple tu meurs. Vincent Lambert d'abord, les autres ensuite. 


(Jean Clair ne cite pas ici René Girard, mais tout ceci évoque ses développements, dans Le bouc émissaire si ma mémoire est bonne, sur le scandale, le skandalon, la pierre obstacle et fondation, etc.)

dimanche 15 avril 2018

Ce qui suit, qui attaque les artistes contemporains, s'applique à la racaille d'en bas, à la petite bourgeoise, à la racaille d'en haut.

Jean Clair ? Jean Clair ! Une partie seulement de ce que j’avais prévu, je finis ça au plus tôt. 

"C’est probablement cela que Kierkegaard avait appelé le « stade esthétique ». Dans le développement d’un individu, l’esthétique n’était pas selon lui l’état le plus élevé de la vie spirituelle, mais son balbutiement, son babil spontané, rudimentaire : un stade caractérisé par l’obscénité d’un ego tout puissant, qui fait de la pure jouissance des sens le but de la vie, sans souci ni du bien ni du mal, mais qui cultive plutôt l’indifférence, l’hédonisme, l’élan cupide et concupiscent, condamné à toujours tombé et à toujours renaître. C’est là où nous en sommes, finalement, après trois siècles de Lumières, et c’est ce que résume la doctrine des avant-gardes selon Duchamp dans sa formule « beauté d’indifférence »."

"Le stade esthétique, selon Kierkegaard, est celui, comme les produits d’avant-garde, d’ « une banale et monotone répétition ». L’éternel en est absent. Don Juan en est l’une des figures possibles. C’est l’homme condamné à perpétuité pour l’instant. Il s’agit d’épuiser toutes les jouissances possibles du présent, jusqu’au dégoût. 

Il semble que l’art contemporain illustre ce stade initial de la conscience d’un individu, courant de conquête en conquête. 

C’est Don Juan, mais c’est aussi Caïn, le prototype du criminel et l’incarnation du premier artiste, comme le rappelle De Quincy. Le meurtre conclut leur existence, ou bien la damnation, comme dans l’opéra de Mozart. Si « tout homme est un artiste », selon la morale de l’art actuel, c’est aussi que tout homme est un criminel."


Et ce n’est pas un hasard, esthétisation de la politique (et de la vie quotidienne) oblige, si les hommes politiques apparaissent de plus en plus comme les moins moraux et les plus criminels des êtres. 

samedi 14 avril 2018

"Mon pays mérite-t-il d'être sauvé ?"

C'est une question que se posait Bernanos après Munich, ai-je lu dans L'incorrect. C'est une question que je me pose depuis longtemps, avec plus d'acuité encore ce matin en apprenant que l'armée (dite) française avait frappé la Syrie. Toujours plus loin dans l'abjection et l'imbécilité ! Perec le disait : "Toucher le fond, ça ne veut rien dire." On peut toujours faire pire.

Et comme tout se paie...

vendredi 13 avril 2018

"L’affaissement de l’esprit déductif est une caractéristique du XIXe siècle..."

Daudet, suite : 

"Je préconise plus simplement l’examen critique, ferme et dru, puis le déboulonnage des idoles de la révolution et de la démocratie au XIXe siècle. Mais pour que cette indispensable opération ait lieu, il faut d’abord que les gens aient remarqué le lien de ces idoles (lien de cause à effet), aux maux qu’ils engendrèrent. C’est un premier point, et sans doute le plus malaisé à obtenir. 

En effet, le sens de la responsabilité personnelle s’est fortement déprimé au XIXe siècle, alors que tout le long du moyen âge, et encore au XVIe et au XVIIe siècle, il était si vigoureux. Le fatalisme et le déterminisme en sont le témoignage, qui font croire aux hommes, et notamment à nos compatriotes, que les maux subis et soufferts, dans les choses d’État notamment, tiennent, non à de mauvaises institutions et à une mauvaise politique,  non au mûrissement des erreurs et lâchetés, mais à des nécessités lointaines et inéluctables, comme la rotation de la terre, ou la succession des saisons. L’affaissement de l’esprit déductif est une caractéristique du XIXe siècle, en même temps que sa timidité psychologique. Les écrivains prétendus sceptiques (un Renan par exemple), n’osent pas aller jusqu’au bout de leur raisonnement, ni même d’un raisonnement quelconque, de peur d’y rencontrer la personne divine, ou son reflet dans la conscience humaine, qui est la responsabilité directe. Lus de ce point de vue, ces philosophes sans philosophie (car il n’aime point pour de bon la sagesse, celui qui s’arrête en chemin), ces hésitants, effrayés et abouliques, excitent un rire d’une qualité supérieure."

Le lien responsabilité / déduction / conscience peut paraître osé, mais, comme disait Catherine Deneuve dans le temps et un autre contexte, réfléchissez… Pour en revenir aux  considérations d’avant-hier, je ferai remarquer les musulmans ont encore un sens (tordu) de la responsabilité - pas par rapport aux infidèles, certes -, quand les socialistes maçons ont complètement perdu ce concept de vue. 

