lundi 30 avril 2018

De la logique avant toute chose, et pour cela préfère (Saint) Thomas…

Un pied de trop dans ce décalque de Verlaine, tant pis. Il est toujours agréable de lire dans le journal (en l’occurrence Le Figaro : cette interview de J. Milblank : http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2018/04/27/31006-20180427ARTFIG00168-john-milbank-le-liberalisme-est-une-erreur-anthropologique.php?redirect_premium), des choses que l’on a écrites ou défendues, soit récemment, soit, sous l’impulsion notamment de Jean-Pierre Voyer, depuis des années. Quelques extraits : 

"Certaines revendications de minorités sexuelles qui réclament l'abolition de la différence entre hommes et femmes et la tentative de dissoudre cette différence dans une identité « transgenre » heurtent profondément le sens commun. On voit là les limites du relativisme. Bien sûr il est difficile d'argumenter contre la logique même de la théorie du genre, mais il est possible par exemple de pointer les contradictions d'un discours hyper relativiste. Par exemple, le discours sécularisé a beaucoup de mal à établir une frontière entre ce qui relève d'une nature donnée ou du choix. On le voit dans le discours « transgenre » qui oscille entre une vision de la sexualité entre pur déterminisme ("je suis né comme ça") et pur choix ("je choisis mon orientation sexuelle"). Cette contradiction apparaît aussi chez les féministes qui défendent l'idée d'une solidarité entre les femmes tout en niant l'idée d'une féminité naturelle qui serait pourtant le liant de cette solidarité. Ce dualisme de la postmodernité, qui distingue entre un pur déterminisme d'un côté, et une pure volonté de l'autre, mène à une impasse. Si on pousse les prémisses postmodernes jusqu'au bout, c'est le chaos."

Note de AMG : ce genre de contradiction logique, j’appuie sur le déterminisme biologique et sur l’idéalisme de la volonté en même temps, selon mon interlocuteur, en niant au passage tout ce qui fait justement le sel de l’existence, à savoir les rapports de l’âme et du corps, ce qu’on appelait à une époque l’incarnation, ce genre de contradiction logique, disais-je, est peut-être ce qu’il y a de plus caractéristique d’un certain milieu intellectuel. Le beurre, l’argent du beurre et la sodomie par le crémier, dirais-je si j’étais capable de grossièreté. 

"Le libéralisme peut vouloir dire beaucoup de choses. C'est avant tout une erreur anthropologique : l'intuition d'Hobbes et de Locke de construire une théorie politique en partant des individus isolés, détachés de tous liens. L'individu est décrit comme une créature inquiète et désirante faisant preuve de volonté, et non plus comme un être constitué par ses liens aux autres ayant des finalités. Ce libéralisme pense de façon abstraite l'individu en dehors de tout contexte culturel, social ou historique."

Note de AMG : comme le disait Jean-Pierre Voyer dans le temps, le libéralisme part de Robinson Crusoé comme modèle de la condition humaine et comme modèle de société, on ne fait pas plus paradoxal ni plus irréaliste. On s’étonne après cela que le capitalisme connaisse des « crises »…

"La démocratie marche seulement si elle est un mode de gouvernement mixte : dans la tradition aristotélo-thomiste, nous pensons qu'un bon régime politique est un mélange de démocratie, d'aristocratie et de monarchie dans un sens technique. Il doit y avoir un rôle pour une élite engagée. Il y a besoin d'une fonction monarchique dans le pouvoir, qui incarne le long terme et la continuité politique, mais aussi la nécessité de l'urgence et de l'exception. Même dans les temps les plus démocratiques, chaque pays a son leader : c'est un fait remarquable, une permanence qui a su résister à la modernité. Mais je pense aussi qu'il faut renouveler les formes locales et informelles de démocratie participative. Tout le monde devrait avoir un rôle dans son quartier, sa rue, son village, son lieu de travail. Dans l'Angleterre médiévale, une personne sur dix avait une sorte de rôle représentatif, aussi minime soit-il: vous pouviez être le « gardien de la bière » de votre village. Contrairement aux apparences, le Moyen-Âge était peut-être plus démocratique qu'aujourd'hui, dans le sens où les gens avaient plus de prise sur la vie ordinaire." 

