lundi 4 août 2008

Un bon socialiste est un socialiste mort (explosé, découpé...).

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Maigrelet et replet, vaincu et prétentieux... Le socialiste !


Dénichée par E. Chouard, une intéressante petite interview d'Emmanuel Todd ici, dont voici un extrait :

"Il y a quelque chose de frénétique [chez les socialistes] à se droitiser quand toute une société subit une baisse de niveau de vie et une insécurité sociale qui devraient le[s] conduire à gauche.

- La gauche est donc en train de suicider ?

Quand on prend un peu de distance, ce spectacle fait surgir une abondance d'images inattendues, comme celle de rats se bousculant pour s'engouffrer sur le navire coulant du capitalisme. Mais la meilleure métaphore est celle du roman de Pierre Boulle dont un excellent film a été tiré, le Pont de la rivière Kwaï, dans lequel le rôle de l'officier anglais est joué par David Niven [sic ! Alec Guinness, of course]. Un homme si honnête et scrupuleux qu'il s'acharne avec une sorte de rigueur morbide à servir du mieux qu'il le peut les Japonais dont il est prisonnier. Des socialistes, devenus esclaves du capitalisme le plus dur, nous construisent un Pont de la rivière Kwaï. Un pont qu'il faudra bien faire exploser un jour. Car si la gauche continue d'opposer sa dérive droitière à la demande d'une vraie politique de gauche, ses électeurs se tourneront vers la droite extrême, en attendant l'extrême droite. Les élections de Sarkozy et de Berlusconi ne sont peut-être que le premier moment de ce phénomène. Reste que les réactions des responsables socialistes, leur insensibilité à la société a quelque chose de mystérieux et d'effrayant. C'est même un problème anthropologique, presque religieux..."

Oui, c'est une énigme. - Ceci dit, cette « rigueur morbide » se retrouve, avec moins de mauvaise conscience, chez l'ensemble des « libéraux » actuels (N. Sarkozy et consorts), qui donnent le sentiment d'appliquer avec d'autant plus de zèle leurs politiques qu'ils comprennent et/ou sentent qu'elles ne vont pas fonctionner (ou trop bien fonctionner et, comme disait une affiche électorale du Front National, « tout casser »).

"Anthropologique, presque religieux..." : bien qu'elle (me) soit (devenue) naturelle, cette association de termes évoque René Girard et certaines de ses thèses sur le sacrifice. En l'occurrence on assiste ici à une sorte de double « retour » du sacrificiel en politique : les gens de droite (politiciens, hommes d'affaires, intellectuels, pour ces deux dernières catégories éventuellement classés « à gauche ») sacrifient Popu pour se faire un peu plus de fric en attendant le déluge - et après tout, qui dit crise (imminente ?) dit souvent dévaluations, donc chaque euro mis de côté se révèlera important dans le futur ; les gens de gauche (principalement les politiciens) poussent le zèle, ou la « rigueur morbide », jusqu'à se sacrifier, sinon eux-mêmes du moins leurs idées, en même temps que Popu (qui ne leur a rien demandé), pensant peut-être par là prouver qu'ils croient en ce qu'ils font, et donc qu'ils ont raison. N'est-ce ainsi qu'une nouvelle forme poussée jusqu'à l'absurde de militantisme, héritière de ces mouvements d'extrême-gauche qui, tout en prétendant bien entendu parler au nom de la classe ouvrière et mieux qu'elle, épuisaient, essoraient à tous les niveaux leurs participants, et voulaient trouver dans ce masochisme une sorte d'auto-justification ? On pourrait presque aussi voir dans ces comportements un « suicide altruiste » à la Durkheim, si nos chers leaders socialistes n'avaient pas, comme les "Saint-Jean-boute-feu" de Brassens, une si désagréable tendance à "s'attarder ici-bas" ("Mourir pour des idées / C'est le cas de le dire / C'est leur raison de vivre / Ils ne s'en privent pas...")

Quoi qu'il en soit, on serait tenté, pour ce qui est des socialistes et de tous les zélateurs « de gauche » du libéralisme, de leur recommander d'être plus modestes, et, s'ils veulent vraiment se sacrifier - ce qui est une bonne idée -, de le faire tout seuls, sans entraîner les autres dans leur « rigueur morbide ».


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(Avec un peu de décorum, ce peut même être goûteux.)


Le cas des libéraux de droite étant plus simple, et, sacrifice pour sacrifice, appelant sans doute des solutions aussi archaïques que leurs méthodes.


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(Sales Blancs !)





Pour finir, une question qui me vient à l'esprit : y a-t-il une « économie » autre que d'Etat ?

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