Quant au passage sur les « nécessités lointaines et inéluctables »… L’immigration massive, c’est comme la « rotation des saisons », il pleut des immigrés comme il pleut de l’eau, c’est bon pour la planète. Ainsi que l’ont remarqué E&R et P. Sautarel récemment, et ainsi qu’il m’est arrivé de l’écrire, il y a des phénomènes dont on a le droit de parler que pour en dire du bien ou les déclarer « inéluctables ». En parler pour les critiquer ou les combattre fait de vous à la fois un salaud et un mec qui a tort. - A demain ! 

jeudi 12 avril 2018

"Mais Drumont étant député et participant à la convention générale..."

Revenons à Léon Daudet et à sa méthodologie. Ce texte suit immédiatement la citation précédente. Je laisse bien sûr à l’auteur l’entière responsabilité de son antisémitisme et du lien qu’il évoque entre judaïsme et franc-maçonnerie. Ceci étant, sa tranquille bonne conscience sur ces thèmes ne laisse pas de montrer que les temps ont vraiment changé. Bref : 

"C’est, je crois, le philosophe catalan Balmès, défenseur illustre et clair du catholicisme, qui exprima, le plus justement, cette idée qu’il importe, pour nuire réellement à une doctrine pernicieuse, de s’en prendre à ceux qui la propagent. Rien de plus juste. Les polémiques ad principia ont leur autorité et leur prix. Mais elles ne deviennent percutantes qu’en s’incarnant, en devenant polémiques ad personas, du moins quant aux vivants. « Vous compliquez la tâche », s’écrient les paresseux et les timides. Pour vous peut-être, qui vous contentez d’un semblant de lutte et de fausses victoires académiques. Nous la simplifions, au contraire, pour ceux qui veulent des résultats tangibles, positifs, solides. En voici un exemple et récent : 

Pendant de longues années, des historiens, des théologiens, des hommes politiques de droite ou du centre (j’emploie à dessein le jargon parlementaire, parce qu’il correspond à des visages) se sont attaqués à la maçonnerie, qui est l’instrument électoral du peuple juif en subsistance chez les Français. D’excellents ouvrages ont paru sur ce sujet. La maçonnerie, dévoilée ou non, ne s’en portait pas plus mal, quand, à l’automne de 1904, un député patriote courageux et jusqu’à la mort, du nom de Gabriel Syveton, fit éclater le scandale des fiches de délation et souffleta, en pleine séance, le chef des mouchards (et du même coup les auxiliaires et renseigneurs de l’Allemagne), autrement dit le ministre de la Guerre général André. Cet acte porta à la maçonnerie un coup terrible, dont elle ne s’est pas relevée, dont elle ne se relèvera peut-être pas. Or, le soir même de cet événement, d’une importance historique, j’eus la surprise d’entendre désavouer ce glorieux et malheureux Syveton (mon ancien condisciple de Louis-le-Grand), par presque tous ses amis et partisans, qui lui reprochaient ce beau soufflet comme impolitique… Impolitique !… Alors qu’il passait en efficacité tous les discours et tous les articles, concentrant en un moment, sur une blême face de chair et d’os, l’indignation accumulée par la célèbre, trop célèbre compagnie des frères mouchards. Pendant toute la journée qui suivit, je chapitrai à ce sujet, à son domicile, passage Landrieu, puis dans la rue, Édouard Drumont, auteur de la France juive, de ce grand pilori nominal, si puissant et majestueux, tout animé d’un bruissement dantesque. Mais, Drumont étant député, d’ailleurs assez muet, et participant à la convention générale, déplorait la gifle vengeresse : « Ah ! mon ami, tout de même, le général André a soixante-cinq ans sonnés ! » Cet argument me paraissait niais, piteux ; je le dis à Drumont, que j’aimais et admirais de toutes mes forces, et nous faillîmes nous disputer. 

N’allez pas conclure, au moins, que je préconise la violence (posthume ou non), vis-à-vis des penseurs ou des écrivains pernicieux, qui ouvrirent et peuplèrent les charniers du premier Empire, de la Commune, des deux guerres franco-allemandes de 1870 et de 1914. Je préconise plus simplement l’examen critique, ferme et dru, puis le déboulonnage des idoles de la révolution et de la démocratie au XIXe siècle. Mais pour que cette indispensable opération ait lieu, il faut d’abord…"


La suite au prochain épisode ! 

mercredi 11 avril 2018

La France telle qu'en elle-même elle s'euthanasie.

Pas de Daudet aujourd’hui, pas de Syrie non plus - j’avais commencé quelques réflexions à ce sujet -, mais du Fabius ! Ce qui n’est pas sans rapport d’ailleurs, vu ce qu’il a pu dire de Bachar el-Assad il y a quelques années, et vu ce que Daudet aurait pu écrire sur lui. Mais ce n’est pas le thème du jour. Je trouve donc cette phrase de notre ancien ministre, citée (http://www.lectures-francaises.info/2018/04/03/quand-la-patrie-est-trahie-par-la-republique/) par Jean Raspail, lequel s’insurge avec raison contre la confusion entre la France et République, au profit bien sûr exclusif de celle-ci : 

"Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune Française issue de l’immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République." 