Tout cela, d’abord sans me rendre compte que cela entrait dans un cadre aristotélo-thomiste, je l’écris depuis le début de ce blog. Il n’est peut-être pas inutile de vous citer ici, une nouvelle fois, un texte de Vincent Descombes (lequel doit connaître mieux, via Wittgenstein, son Aristote que son saint Thomas, personne n’est parfait), qui dit à peu près la même chose - dans un état d’esprit différent, plus moderne - sur cette nécessité, pour mener au quotidien une vie plus démocratique, de ne pas mettre, de ne pas répandre de la démocratie partout : 

"Une chose est de dire que la démocratie et le principe de l'égalité humaine sont des idées très importantes parce qu'ils incarnent ce que l'humanité avait toujours voulu sans le savoir, ce qui est conforme à l'ordre naturel des choses, ce qui va dans le sens de l'histoire ; autre chose est de dire qu'ils sont très importants, mais n'expriment nullement de façon harmonieuse le tout de ce que tous les hommes avaient toujours voulu, le bien universel. Quand la philosophie accepte de se laisser éclairer par l'anthropologie, elle doit même aller plus loin et reconnaître que les valeurs modernes sont parfaitement incompatibles avec d'autres choses importantes et précieuses de la vie humaine, du moins au premier abord et tant qu'on n'a pas introduit toutes sortes de complexités nécessaires. La démocratie, c'est très bien, la famille c'est très bien, mais la famille démocratique, cela n'existe pas. Ce qui peut exister, peut-être, et doit certainement être recherché, c'est la famille dont les membres sortent sur l'agora avec les vertus de caractère d'un citoyen démocratique. Cette famille sera donc démocratique par sa finalité, par son adéquation aux conditions d'une société démocratique, mais pas littéralement par son fonctionnement, car aucune famille ne saurait être conçue sur le modèle d'une société contractuelle, d'un instrument au service d'individus qui ont accepté de coopérer. Même chose pour l'école : elle est l'exemple même d'une condition non démocratique, du moins immédiatement, de la démocratie. De l'école devraient sortir des citoyens prêts à se tenir les uns les autres pour des égaux, mais à l'école elle-même, il est exclu que toutes les opinions aient le même droit à se faire entendre, ou qu'elles soient toutes respectables, ce serait même absurde de le demander. Qui plus est, sans ce passage par une école où tout n'est pas à égalité, les citoyens ne seront pas capables de pratiquer l'autolimitation qui permet de rendre viable l'égalité, que ce soit dans l'exercice de la souveraineté et dans les rapports sociaux."

Je citais ces lignes brillantes en 2006 (http://cafeducommerce.blogspot.fr/2006/08/sociologies-ajouts-le-18-et-le-2108.html#annexe : c’est un texte interminable, ne prenez pas la peine de le lire, je prouve simplement ce que j’avance). Il est rassurant d’un côté, inquiétant de l’autre, que ce qu’écrivait V. Descombes dans une revue spécialisée ou J.-P. Voyer sur son site seulement connu de quelques post-situationnistes comme votre serviteur, soit maintenant dans le Figaro. Ça ne vaut pas encore un référendum sur l’immigration ou un retour massif à la foi de nos pères, mais c’est déjà ça.


Sinon, oui, « gardien de la bière », je pourrais postuler. Avec paiement en nature. 

dimanche 29 avril 2018

Mieux que l’ « inactuel » : le « toujours actuel » - l’éternellement vrai.

"Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes." 


Éphésiens, VI, 11-12. Il faut rendre à César, etc., mais César peut aussi être diabolique. 

samedi 28 avril 2018

Dali : "Nous avons soif d’images concrètes".

Il y a peu d’analyses d’oeuvres dans Une vie en liberté : Michel Mourlet y raconte surtout les nombreuses et diverses rencontres (artistes, écrivains, journalistes, hommes politiques…) qu’il a pu faire au cours de sa vie. Une exception pourtant, au moins (je n’ai pas fini encore le livre) : plusieurs pages sont consacrées à l’oeuvre et aux propos du peintre  (monarchiste) Georges Mathieu. 



Voici quelques extraits de ce chapitre : 

"Non figurative, la peinture de Mathieu se situe néanmoins à l’opposé de la presque totalité de la non-figuration et dans le droit fil de la grande peinture française : par la noblesse innée du trait, la subtilité de l’arabesque, la richesse des tons, la fougue maîtrisée, l’équilibre final résultant des déséquilibres compensés, le sens du grandiose et, pour tout dire, de la fête. Certains critiques ont pu aller jusqu’à évoquer Watteau. 



Lui, stigmatisant la rupture opérée en deux siècles entre les artistes et la vie courante, se plaçait délibérément dans le sillage de Le Brun. 

Dans un texte daté de 1963, « La leçon exemplaire de Charles Le Brun », il proclame la vocation du peintre à marquer de sa griffe le style de son époque, à refuser la distinction stérile entre arts majeurs et mineurs, à suivre l’exemple de « cette manufacture royale qui sut réaliser en plein XVIIe siècle l’alliance des Arts et de l’Industrie que nous appelons tous de nos voeux aujourd’hui ! »




[Alliance réalisée d’une certaine façon plus de cinquante ans après : la France est désindustrialisée, ce qui lui tient lieu d’art n’est plus qu’un zombie subventionné, mais qui prend toute la place. L’État fait le vide partout. Comme disait Huysmans, s’inspirant de Courier : "Ce que l’État encourage dépérit, ce qu’il protège meurt." Et ce que l’État veut tuer, il le tue. L'administration a son génie propre, qui opère par la négativité. Note de AMG.]

 - Autrefois, m’expliqua-t-il ce jour-là, les Français vivaient avec leur temps. Richelieu vivait dans des meubles Louis XIII, Louis XV dans du Louis XV, Napoléon dans de l’Empire et le président Carnot dans du modern style. Pourquoi les Français d’aujourd’hui boudent-ils le mobilier de leur époque ? La raison en est simple : la qualité de ses formes est nulle. (…)

« C’est à l'artiste, écrit-il dans Pour une désaliénation de l’art, d’imposer au monde un nouvel art de vivre en rendant à ce monde d’abord le désir de vivre au sens plein du terme, c’est-à-dire participer. Faire accéder l’homme au processus créateur, alimenter la vie cosmique et sociale, tel est le rôle de l’artiste, et c’est sans doute le plus grand mérite des princes de l’Italie de la Renaissance que d’avoir compris cette évidence. » (…)

De toute la peinture non figurative, la sienne est la seule qui, par l’élégance furieuse de ses lignes et la somptuosité orchestrale de sa palette, éveille en moi un autre sentiment que la nostalgie de l’univers visible, une autre besoin que la « soif d’images » dont parlait Dali. (…)




A l’occasion d’une exposition à l’Ateneo de Madrid, en 1960, il déclarait à Jean Parvulesco : « L’art moderne, informaliste, choisit la dissolution de l’Esprit dans la matière, son asphyxie, sa mort. Tout se fige et pourrit sur place, revient au stade d’un magma informe qui, à son tour - le processus de dislocation, d’anéantissement se poursuivant implacablement - s’effrite, devient une poussière et, finalement, disparaît. »"

Voilà qui nous rappelle les diagnostics de Jean Clair (qui souligne par ailleurs souvent à quel point, à une époque, les artistes étaient aussi des scientifiques et des techniciens), à propos de Huysmans, Duchamp, la mort de l’art et son engloutissement dans le matérialisme, cités ici même les 20-21 et 23-24 février derniers, diagnostics qui m’avaient conduit à l’hypothèse (http://cafeducommerce.blogspot.fr/2018/02/montrer-le-fond-de-la-mer-le-montrer-et.html) selon laquelle le cinéma - et Dieu sait si M. Mourlet a pu écrire sur cet « art ignoré » - nous avait offert un sursis d’exaltation de la dignité humaine pendant presque un siècle, avant de succomber à son tour. 

Quoi qu’il en soit, quelques pages plus loin dans le même livre, on lit, dans un passage consacré au peintre Roger Chapelain-Midy, ce que celui-ci écrivait à l’auteur en 1989 : 

"Les forces de destruction de l’esprit sont internationales et un couvercle est mis sur tout ce qui s’y oppose. L’État, quelle que soit sa couleur, encense [cette subversion] et l’officialise. Les médias s’y prêtent… Je suis sûr qu’on assistera à un retournement brutal dans les temps futurs, je ne le verrai pas mais je veux y croire."