Sur le fond, il faut bien comprendre que c’est le « vivre pleinement » qui est le plus révélateur - d’autant qu’une Marianne « visible », comme le sont certaines minorités, ne ferait pas aimer plus la France par lesdites minorités. Pour « vivre pleinement les valeurs de la République », il faut « mourir pleinement » en tant que Français, somme toute. C’est le souhait de beaucoup de monde, il est regrettable, et parfois quelque peu décourageant, que ce soit aussi le soit d’un certain nombre de Français, jeunes convertis au « vivre ensemble » qui va les bouffer ou vieux juste bons à se lamenter sur une situation dans laquelle ils ont une part de responsabilité. - Vincent Lambert, lui, aimerait bien ne pas « mourir pleinement », mais ce n’est manifestement pas lui qui décide. Le socialisme est mortifère, Macron de ce point de vue est socialiste, je le répète depuis le début. 


( "Une part de responsabilité", c’était le sujet que je souhaitais aborder : si l’armée française participe à une attaque sur la Syrie, en quoi y suis-je pour quelque chose ? - A suivre…)

mardi 10 avril 2018

"...sans doute dans un autre charnier pire."

A part quelques lignes citées dans un ouvrage d’histoire, je n’ai jamais lu Léon Daudet. Le début de son Stupide XIXe siècle m’incite à combler cette lacune : 

"Né dans le dernier tiers du dix-neuvième siècle et mêlé, par la célébrité paternelle, à l’erreur triomphante de ses tendances politiques, scientifiques et littéraires, j’ai longuement participé à cette erreur, jusqu’environ ma vingtième année. Alors, sous diverses influences, notamment sous le choc des scandales retentissants du régime, puis de la grande affaire juive, et des réflexions qui s’ensuivirent, le voile pour moi se déchira. Je reconnus que les idées courantes de nos milieux étaient meurtrières, qu’elles devaient mener une nation à l’affaissement et à la mort, et que baptisées dans le charnier des guerres du premier Empire, elles mourraient sans doute dans un autre charnier pire. Les quelques exposés qui vont suivre sont ainsi plus une constatation qu’une démonstration. On en excusera la forme volontairement âpre, rude et sans ménagement. Ce qui a fait la force détestable de l’esprit révolutionnaire, et sa suprématie, depuis centre trente ans, c’est la faiblesse de l’esprit réactionnaire, rabougri, dévié et affadi en libéralisme. Les abrutis, souvent grandiloquents et quelquefois du plus beau talent oratoire et littéraire, allant jusqu’au génie verbal (cas de Victor Hugo par exemple), qui menaient l’assaut contre le bon sens et la vérité religieuse et politique, ne ménageaient, eux, rien ni personne. Ils se ruaient à l’insanité avec une sorte d’allégresse et de défi, entraînant derrière eux ces stagnants, qui ont peur des mots et de leur ombre, peur de leurs contradicteurs, peur d’eux-mêmes. Ils appelaient à la rescousse la foule anonyme et ignorante, qu’il ne faut pas confondre avec le peuple, et qui n’a été, au cours de l’histoire, que la lie irritée de la nation. Il n’est rien de plus sage, ni de plus raisonnable, que le peuple français dans ses familles, ses besoins, son labeur et ses remarques proverbiales. Il n’est rien de plus délirant que cette plèbe comiciale, infestée d’étrangers, errante et vagulaire, mal définie, qui va des assaillants de la Bastille aux politiciens républicains de la dernière fournée. Conglomérat baroque et terrible (baroque en ses éléments, terrible en ses résultats), qui mêle et juxtapose le juriste sans entrailles et borné, au médicastre de chef-lieu, au ploutocrate de carrefour, au souteneur mal repenti, à la fille publique travestie en monsieur. Jamais, même au temps d’Aristophane ou de Juvénal, jamais pareille matière ne s’était offerte au satirique, avec une semblable profusion, un tel foisonnement d’ignares, de tâtonnants, d’infatués, de foireux et de fols. Nous verrons les noms à mesure, car je n’ai nulle intention de les celer."

Quelques facteurs personnels contribuent à me donner un sentiment d’identification à l’auteur de ces lignes, mais c’est surtout leur profonde actualité qui me frappe. Il ne manquerait plus qu’ « une grande affaire musulmane », c’est-à-dire une affaire Dreyfus concernant un musulman (Benzema, c’est un peu court, jeune homme…), pour finir de donner le sentiment que ces lignes pourraient être écrites en 2018 plutôt qu’après la Grande guerre. Quant aux « tâtonnants, infatués, foireux et fols », je ne vais pas citer de noms pour l’heure, nous avons tous nos têtes - d’autant que L. Daudet va bientôt, j’essaie de vous recopier ça sous peu, aborder sa méthodologie de l’attaque ad hominem, et que cela peut être instructif pour moi comme pour d’autres. 

A bientôt et mort aux cons !