Ici la question se pose, même en appréciant à leur juste valeur la tonalité responsable des propos de G. Mathieu et de R. Chapelain-Midy, de savoir si l’art peut se sauver tout seul, ou s’il va lui falloir, disons-le rapidement, nouer une sorte d’alliance avec le fonds religieux dont il est issu. C’est un point sur lequel sans doute le païen revendiqué qu’est M. Mourlet et votre serviteur auraient motif à disputatio. - Je vais déjà finir son livre, en espérant que la troisième guerre mondiale n’éclate pas d’ici là, il faut de nos jours avoir des objectifs modestes. A demain ! 



vendredi 27 avril 2018

Léger.






















(Photo trouvée sur twitter, sans rapport avec le sujet). 


Je lis avec plaisir et intérêt le livre de souvenirs de Michel Mourlet, Une vie en liberté. Un petit extrait pour ce soir : 

"Si Gripari n’avait pas écrit ses contes pour enfants, il serait probablement mort de faim, victime de l’ostracisme tueur de talents qui restera dans notre histoire culturelle du XXe siècle la tache indélébile de la gauche, suivie d’ailleurs par toute la partie obéissante et déculturée de la droite."

(Je n’ai jamais lu Gripari, mais ce n’est pas le problème.) 

Une autre, pour rigoler, Dino Risi parlant d’Antonioni : "Un con, avec des éclairs d’imbécilité." A recycler pour évoquer les gens que vous n’aimez pas.

jeudi 26 avril 2018

A vaincre sans péril...

Autant dire que si nous ne perdons pas, nous n'aurons pas volé notre gloire ! - Je reproduis aujourd’hui une série de tweets publiés hier par Julien Rochedy, c'est à la fois une description de certaines de nos difficultés et l'énoncé d'un objectif. L’idée, qu’il avait déjà exprimée il y a un ou deux ans dans une vidéo, selon laquelle nous étions devenus les Grecs de l’Empire romain que sont les États-Unis, et que par voie de conséquence ceux-ci nous maintiennent dans un état de sujétion et d’instabilité, m’avait frappé, elle s’intègre ici dans une réflexion globale, à laquelle je n’ai rien à ajouter. - Sauf une remarque sur la schizophrénie des Américains, aisés ou non, conscients de tout cela ou non, qui aimeraient tout de même que l’Europe, lorsqu’ils la visitent et viennent y apprendre un certain sens du passé, soit aussi belle qu’avant, alors que leur pays se bat plus ou moins sournoisement pour que ce ne soit pas le cas, et pour briser le lien entre notre passé et notre présent. 

Un autre commentaire, si : puisqu’il est question de "thalassocratie", j’en profite pour placer ici le concept d’"ouranocratie", inventé par un lecteur d’Alain de Benoist dont je ne connais pas le nom. En gros, après le pouvoir de la terre et celui de la mer, il s’agit du pouvoir du ciel, en l’occurrence de ce qui risque de vous tomber sur la gueule, bombe, gaz, drone, et vous foudroie en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Le père de cette idée est un disciple de Malliarakis, il n’a pas l’air de courir après la gloire, le contexte me semble adapté pour, à ma modeste échelle, évoquer ce concept qui nous sort de la dichotomie traditionnelle thalassocratie / tellurocratie, sans avoir l’air d’essayer de lui piquer. Place ceci dit à Julien Rochedy : 

"Je me considère comme un Européen, non comme un occidentaliste. Cette distinction sémantique est lourde de sens et je l'explique dans ce thread.

L'Europe est pour les États-Unis ce qu'était la Grèce conquise vis à vis de Rome. Anciennement glorieuse mais divisée (cités/nations) puis conquise par l'Empire (Rome/USA) après de nombreuses guerres civiles (guerre du Péloponnèse/guerres mondiales).

Cet Empire a, apparement, les attributs de notre civilisation, mais c'est une illusion. Les États-Unis, depuis le départ, ont souhaité se bâtir en contre-modèle de l'Europe traditionnelle (lire les pères fondateurs).

De plus, la logique impériale induit nécessairement une politique à mener : celle de la déstabilisation de ses périphéries (l'Europe donc) et celle du vol de ses élites intellectuelles, scientifiques, pour survivre. Rome faisait cela avec ses territoires conquis.

Et comme par hasard, c'est exactement la politique que mène les USA depuis des années avec l'Europe : déstabilisation, division, accaparement des élites scientifiques, imposition d'un modèle contraire à l'Esprit européen (multiculturalisme, libéralisme - au sens américain - etc.)

Or il se trouve que la nature demande de défendre ce que l'on est. Ainsi, étant européen, je ne suis pas américain, et mes intérêts divergent des leurs. Celui des USA est fondamentalement de me maintenir dans un état de sujétion.

Les "patriotes" pro américains sont des cocus de la pire espèce qui donnent de la force à une puissance dont l'intérêt fondamental est de nous enlever nos propres forces. C'est une contradiction absolue.

Ceci ne signifie pas qu'il soit impossible de louer certaines actions américaines, de s'allier à eux de temps en temps et de collaborer parfois, mais nous ne sommes pas des américains et nous ne devons pas l'être, car cela serait à notre détriment.

Or, le concept d'occidentalisme tend à faire croire l'inverse. Que nous partageons une même civilisation et des mêmes intérêts. Ceci est faux sur toute la ligne et je vais donner deux exemples (parmi des centaines).


1- Quand les USA veulent déstabiliser le monde arabe et méditerranéen pour leur logique géopolitique et commerciale, ils se foutent que ce soit l'Europe qui en paye les conséquences (migrants, terrorisme etc).

2- Quand les USA font tout pour nous couper des Russes afin que "l'heartland" ne se réalise jamais pour ne pas concurrencer leur Empire thalassocratique, ils se foutent que ce soit l'Europe qui en paye le prix (notamment économique).

Ce sont deux exemples mais il y en a des centaines montrant que l'intérêt de l'Europe - le notre - ne colle pas du tout aux leurs. C'est normal et je ne leur en veux même pas de poursuivre leurs objectifs, c'est naturel.

En revanche j'en veux aux cons d'européens qui, eux, méconnaissent leurs intérêts profonds et se sentent - un peu beaucoup - américains parce qu'ils sont colonisés mentalement par la culture américaine et croient que les GI sont les meilleurs soldats au monde (la blague).


Notre avenir dépend de notre capacité à l'indépendance, alliés parfois aux USA mais pas leur suiveurs. A être point d'équilibre dans le monde entre les BRICS et l'Empire, retrouvant l'essence de notre civilisation élitiste et classique."

mercredi 25 avril 2018

Voici donc cette masse française...

Après Claudel, musardons un peu chez Montherlant : 

"Les gens disent qu’ils ne comprennent pas telle pensée, parce qu’elle est « trop subtile ».
Mais non. Ils ne la comprennent pas parce qu’elle est trop logique."

"XVIIIe siècle français, siècle de la femme. Et c’est dans ce siècle que la nation s’effémine".  (Et cela finit par une révolution, note de AMG.)

"On dit : « Il n’est pas sérieux », de quelqu’un qui ne prend pas au sérieux ce qui ne mérite pas de l’être."

"Le problème de la bêtise est peut-être le plus insondable de tous. On a rêvé des édens où les hommes seraient tous heureux, des édens où ils seraient tous bons. On n’a jamais rêvé d’édens où ils seraient tous intelligents ; cela n’est même pas rêvable."

"Il y avait déjà, au XIIe siècle, des que gens que dégoûtait l’idolâtrie (non l’amour) de la femme. Simon de Montfort, ayant lu une lettre où le roi d’Aragon disait à l’épouse d’un noble toulousain que c’était pour l’amour d’elle qu’il venait chasser les Français de sa terre, « et d’autres douceurs encore », dit : « Je crains un peu un roi qui vient traverser les desseins de Dieu pour l’amour d’une femme. »"



"Voici donc cette masse française, telle qu’en elle-même enfin le désespoir la change."

mardi 24 avril 2018

Claudel patriote, antisémite, prophète.

"Le Christ sanctionne l’existence des nations. Allez et enseignez les Nations (Matth., XXVIII).

Ainsi la vérité chrétienne affirme l’existence permanente des nations et les droits de la nationalité, tout en condamnant le nationalisme qui est pour un peuple ce que l’égoïsme est pour l’individu (Soloviev).

Cette nouvelle idolâtrie, cette folie épidémique qui pousse les peuples à adorer leur propre image au lieu de la Divinité suprême et universelle."


"Isaac donna naissance à la fois aux Deux Testaments, dont l’un supplantera l’autre."



"Notre croix est toujours faite sur mesure."

lundi 23 avril 2018

La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié.

En réalité, comme on peut le lire en creux dans ces propos de Renaud Camus (https://www.facebook.com/renaud.camus.16/posts/1492301604226648"), la culture est plus vulnérable que l'art et les humanités, eux-mêmes plus vulnérables que la religion. La culture, c'est ce qui peut se gommer. Mais c'est aussi, thème de la citation du jour, ce qu'il faut gommer : 

"La culture est étroitement liée à la phase bourgeoise de l’histoire des sociétés occidentales, en gros entre la fin du XVIIIe siècle et celle du XXe ; et s’il faut des dates emblématiques, nécessairement approximatives, disons 1789-1968. Hegel avait bien vu qu’elle était déjà un substitut au monde de l’art et des humanités, dont l’idéal était l’homme accompli plutôt que l’homme cultivé. La culture, c’est déjà du second degré, dans la relation avec l’art et avec la pensée. Mais en régime de Dictature de la petite bourgeoisie, la culture est un reproche permanent, un relief karstique du monde détruit : elle doit disparaître. Elle doit d’autant plus disparaître que, comme j’aime à le dire, jamais un peuple qui connaît ses classiques n’accepterait d’être mené sans rechigner dans les poubelles de l’histoire. L’hébétude est indispensable au génocide par substitution. D’où La Grande Déculturation, par le truchement de l’enseignement de l’oubli (l’École), de l’imbécilisation de masse (la télévision, les médias), de la drogue (dont il n’est pas indifférent que le trafic soit déjà entièrement entre les mains de l’Occupant)). Dans le même temps que l’École enseigne aux remplacés la haine de soi, et donc la soumission, elle enseigne aux remplaçants la haine de l’autre, des Français, des indigènes européens, des blancs."

dimanche 22 avril 2018

Féerie. Pour une autre fois...




"Montmartre ça va !… mais l’anglais !… d’abord Arlette parle pas anglais !… enfin pas trois mots… moi cette zaouterie miaoulerie postillonnerie me fait dégueuler !… Tel mon état !… tel qu’il se parle ! Y a que les traîtres qui parlent anglais et allemand, chinois, volapück et le « pelliculi » forcément !… La langue hollywoye !… pourquoi pas le batave ?… Donc on se parle pas on se fait des signes… Oh, elle a les signes Arlette, heureusement !… les danseuses, les vraies, les nées, elles sont faites d’ondes, pour ainsi dire !… pas que de chairs, roseurs, pirouettes !… leurs bras, leurs doigts… vous comprenez !… C’est utile dans les heures atroces… hors des mots alors ! plus de mots ! Les mains seulement ! les doigts… un geste, une grâce… c’est tout… La fleur de l’être… Vous battez du coeur, vous revivez !"

samedi 21 avril 2018

"Ainsi, l’artiste peut éventuellement devenir révolutionnaire…"

Divertimento ce samedi, on ne va pas être sérieux tous les jours. J’ai déniché par hasard un catalogue d’exposition, dans lequel l’inénarrable imbécile qu’était Maurice Clavel, et le sinistre humaniste pontifiant et ennuyeux qu’est toujours Edgar Morin, dont le compte Twitter constitue une suite pour le moins dense au Dictionnaire des idées reçues, lèchent gravement le cul à un artiste dont on apprend d’emblée qu’il vaut bien Goya, Daumier et le Greco, j’ai nommé... Marek Halter. Plutôt que de vous recopier les passages, j’ai pris quelques photos de ce livre exemplaire, et vous laisse juger par vous-mêmes. 








Après, il est possible de ne pas seulement rigoler. Que de purs produits du système d’éducation français comme MM. Clavel et Morin, qui en 1970 ne sont plus les perdreaux de l’année, s’enthousiasment et réfléchissent sur de telles bouses, cela prouve bien que le mal était fait longtemps avant Mai 68 : ces événements n’auraient pu à eux seuls faire tourner des têtes bien stables. - Clavel, rappelons-le, ami de Boutang (cela m’a toujours laissé perplexe… mais bon, parce que c’était lui, etc.), est celui qui présenta l’ancien secrétaire de Maurras, l’auteur dans l’après-guerre d’un livre assez antisémite, La République de Joinovici, à Bernard-Henri Lévy, dans un studio de télévision, au milieu des années 70. BHL, ou la preuve par l’exemple que ce que racontait Maurras sur l’antisémitisme politique n’était pas sans fondements : et Boutang, qui connaît ça par coeur, et qui par ailleurs a l’honnêteté et le bon sens de se poser des questions sur son propre rôle politique à la fin des années 30, d’essayer d’excuser Maurras devant celui-là même qui va pendant les quarante ans qui suivent donner d’une certaine manière raison au chef de l’Action française… Décidément, tout le monde marchait un peu sur la tête en cette période, Boutang à son niveau, Morin et Clavel au leur. Que ce niveau soit situé plusieurs étages plus bas permet plus aisément d’en rire - surtout que nous connaissons la suite de l’histoire, ne l’oublions pas - ; tout cela n’en reste pas moins à pleurer. 

vendredi 20 avril 2018

"Soutenir les principes occidentaux de manière occidentale..."

A ce degré de généralité, il est difficile de ne pas trouver des points de désaccord avec l’auteur - dommage qu’il n’ait pas lu Benoit XVI… Mais c’est l’intuition d’ensemble qui m’intéresse, et c’est à ce titre que je laisse la parole à Léo Strauss : 

"La tradition occidentale est menacée aujourd’hui comme elle ne l’a jamais été jusqu’à présent. Car maintenant elle n’est plus seulement menacée de l’extérieur mais aussi de l’intérieur, elle est dans un état de désintégration. Ceux qui parmi nous croient à la tradition occidentale, nous Occidentaux - nous Sapadniks, comme Dostoïeveski et ses amis avaient l’habitude d’appeler les Occidentaux parmi les Russes - doivent se rassembler autour du drapeau de cette tradition. Mais nous devons le faire d’une manière, sinon exemplaire de cette tradition noble, du moins inspirée d’elle : nous devons soutenir les principes occidentaux de manière occidentale ; nous ne devons pas tenter de noyer nos doutes dans un océan d’adhésion bruyante et larmoyante. 




Nous devons être conscients du fait que la vitalité et la gloire de notre tradition occidentale sont inséparables de son caractère problématique. Car cette tradition a deux racines. Elle est issue de deux éléments hétérogènes, de deux éléments qui, en dernière instance, sont incompatibles - l’élément hébreu et l’élément grec. Nous parlons, à juste titre, de l’antagonisme de Jérusalem et d’Athènes, entre la foi et la philosophie. La philosophie et la Bible affirment toutes deux qu’il n’y a finalement qu’une chose et une seule nécessaire à l’homme. Mais cette chose nécessaire décrétée par la Bible est à l’opposé de celle décrétée par la philosophie grecque. Selon la Bible, c’est l’amour obéissant ; selon la philosophie, c’est la libre enquête. Toute l’histoire de l’Occident peut être conçue comme une tentative répétée de produire une synthèse ou un compromis entre ces deux principes antagonistes. Mais toutes ces tentatives ont échoué - et de manière nécessaire : dans toute synthèse, aussi impressionnante soit-elle, un élément de la synthèse est sacrifié à l’autre, subtilement peut-être, mais sûrement. (…) La tradition occidentale ne permet pas de faire une synthèse de ces deux éléments mais seulement de les mettre en tension : c’est là le secret de la vitalité de l’Occident. La tradition occidentale ne permet pas la résolution définitive de la contradiction fondamentale, l’existence d’une société sans contradictions. (…) En nous rassemblant autour du drapeau de la tradition occidentale, soyons conscients du danger d’être charmés ou contraints par un conformisme qui serait la fin peu glorieuse de la tradition occidentale."





L’Occident est tension et contradiction. On avancerait bien sûr l’hypothèse que cette tension a eu nom christianisme, puis catholicisme, et que l’Occident s’enfonce dans le « conformisme », dans le nivellement par le bas, pour reprendre une expression du texte d’hier, justement parce qu’il a voulu larguer le catholicisme - qui a vécu par l’absence de catholicisme mourra par l’absence de catholicisme : voilà effectivement une « fin peu glorieuse »… Quoi qu’il en soit, l’idée maîtresse, Leo Strauss n’est pas le seul à l’avoir exprimée, reste séduisante : l’Occident a avancé tant qu’il a voulu concilier deux attitudes fondamentales de l’esprit humain, parce que si c’était peut-être impossible de le faire, cela restait la meilleure chose à faire. - J’ai mis en ligne il y a des années des réflexions de Chesterton et de Simone Weil sur le sujet. ("Le blanc est une couleur, nom de Dieu !", je crois que c’était le titre d’un de ces textes). 

jeudi 19 avril 2018

La nuit du monde. Les foules solitaires.








Léo Strauss glose sur Heidegger (au moment où il écrit, Moscou = communisme. En quoi cette citation suit celle d’hier.) : 


"Que lui apprit l’échec des Nazis ? L’espoir de Nietzsche de voir une Europe unifiée dominant la planète, une Europe non seulement unifiée mais revitalisée par cette responsabilité nouvelle et transcendante d’un gouvernement planétaire [où Nietzsche rejoint Jacques Attali…], s’est avéré une illusion. Une société mondiale contrôlée soit par Washington, soit par Moscou semblait se dessiner. Pour Heidegger, cela ne faisait aucune différence que le centre en fût Washington ou Moscou. L’Amérique et la Russie soviétique sont, d’un point de vue métaphysique, identiques. Ce qui est décisif pour lui, c’est que la société mondiale est pire qu’un cauchemar. Il l’appelle la « nuit du monde ». Cela signifie en effet, comme Marx l’avait prédit, la victoire sur l’ensemble de la planète d’un Occident toujours plus systématiquement urbanisé, toujours plus systématiquement technologique - nivellement complet et uniformité sans se soucier de savoir si cette victoire est apportée par le fer ou par la publicité sur les objets produits en masse. Cela signifie l’unité de la race humaine au plus bas niveau. (…) Rien que le travail et les distractions ; ni individu ni peuple, mais plutôt des « foules solitaires »."

mercredi 18 avril 2018

Sensiblement. - "Tout le reste n'est que littérature."

Léon Blum, le doux Léon Blum, l'auteur d'un livre sur Stendhal... et d'un livre pré-théorie du genre sur le mariage - c'est aussi solennel mais moins subtil qu'Ernest Hello :

"Aussitôt que nous posséderons le pouvoir, nous détruirons et remplacerons par les nôtres les cadres de l'armée, de la magistrature, de la police, et nous procéderons à l'armement du prolétariat. Nous pourrons alors construire la société collectiviste ou communiste. Tout le reste n'est que littérature." (12 février 1936)

Bon, pour ce faire, il a fallu remplacer le prolétariat français par un sous-prolétariat musulman, et laisser celui-ci s'armer lui-même, mais pour le reste, le projet dans ses grandes lignes a été respecté...

mardi 17 avril 2018

Insensiblement.




Ernest Hello, sur saint Joseph, le père de qui-vous-savez, respirons un peu : 

"Dans quel abîme intérieur devait résider l’homme qui sentait Jésus et Marie lui obéir, l’homme à qui de tels mystères étaient familiers et à qui le silence révélait la profondeur du secret dont il était gardien ! Quand il taillait ses morceaux de bois, quand il voyait l’Enfant travailler sous ses ordres, ses sentiments, creusés par cette situation inouïe, se livraient au silence qui les creusait encore ; et du fond de la profondeur où il vivait avec son travail, il avait la force de ne pas dire aux hommes : Le Fils de Dieu est ici. 

Son silence ressemble à un hommage rendu à l’inexprimable. C’était l’abdication de la Parole devant l’Insondable et devant l’Immense. Cependant l’Évangile qui dit si peu de mots, a les siècles pour commentateurs ; je pourrais dire qu’il a les siècles pour commentaires. Les siècles creusent ses paroles et font jaillir du caillou l’étincelle vivante. Les siècles sont chargés d’amener à la lumière les choses du secret. (…) Mais voici quelque chose d’étrange : chaque siècle à deux faces, la face chrétienne et la face antichrétienne ; la face chrétienne s’oppose en général à la face antichrétienne par un contraste direct et frappant. (…) Le dix-neuvième siècle est par-dessus tout, dans tous les sens du mot, le siècle de la Parole. Bonne ou mauvaise, la Parole remplit notre air. Rien n’est bruyant comme l’homme moderne : il aime le bruit, il veut en faire autour des autres, il veut surtout que les autres en fassent autour de lui. Le bruit est sa passion, sa vie, son atmosphère. (…) Le dix-neuvième siècle parle, pleure, crie, se vante et désespère. Il fait étalage de tout. Lui qui déteste la confession secrète, il éclate à chaque instant en confessions publiques. Il vocifère, il exagère, il rugit. Eh bien ! ce sera ce siècle, ce siècle de vacarme, qui verra s’élever et grandir dans le ciel de l’Église la gloire de saint Joseph. Il est plus connu, plus prié, plus honoré qu’autrefois. 


Au milieu du tonnerre et des éclairs, la révélation de son silence se produit insensiblement."